La place de la religion dans l’enseignement primaire

De nombreux débats ont eu lieu ces dernières années concernant le port du voile dans l’enseignement supérieur. La place de la religion dans l’enseignement primaire est une question tout à fait légitime prenant place dans de nombreux débats (parfois hostiles). A cet effet, cela mérite notre regard et que l’on s’y arrête un instant.

Le fonctionnement de l’enseignement en Belgique

L’enseignement est une compétence communautaire. La Belgique est composée de 3 communautés différentes. Dès lors, les décrets relatifs à l’enseignement varient de l’une à l’autre. Chacune possède son réseau scolaire, son ministère et son ministre de l’Education. 

De plus, 2 filières composent l’enseignement en Belgique : d’une part, l’enseignement officiel et d’autre part, l’enseignement libre dit “catholique”.

La religion à l’école primaire

Dès la première primaire, un cours philosophique est prévu dans le programme scolaire de l’enfant. Dans l’enseignement officiel, plusieurs possibilités sont envisageables telles que les religions reconnues ou la morale. Dans l’enseignement libre, uniquement la religion catholique et parfois islamique est au programme. 

Depuis septembre 2017, le programme intitulé cours de Philosophie et Citoyenneté est entré en vigueur dans tous les établissements de l’enseignement primaire :

  • De l’enseignement organisé par la Fédération Wallonie-Bruxelles
  • De l’enseignement officiel subventionné
  • De l’enseignement libre non confessionnel subventionné

Le but de ces cours de « philosophie et de citoyenneté » est de rassembler tous les élèves et de leur permettre d’avoir une réflexion commune sur différents sujets tels que la culture, la philosophie, la citoyenneté et le fait religieux.
Il s’agit ici d’un bloc de deux heures de cours : une heure de cours obligatoire et une deuxième heure au choix en alternance du cours de religion/morale.

Vidéo explicative du cours de Philosophie et Citoyenneté réalisée par la chaîne Youtube Canalcal

Comment la religion est abordée auprès des enfants ?

A l’âge de l’école primaire, les enfants ne sont pas encore totalement aptes à se rendre compte des différences entre les religions. Ce qu’ils connaissent de la religion leur vient de ce qu’ils ont appris de leur entourage proche, notamment à la maison.

Cela peut parfois susciter des mésententes entre les enfants voir de la discrimination : certains enfants vont discuter de choses relatives à une religion différente qu’ils auraient pu évoquer dans le cadre d’une discussion dans le cercle familial. Ces opinions divergentes peuvent parfois être mal perçues de la part de leurs camarades de même confession ayant abordé le sujet de façon différente. 

Voici un exemple rencontré par Mme Alexia, institutrice interviewée dans le cadre de cet article : lors d’une discussion sur les différentes religions, un élève de confession musulmane pose des questions sur la religion catholique à son institutrice. D’autres élèves de confession musulmane de la classe ne comprennent pas pourquoi il pose ce genre de questions et lui font remarquer par différentes exclamations telles que “Comment sais-tu ça ? Ce n’est pas ta religion, c’est mal”

Mon interviewée m’a expliqué qu’au début du primaire, la religion est expliquée sous la dimension de l’imaginaire et du fantastique aux enfants, pour la rendre plus accessible ainsi que ludique. Les faits religieux de l’Histoire ne sont pas abordés durant le parcours primaire.

Afin d’expliquer l’existence de différentes religions, les professeurs prennent essentiellement en considération les questions que les enfants vont poser, c’est-à-dire qu’ils ne vont pas spécialement abordés le sujet si les enfants n’en manifestent pas le désir. De plus, afin d’en parler, il faut que le/les professeurs se sente(nt) à l’aise avec le sujet.

Qu’en est-il de la laïcité ? 

La Belgique est un Etat laïc. C’est-à-dire qu’il y a une séparation entre l’Eglise et l’Etat excluant le religieux du pouvoir politique et administratif et principalement dans l’enseignement. 

