L’art, secteur fragilisé par le crise sanitaire

L’art et la culture traversent une période difficile en Belgique et ailleurs depuis le début de la crise sanitaire. Le droit fondamental d’accès à la culture est compliqué par les mesures actuelles. De ce fait, des réformes et innovations voient le jour.

La liberté artistique, telle que l’Unesco la définit, est  » la liberté d’imaginer, de créer et de distribuer des expressions culturelles diverses sans censure (…) . Elle comprend le droit de chaque citoyen d’accéder à ces œuvres et est essentielle au bien-être des sociétés. » 1Licence : Image par David Mark de Pixabay . Libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise.

Le 1e décembre dernier, les musées ont réouvert leurs portes en Belgique après un mois de fermeture.2 Cette réouverture permet au public de combler le manque culturel de ces dernières semaines . Cependant, le secteur du spectacle et de l’art vivant ne peut pas encore reprendre ses activités. Au mois d’avril dernier, un fonds d’urgence avait été mis en place pour venir aide au secteur. Le montant de ce fonds était de 8,6 millions d’euros. 3

Une réforme du statut axé sur la création

En novembre dernier, le Gouvernement de Croo s’engageait à proposer des solutions en soutien aux artistes actuels et futurs. Le fédéral garantit également une réforme du statut d’artiste. Celui-ci sera axé sur l’activité de création ainsi que celle d’enseignement et d’activités socio-culturelles autour de la création. Ce nouveau statut d’artiste exclura donc les activités de productions et de diffusions artistiques.

Le 14 juillet dernier,  une conférence interministérielle (CIM) a créé un groupe de travail « artistes » en vue de cette réforme structurelle du statut de l’artiste. Un rapport devra être rendu ce mois-ci.4

L’avis d’une personne de terrain

D’après Jacques Neefs, les personnes les plus oubliées dans cette crise sont le jeunes diplômés. « Les directeurs de théâtres, lorsque cela va reprendre, (…) vont remettre sur les rails des projets qu’ils avaient déjà dans leurs hangars. Ceux qui frappent à la porte du hangar mais qui ne sont pas encore dedans, qui aimeraient bien jouer, qui sont d’excellents comédiens, qui viennent de sortir, qui sont de la promotion de 2020, ceux-là sont les moins chanceux » explique-t-il.

Le véritable problème est, selon Jacques Neefs, que la majorité des contrats d’artistes sont des contrats à durée déterminée. Cela s’explique par le fait qu’à chaque fois, le subside doit être reconduit. Mais cette reconduction de subside n’est pas assurée et, par conséquent, les contrats ne sont pas toujours renouvelés non plus. Selon lui, la non-reconduction de contrats augmente la précarité des artistes, qu’ils possèdent le statut d’artiste ou non, et engendre divers problèmes sociaux (refus de prêts,…).

«  On n’a pas l’impression (…) qu’il y a de la bienveillance. Et cela aiderait furieusement par les temps qui courent. »

Jacques Neefs

De nombreux artistes se sont exprimés sur les réseaux par rapport à la situation actuelle. C’est le cas de Félix Radu qui a publié un texte rempli de références culturelles, jeux de mots et plein d’espoir pour l’avenir du secteur culturel.

Paradoxalement, le metteur en scène explique qu’il n’a jamais connu un nombre aussi important de candidats pour la rentrée au Conservatoire. « Je pense qu’il y a un vibrant et fébrile besoin artistique chez les jeunes » rajoute-il.

Des innovations intéressantes mais pas des solutions définitives

Depuis le premier confinement, la culture en ligne s’est fortement développée. De nombreux musées ont proposé des visites virtuelles, des théâtres et opéras ont diffusé des spectacles en streaming.5 C’est le cas par exemple du festival Impact qui est passé en version 100% numérique en novembre dernier. Des pièces sont également diffusées en live sur Instagram, comme c’est le cas de Jeanne Dark. 6

Ces innovations permettent de développer de nouvelles façons de créer, mélangeant art et nouvelles technologies.

« Un période de crise, c’est une période qui pose des questions. À nous d’y répondre. Mais on est quand même devant une impasse majeure. C’est que nous sommes des artistes du spectacle vivant, qui se fait en présentiel » explique le comédien. «  On risque de se retrouver dans un théâtre 1984, façon George Orwell, à multiplier les ersatz » rajoute-t-il. Pour lui, afin de stimuler la créativité des artistes, il faut une politique culturelle qui les soutient, un plan de relance pour la culture. Cependant, Jacques Neefs explique qu’il ne s’agit pas de renier tout ce qui a été mis en place comme « solutions de secours ». Selon lui, ces innovations peuvent permettre à des personnes de découvrir de nouvelles choses et même parfois d’accéder plus facilement à l’art et la culture.

