Don de sang des homosexuels : l’égalité en progrès

C’est le bilan 2019 des droits des LGBTQ+ qui nous a mis la puce à l’oreille. Celui-ci pointe, pour la Belgique, « des questions autour du don de sang ». Ces questions ont trait principalement aux conditions à respecter par les personnes homosexuelles pour pouvoir donner leur sang.

Dans quelle mesure les conditions pour donner son sang vont-elles progresser pour les personnes homosexuelles ?

Souvenez-vous

Il y a deux ans, la Chambre des représentants approuvaient une loi autorisant les personnes homosexuelles à donner leur sang, ce qui leur était jusqu’alors interdit. Hic : la loi imposait une période d’abstinence de 12 mois. De quoi lui donner une allure pour le moins hypocrite. C’est en tout cas ce que dénonçaient différentes associations de lutte pour l’égalité entre les orientations sexuelles.

Don de sang ©SIPA

S’appuyant sur la non-conformité aux articles 10 (égalité de tous devant la loi) et 11 (non-discrimination) de la Constitution, les parties opposées à ces conditions strictes ont obtenu gain de cause auprès de la Cour constitutionnelle, qui a décidé il y a peu d’annuler la loi de 2017.

Une nouvelle loi devrait bientôt être adoptée, assouplissant les conditions de don de sang par des personnes homosexuelles. A suivre…

Femmes dirigeantes en Belgique : où en s’hommes-nous ?

Il y a peu, Dominique Leroy annonçait qu’elle quittait la direction de Proximus. L’occasion de s’interroger sur la présence des femmes à la tête des grandes entreprises, qu’elles soient privées, publiques ou familiales. D’une forme de société à l’autre, les constats varient. Dans l’ensemble et sans grande surprise, nous sommes encore loin de l’égalité de plus en plus revendiquée.

La question originelle de cet article était : « Les femmes ont-elles accès à des postes de haut management autant que les hommes ? ». Pour apporter des premiers éléments de réponse, nous avons contacté Isabella Lenarduzzi, fondatrice de JUMP, entreprise sociale qui œuvre à combler le fossé entre les hommes et les femmes au travail.

Quand nous lui avons posé cette question, elle nous a répondu : « Bien entendu que non. Pour vous donner un chiffre en Belgique, 57 % des personnes obtenant un diplôme universitaire sont des femmes. Or, seules 17 % de femmes dirigeantes dans les comités de grandes d’entreprises, (car il n’y a pas de quota). ». Sur base de cette réponse, nous avons reformulé notre question, nous autorisant un jeu de mots : « Femmes dirigeantes en Belgique, où en s’hommes-nous ? ».

Petit crochet historique

Selon le journal L’Echo, les femmes occupaient en 2018 16 % des postes aux comités de direction des grandes entreprises, contre environ 9 % dix années plus tôt. Le journal précise qu’il n’y a « pas de quoi pavoiser » car nous nous situons juste au-dessus de la moyenne européenne, qui est de 15 % de directrices. A titre de comparaison, nous sommes encore loin de nos voisins français qui comptent pas moins de 42 % de femmes dans les conseils d’administration des sociétés cotées (CAC 40). Autre pays davantage exemplaire sur la question de l’égalité hommes-femmes au niveau des fonctions dirigeantes : la Norvège.

En vérité et en Belgique, la représentation des femmes au sein des conseils d’administration est encadrée par une loi datant de 2011. Cette loi vise à garantir la présence des femmes dans le conseil d’administration « des entreprises publiques autonomes, des sociétés cotées et de la Loterie nationale. ».Elle instaure, pour l’ensemble des membres du conseil d’administration, « un quota d’au moins un tiers de membres du sexe le moins représenté ». Il existe également des dispositions concernant la représentation des femmes dans l’administration publique.

En effet, un arrêté royal de 2012 « fixe un quota de femmes aux deux premiers degrés de l’administration fédérale. Désormais, au moins un haut fonctionnaire sur trois doit être une femme. Les services qui n’arrivent pas aux normes imposées devront donner la préférence à la candidate, en cas de lauréats classés de manière équivalente. Selon les derniers chiffres, en 2013, les femmes représentaient 16.3% des fonctionnaires du premier degré et 31.6% des fonctionnaires du second degré des ministères fédéraux ».

Absence de volonté politique

Malgré ces dispositions légales, Isabella Lenarduzzi pointe une absence de volonté politique à les appliquer : « En Belgique, c’est simple, il n’y a pas de volonté politique. Je vous rappelle que la N-VA et l’Open VLD avaient voté contre la loi sur les quotas, à l’exception de Gwendolyn Rutten. On n’a pas mis en place de contrôle ni de sanctions pour encadrer la loi. Résultat, les sociétés font ce qu’elles veulent. Elles ne bougent que lorsqu’elles sont soumises à de fortes pressions médiatiques et citoyennes ».

Ceci expliquerait la présence de trois femmes à la tête de sociétés belges membres du Bel 20, ces sociétés étant particulièrement médiatisées. Difficile d’ailleurs de ne pas avoir eu connaissance, récemment, du départ de l’ancienne CEO de Proximus, Dominique Leroy.

Remplacée temporairement par… une femme. En l’occurrence, Sandrine Dufour, jusqu’alors directrice financière de la société. Notons par ailleurs la présence d’Ilham Kadri à la tête de Solvay et d’Isabelle Kocher à la tête d’Engie-Electrabel.

« Nous, les femmes, nous sommes la moitié du ciel et même un peu plus. Nous entendons être la moitié de tout. Pas vos moitiés, la moitié de tout. Et surtout, surtout, être au moins la moitié partout où se prennent les décisions. Le monde qui vient devra s’habituer partout à la présence partout, la présence forte de vos filles, de nos filles ». Christiane Taubira.

Et du côté des entreprises familiales ?

Outre au niveau de ces grosses sociétés cotées en bourse, qui restent principalement dirigées par des hommes, il est intéressant d’observer l’évolution de la présence des femmes à la tête d’entreprises familiales. Entreprises représentant trois quarts des sociétés belges, un tiers de notre PIB et 45% de l’emploi. Et là, le tableau est différent. Plusieurs, dont Isabella Lenarduzzi, évoquent un tournant historique avec l’arrivée d’un grand nombre de filles de dirigeants à la tête de ces entreprises.

Selon le magazine Trends, ce tournant est le fruit « d’une longue évolution sociologique». Qui aboutit aujourd’hui au constat dressé par Isabella Lenarduzzi selon lequel une majorité des personnes diplômées (57%) sont des femmes.

De son côté, Valérie Denis, directrice de la Chaire Ichec Familles en Entreprises, constate que les hommes ont souvent un complexe d’infériorité concernant leurs diplômes par rapport à ceux de leurs sœurs. Elle indique encore que « grâce à cette liberté de choisir leur cursus, au contraire des générations précédentes, ces jeunes femmes ne sont plus vouées à des rôles de second plan. Elles sont de plus en plus appelées à jouer un rôle opérationnel, voire à prendre les rênes de l’entreprise familiale»…

Si la situation des entreprises familiales est encourageante quant à l’égalité hommes-femmes, elle ne serait hélas que l’arbre qui cache la forêt. D’après l’étude 2020 du World Economic Forum, « l’égalité des genres progresse très lentement dans le monde, en particulier dans le domaine économique ». Un chiffre en particulier fait froid dans le dos : il faudrait désormais 257 ans pour effacer les inégalités hommes-femmes dans ce domaine…

Comme nous avons pu le constater, malgré des évolutions positives, les femmes demeurent peu présentes dans les positions de direction. Sans parler de leurs salaires, qui restent plus faibles.

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