Toutefois, la Belgique tolère l’intervention de l’Eglise dans l’enseignement officiel par le biais des différents cours de religion, ce qui met à mal le principe de laïcité censé être d’application.

Les grands principes de la laïcité de manière simplifiée. Vidéo réalisée par la chaîne Youtube Canalcal

La neutralité de l’enseignement

La neutralité de l’enseignement revient souvent dans les discussions lorsqu’on parle des signes ostentatoires religieux.

L’enseignement en Belgique est loin d’être neutre. Alexia me l’a confirmé lors de notre entrevue en soulignant le fait que chaque école a son mode de fonctionnement. 

Photo libre de droit par Rawpixel.com

Le fait de porter des signes ostentatoires religieux appartient à la liberté de cultes. Mais l’école est un endroit de protection pour les enfants des pressions du monde extérieur. Chaque enfant a le droit d’apprendre dans un environnement dénué de propagande telle qu’elle soit. Elle se doit donc d’éviter un maximum de compartimenter les religions.

A qui revient le choix ? 

Juridiquement, ce sont les parents de l’enfant qui choisissent le cours philosophique qu’il va suivre durant son parcours scolaire jusqu’à l’âge de 18 ans. 

L’enfant pourrait être capable de choisir sa propre orientation philosophique avant cet âge mais il ne faut pas perdre de vue que la/les croyance(s) des enfants dépendent des valeurs et de l’éducation reçues de la part de leurs parents. 

Encore à l’heure actuelle, il est considéré comme normal par beaucoup de parents que ce soit eux qui décident pour l’enfant jusqu’à l’âge de sa majorité.

D’un point de vue psychologique, l’enfant atteint l’âge de raison vers 7 ans. Un âge considéré comme le premier pas dans “la cour des grands” qui représente le début d’un nouveau stade de logique et de compréhension du monde qui l’entoure. Il est donc peu probable qu’avant un certain âge, l’enfant puisse comprendre certains principes inhérents à la religion et les intégrer de manière à faire son propre choix philosophique.

Rentrée 2020-2021 

A partir de septembre 2020, l’âge de la scolarité obligatoire pour les enfants sera descendu à 5 ans au lieu de 6. 

En parallèle de cette obligation, on parle de cours de religion « sur demande » dès la troisième maternelle. Cela signifie que le tuteur/parent légal ou l’élève en âge de décider, pourra choisir entre la religion de son choix ou le cours de moral. Celui-ci pourra faire une demande de dispense afin que ce cours soit remplacé par un cours de philosophie/citoyenneté.

Madame Alexia nous explique son point de vue sur le fait d’insérer des cours de religieux si tôt dans la scolarité : “il n’y a aucun intérêt pédagogique à insérer la religion à ce stade de la scolarité. La maternelle est une préparation à l’école primaire, l’endroit où l’enfant va apprendre à devenir élève c’est-à-dire où il va apprendre l’autonomie, à vivre en groupe, où il va être confronté à différentes activités qui lui apprennent tout ce qui touche à la motricité fine et globale”.

Quid de la religion dès la première primaire ?

Dès le commencement du parcours primaire, l’enfant développe des aptitudes à comprendre des matières telles que les mathématiques, le français, etc. Il n’y a donc aucune raison pour que celui-ci ne soit pas apte à recevoir un cours de religion. 

Comme mon interlocutrice me l’a stipulé lors de notre entretien, la religion est abordée de manière imaginaire et fantastique dans l’enseignement primaire afin de ne pas influencer la perception que l’enfant peut avoir de celle-ci. 

Dès lors, la présence d’un cours de religion va permettre à l’enfant de s’ouvrir au monde, de développer sa curiosité mais aussi d’amener une discussion, un débat avec les autres. C’est un cours qui participe donc à l’éveil de l’enfant sur le monde extérieur.

Pour en savoir +

Coralie Joly, 24 ans, étudiante en communication à l’ISFSC (Bruxelles)
Passionnée de photographie et de voyages, la liberté du corps est un sujet qui m’intéresse particulièrement car sentir que notre corps nous appartient est essentiel pour avancer dans la vie.

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