« Voilà ce que tu as fait, et je me suis tu. » Psaumes 50:21

Le pape François demande pardon aux fidèles et essaie de faire bouger les choses pour aider les victimes à faire le deuil. C’est vers la fin du 20e siècle qu’on a commencé à entendre parler partout dans le monde des premiers scandales au sein l’Église. Les abus sexuels sur mineur et les religieuses montrent les dérives du clergé. Et fait l’objet de procès très médiatisés. Comment venir en aide aux victimes et leur permettre de tourner la page ?

Les mineurs et les religieuse prennent la parole

Le 29 novembre 2019 a débuté le deuxième jour du procès Barbarin. Ce dernier est accusé d’avoir gardé pour lui des agissements pédocriminales du prêtre Bernard Preynard, qui est accusé d’avoir abusé de mineurs. Le procès n’est pas encore terminé, la cour prendra sa décision le 30 janvier prochain.

Depuis quelques années, plusieurs médias parlent des scandales qui secouent l’Église catholique, notamment Arte, qui a diffusé un documentaire sur l’abus sexuel des religieuses, pensez-vous que malgré le culte du silence qui se trouve dans l’Église, certaines d’entre elles vont parler ?

« En ce qui concerne les religieuses par rapport aux enfants, c’est une autre question plus proche de ce qu’on a appelé dans les années 90 la question des dérives sectaires, c’est-à-dire non pas seulement sur les enfants mais aussi sur les adultes. Ça consiste à noter que certaines personnes fragiles peuvent être en quête spirituelle et peuvent dans cette quête chercher des réponses à leur vulnérabilité, mais comme elles sont vulnérables, la quête spirituelle est redoutable et on peut très bien imager que l’autorité spirituelle n’ait pas tout été correcte, puis qu’il abuse de la vulnérabilité. Mais elle est différente de celle de l’enfant, puisque celui-ci ne comprend pas ce qui lui arrive, te dit qu’ici ce sont des personnes majeures qui sont en recherche de quelque chose qui ont trouvé l’homme ou la femme qui éclaire le sens de leur vie, et puis à force d’éclairer les choses se compliquent. » explique Louis-Léon Christians, directeur de la chaire droit et religion d’Université Libre de Louvain.

Mettre des mots sur les maux

En Belgique, il y a eu 600 signalements de cas prescrits concernant des abus au sein de l’ Église. Elles ont toutes été enregistrées par le centre arbitrage (1), qui est une commission mixte entre l’ Église et l’ État. C’est ce dispositif qui a essayé d’aider financièrement mais de façon assez secondaire, surtout en termes équité. Mais aussi les droits canons qui remontent à l’an 1000, qui d’abord servait au bon ordre du clergé, et parfois des fidèles. Il faut attendre la Deuxième guerre monde avec les mouvements des droits de l’homme, à partie duquel il est devenu plus vigilant à la protection des statuts des fidèles contre éventuels abus du clergé. Le premier moment délicat de ces affaires, c’est d’abord la prise de parole. Puisque certaines personnes ne veulent pas revivre une deuxième fois, toute cette histoire est de réexpliquer sans cesse les faits. Car même si parfois il y a une possibilité de sanction pénale.

Est-ce que la sanction du coupable suffit à résoudre les mots ? Nul ne le sait.

Ensuite, parfois, la réponse de la justice est insatisfaisante. En droit, on va parler d’arrêter, cela signifie qu’on arrête de discuter sur les faits qu’on a pu prouver. On passe outre cette affaire et ces difficultés qui ont cassé, troublé une vie pour permettre à ces personnes de tourner la page.

Comment la justice peut-elle aider les victimes de ces abus ? « C’est une question difficile qui se pose encore au parlement belge, puis en France. Autrement dit, celles des personnes qui ont estimé êtres abusés ou ont été abusées ont eu à la possibilité psychologique et le courage de parler. Se retrouve dans une situation de victime qui n’est pas nécessairement agréable. Dire, regarder, j’ai été abuser. C’est courageux et on espère justice, mais enfin, c’est tout de même se donner une étiquette de victime, on préférerait être un gagnant plutôt qu’une victime. Donc il y a un moment de fragilité dans la prise de parole. Alors un des problèmes qu’on a eu dû à la lenteur du processus historique, c’est qu’aujourd’hui, en France comme en Belgique, mais en Belgique, c’est fini, il y a eu un nombre impressionnant de paroles libérées, surtout sur des cas prescrits pénalement. Donc des personnes qui parlent au moment où elles savent qu’elles ne pourront pas obtenir la condamnation pénale de la personne qu’elles accusent. Parce que le délit est prescrit, le délit est trop passé, donc ça aussi, c’est terrible d’amener des personnes à parler comme victimes, mais tout en leur disant attention, vous parlez, mais il n’y aura pas de solution juridique, il y aura peutêtre une solution psychologique. » poursuite, Louis-Léon Christians

Des points à travailler

Il reste encore des questions à se poser comme : comment l’Eglise sanctionne ces personnes ? Comment l’Eglise arrive t’elle à son tour à aider les victimes ?

La première faille que l’on constate, c’est pendant longtemps dans la société, on ne parlait pas de sexe. Le fait de ne pas parler de ces abus dans les relations de religieuses correspond donc qu’on ne parle pas de ces abus dans l’enseignement, dans le sport, etc. C’est une première chose qui n’excuse pas évidemment un manque de vigilance, mais ça explique tout de même le silence généralisé. Il faut attendre les années 90 pour que réellement les scandales public et massif éclatent aux États-Unis , puis en Belgique et en France maintenant.

Ensuite, il y a eu des problèmes dans la gestion de ces personnes au sein même de l’ Église.  » C’est ce qu’on a reproché encore aux ecclésiastiques de cette fameuse période où on est passé de l’omerta à la prise de parole. Durant cette période intermédiaire, on sait que la réponse classique des autorités religieuses était bien déplacée, la personne. L’autorité religieuse avait commis quelque chose qui n’est pas admissible et la sanction était un déplacement. Ils espéraient que ce déplacement leur permettrait de tourner la page et de repartir sur de bonnes bases. Ce qu’on ne savait pas à l’époque, mais qui a changé aujourd’hui, c’est que lorsqu’un pervers sexuel avoue sa perversité, cela n’empêche pas qu’il soit toujours potentiellement actif. Donc il y a une évolution de la connaissance de la psychologie de la récidive au cours de ces dernières années. » indique-t-il.

Pour conclure, on constate que l’ Église catholique essaie de faire des efforts afin de ne pas commettre les mêmes erreurs que par le passé. Par ses différentes actions, le pape François montre qu’il veut mettre en lumière ces abus pour qu’il ne reste pas dans l’ombre. Malgré la difficulté de ces procès, certaines victimes ont le courage de pouvoir parler alors que d’autres préfèrent passer à autre chose.

  • (1) https://www.wipo.int/amc/fr/center/index.html

Laliongo Tifanny, 20 ans, étudiante en bac 1 communication à l’ISFSC.

« Lorsque vous vous faites un devoir toute votre vie d’aimer les autres, il n’y a jamais de dernier chapitre, car l’histoire se poursuit. Vous prêtez votre lumière à quelqu’un d’autre, qui éclaire une autre personne et une autre, et encore une autre. » Oprah Winfrey

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