Par ailleurs, la culture en ligne met en évidence la fracture numérique qui existe à l’échelle mondiale. En effet, selon un rapport de l’Unesco, 46% de la population mondiale n’a pas accès à Internet. Cette difficulté d’accès à la culture en ligne créerait donc des problèmes d’inclusion sociale. 7

L’art, outil de résilience

Selon Jacques Neefs, le véritable danger est que les personnes qui n’avaient déjà pas pour habitude de se rendre dans des lieux culturels et artistiques le feront encore moins. Il mentionne également un risque de fermeture des communautés sur elles-mêmes. « Qu’est-ce que le théâtre ? Qu’est-ce que le spectacle vivant? Un miroir de la société. Un miroir vivant, j’insiste. Ce n’est pas une image. Ce sont des gens qui vont réfléchir ensemble. Qui vont rigoler, pleurer ensemble. Où est-ce qu’on rigole et pleure ensemble à l’heure actuelle ? » explique Jacques Neefs.

En effet, depuis le début de cette pandémie, Human Rights Watch a constaté une hausse du racisme anti-asiatique, des théories du complot antisémites, des attaques contre les musulmans, des préjugés envers les réfugiés et les migrants.8

Par ailleurs, selon l’Unesco, l’art, la culture et le patrimoine vivant contribuent à la vitalité des sociétés et permettent aux différents groupes sociaux d’exprimer leur identité et contribuent ainsi à la cohésion sociale et au dialogue interculturel. La pandémie a également mis en évidence la capacité de la culture à rassembler les communautés en période de crise. Celle-ci s’avère être un outil de dialogue qui devrait permettre aux communautés de se relever plus vite et renforcées après la crise. Les sites du patrimoine mondial, le patrimoine vivant  et les expressions culturelles pourraient contribuer à la construction de sociétés plus inclusives grâce à la participation des différentes communautés.9

Un autre enjeu est l’impact de la crise sur le patrimoine historique et culturel. En effet, depuis le début de la pandémie, on constate une hausse des pillages et du trafic d’art.10

« Je pense qu’il faut principalement un plan de relance, un plan Marshall de la culture » confie le metteur en scène. Licence: Photo by Kevin Grieve on Unsplash Libre pour usage commercial.

L’art et la culture vont donc devoir être « reboostés ». « La principale priorité sera de rapprocher les communautés qui se sont refermées sur elles-mêmes. (…) Reconscientiser, trouver des pistes pour redonner le chemin des lieux des spectacles vivant aux populations qui oubliaient déjà avant que ce chemin existait » explique Jacques Neefs. Cela se confirme d’autant plus par l’étude réalisée par Impacts Recherche & Développement aux Etats-Unis démontrant que 1 personne sur 4 se dit confiant de se rendre dans un musée ou une galerie d’art où les mesures d’hygiène auraient été renforcées. En ce qui concerne les théâtres, cinémas et concerts seulement 1 personne sur 7 se sentirait à l’aise de s’y rendre, même si des mesures similaires étaient mises en place.11


En savoir plus :

Sur le statut d’artiste en Belgique et les aménagements suite à la pandémie : Le statut de l’artiste face au Covid-19 – Le Soir Plus

Sur la situation actuelle des artistes d’un point de vue économique en Belgique : Coronavirus en Belgique : les artistes, grands oubliés de la crise ? (rtbf.be)

Sur le fonds d’urgence mis en place en Fédération Wallonie-Bruxelles et les condistions : Covid-19 : accès du secteur culturel au fonds d’urgence de la Fédération Wallonie-Bruxelles | Bénédicte LINARD – Vice-Présidente et Ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des Femmes (cfwb.be)

Elisa Gréban de Saint Germain.
J’ai 19 ans et je suis étudiante en 1ère de communication à l’ISFSC. Je m’intéresse à divers sujets de sociétés (libertés, droits fondamentaux,…).

