Crime, honneur et malheur.

C’est bien connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Et c’est dans des clans qui exécute ce que l’on appelle, un crime d’honneur, qu’on l’illustre le mieux. Ces clans ont pour but de récupérer leur honneur qui, selon eux, aurait été souillé par l’un de leurs membres en ayant refusé de suivre une certaine directive. La plupart de ces crimes sont connus pour être des féminicides et chaque année dans le monde 5 000 femmes meurent suite à un crime d’honneur.

Le crime d’honneur est une forme de justice aussi absurde cela puisse paraître. Seulement, cette justice agit par la violence et ce n’est pas parce que c’est une justice pour certains, qu’elle est forcément juste pour tous.
Mohamed Hassan CC by CCO – 18 septembre 2018.

En Belgique, le premier crime d’honneur reconnu a lieu en 2007, c’est celui de Sadia Sheikh, jeune belge d’origine pakistanaise, son crime fut d’être tombé enceinte hors mariage, exactement deux ans avant son assassinat. La voyant comme souillée, sa famille décida de la marier de force et c’est seulement à l’âge de 20 ans que Sadia fut mariée. Mariée à un cousin éloigné vivant au Pakistan, la procédure se fit via internet. Plus tard, quand sa famille lui avait annoncé qu’elle devait aller au Pakistan pour officialiser son mariage, ce n’est qu’à ce moment qu’elle prit conscience de ce qui lui arrivait, elle prit donc fuite. A la suite de son meurtre plusieurs versions sont données, mais ce dont on est sûr c’est que lors d’un court retour chez ses parents après sa fuite, son frère lui tira dessus à plusieurs reprises et ce fut le jour où elle donna son dernier souffle.

Dans la convention d’Istanbul on retrouve des valeurs qui ont pour but d’éradiquer les préjugés sur les coutumes qui prônent un rôle inférieur de la femme vis-à-vis de l’homme. Bien sûr d’autres sont du même avis et dénoncent ces traditions différemment. Stephan Streker par exemple, réalisateur et scénariste belge qui sortit 10 ans après le décès de Sadia Sheikh un film intitulé Noces. L’histoire est inspirée de divers crimes d’honneur dont celui de Sadia Sheikh, il y dénonce les crimes d’honneur en montrant qu’il n’existe pas d’homme qui puisse être un monstre, mais qu’il existe uniquement des situations monstrueuses, il démontre au public que ce n’est pas parce que des traditions sont différentes, que cela fait spécialement du criminel/tueur le méchant de l’histoire. Voilà donc un film aussi riche en émotions qu’en réflexion que vous pourrez ajouter à votre liste de films en famille.

Le 10 décembre 2019, Dominique Deshayes coordonnatrice des droits des femmes chez Amnesty francophone rappelle lors d’une interview que : « La tradition ne peut jamais être une excuse à la violation des droits humains« , cette citation est inspirée de l’article 12 de la DUDH laquelle fut déclarée il y a de cela 71 ans jour pour jour. Elle précise aussi que : « Ce n’est pas parce que c’est traditionnel, que couper le clitoris des petites filles est autorisé. Ce n’est pas parce que le mariage forcé est traditionnel, qu’il est forcément autorisé« . L’article 12 stipule que nul ne sera l’objet d’immixtions(1) arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation.

Amnesty c’est quoi ?

Amnesty de son nom complet Amnesty international (Belgique), est une organisation de défense des droits humains qui débute par la défense de deux étudiants au Portugal qui avait fait l’erreur de trinquer à la liberté lors de la dictature de Salazar(2). Ces prisonniers politiques et religieux attirèrent l’attention de Peter Benenson à l’époque avocat de 39 ans déjà réputé internationalement. Il envoya maintes lettres au gouvernement portugais pour les amnistier(3), il fit de même dans plusieurs autres pays et c’est alors que vit le jour des prisonniers oubliés le 28 mai 1961 dans un hebdomadaire anglais, The Observer sort, autrement dit, le premier article d’Amnesty.

De quoi devrion-t-on prévenir les plus jeunes ? Excision, mariage forcé et crime d’honneur. Ce sont des termes dont la plupart des jeunes n’ont jamais entendu parler et qui pourtant sont présents tout autour d’eux sans même qu’ils en aient conscience. Et malheureusement d’autres jeunes, dans leur école, leur quartier, ou même l’enfant de l’un de vos proches, certains y sont encore confrontés juste là, sous vos yeux, sans même que vous vous en aperceviez.

Aussi ancienne soit cette pratique, le mariage forcé est toujours d’actualité, on compte jusqu’à 700 millions de femmes mariées de force avant leur majorité et ce même si ça va à l’encontre des droits de l’Homme. Et bien heureusement, on peut observer une baisse du nombre de mariages forcés comparé à chaque année.

Education à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle.

Obligatoire en Belgique depuis 2012, autrement dit, l’EVRAS, a pour but d’informer les plus jeunes sur leur vie relationnelle, affective et sexuelle tout en passant par des plannings familiaux. L’accompagnement des jeunes vers l’âge adulte est de plus en plus négligé, une étude menée par PROMES-ULB et par FUNDP a prouvé qu’il y avait une disparité des initiatives et du temps octroyé à l’EVRAS dans les écoles, mais surtout dans les écoles professionnelles qui sont tout autant concernées.

La convention d’Istanbul.

En 2011, la convention d’Istanbul est mise en œuvre afin de contribuer à la prévention et à la protection des femmes contre toute violence. L’Istanbul, la Turquie et les Etats membres du Conseil de l’Europe sont les seuls pays à avoir signé cette convention. Ces parties ont pour but de veiller à ce que l’honneur traditionnel ne soit pas la justification de tout acte agressif. En Belgique, c’est seulement en 2016 qu’elle fut ratifiée. On peut notamment y retrouver de nombreux dires sur les mariages forcés.

Pour conclure on notera que le crime d’honneur peut être retrouvé sous d’autres formes que le féminicide, comme par exemple la loi de Talion que l’on retrouve en Albanie et qui a pour but une vengeance par le sang ou par la fortune. Le seul bémol avec cette loi est qu’elle est officiellement reconnue en Albanie et qu’il n’y a donc pas de réelle justice pour s’en protéger. De plus on peut ajouter qu’il est important de prévenir nos jeunes sur ce type de situation car malheureusement il existe des cas où la victime ne sait pas qu’elle est une victime, elle accepte son sort car elle l’a vue se réaliser sur d’autres personnes avant elle, voilà la pire situation sur laquelle on pourrait tomber en essayant d’aider son prochain, une situation où la victime pense que ce qui lui arrive est normal.

(1) Action de s’immiscer dans les affaires d’autrui.

(2) De son nom complet Antonio de Oliveira Salazar est une ancienne figure centrale du régime autoritaire au Portugal de 1928 à 1933.

(3) Issu du terme amnistie, signifie du législateur un acte qui efface rétroactivement le caractère punissable des faits auxquels il s’applique.

Moi Erika, 20 ans, 1m78.

Jeune bruxelloise d’origine congolaise, militante durant mes heures perdues et néanmoins rêveuse à temps plein, je suis étudiante en première bachelier à l’ISFSC en communication et même si je ne sais pas encore ce que je compte faire plus tard, une chose est sûre, j’ai une grande soif de savoir, de liberté, mais surtout, des rêves pleins la tête à réaliser.

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