Webographie:

(1) UNESCO. Liberté artistique [en ligne]. 2019. [Consulté le 20 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://fr.unesco.org/creativity/sites/creativity/files/artistic_freedom_fr_pdf_web.pdf

(2)JEBALI, Nesrine. Coronavirus en Belgique : une réouverture au pas de charge pour les musées. Le Soir [en ligne]. 28 novembre 2020. [Consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://www.rtbf.be/info/societe/detail_coronavirus-en-belgique-une-reouverture-au-pas-de-charge-pour-les-musees?id=10641765

(3) FÉDÉRATIONS WALLONIE-BRUXELLES. Fonds d’urgence Culture et sectoriels [en ligne]. 2020. [Consulté le 20 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: http://www.culture.be/index.php?id=17881

(4) LALLEMAND, Alain. Statut de l’artiste: l’heure des réalités. Le Soir [en ligne]. 12 novembre 2020. [Consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://plus.lesoir.be/337512/article/2020-11-12/statut-de-lartiste-lheure-des-realites?utm_campaign=a_la_une_13112020&utm_content=Article7&utm_medium=newsletter_le_soir&utm_source=a_la_une&utm_term=statut-de-lartiste-lheure-des-realites

(5) UNESCO. Culture & Covid-19: Impact & Réponse n°2 [en ligne]. 13 mai 2020. [Consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://fr.unesco.org/sites/default/files/copy_of_issue_2_fr_culture_covid-19_tracker.pdf

(6) MAKEREEL, Catherine. Festival Impact: quand la scène s’incruste chez vous. Le Soir. 9 novembre 2020. [Consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://plus.lesoir.be/336829/article/2020-11-09/festival-impact-quand-la-scene-sincruste-chez-vous

(7) UNESCO. Culture &Covid-19: Impact et Réponse n°12 [en ligne]. 3 juillet 2020. [Consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse : https://fr.unesco.org/sites/default/files/issue_12_fr_culture_covid-19_tracker.pdf

(8) UNESCO. Culture &Covid-19: Impact et Réponse n°6 [en ligne]. 20 mai 2020. [Consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://fr.unesco.org/sites/default/files/issue_6_fr_culture_covid-19_tracker.pdf

(9) UNESCO. Culture &Covid-19: Impact et Réponse n° 7. 27 mai 2020. [ Consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://fr.unesco.org/sites/default/files/issue_7_fr_culture_covid-19_tracker.pdf

(10) UNESCO. Culture &Covid-19: Impact et Réponse n°5. 13 mai 2020. [ consulté le 19 décembre 2020]. Disponible à l’adresse: https://fr.unesco.org/sites/default/files/issue_5_fr_culture_covid-19_tracker-2.pdf

(11) Ibidem

Papa Maman, je suis un enfant, mais mon opinion compte!

Depuis le 20 novembre 1989 un enfant est titulaire de droits et de libertés. Malgré sa vulnérabilité et sa dépendance, un enfant est donc libre d’exprimer librement ses opinions. Mais cela semble être parfois oublié. Perçu comme étant trop petit ou pas assez mature. Comment un enfant peut-il se faire entendre et revendiquer ses droits?

Un enfant possède des droits et des devoirs et de l’exercice, ses droits, la liberté d’expression et la plus méconnue du grand public. ©Pixabay Licence

La Convention relative aux droits des enfants reconnaît à tous les enfants du monde capables de discernement le droit d’exprimer son opinion, le droit à la liberté d’expression, à la liberté de pensée, de conscience et de religion. 

Mais de nos jours il est rare d’apercevoir à la télé ou dans les médias des enfants parlant ouvertement de leurs opinions, ou donnant leur avis sur certaines choses qui leurs sont imposées par la loi ou s’opposant à des avis les concernant directement. Ils sont plus tôt évoqués ou utilisés sans être perçus comme un acte de droit mais comme un moment « d’émotion ». 

Grâce aux droits de l’homme, n’importe qui peut du jour au lendemain mettre en cause une loi ou une règle qu’il ne pense pas assez juste ou morale à son goût tant que cela reste dans le cadre du respect. Un adulte peut se faire entendre et s’il a l’impression que ce n’est pas suffisant, les réseaux sociaux tels que Twitter sont ses alliés. Comme exemple ce mouvement « La parole Demain » qui prône la liberté d’expression.

Mais ces adultes sont pour la plupart des parents et leurs enfants voient tous les jours à la télé les grands s’exprimer à longueur de journée sans savoir qu’eux aussi peuvent le faire.

Comprendre les libertés des enfants 

Tout comme les grands, un enfant a des droits et des libertés. Malgré leur fragilité et leur vulnérabilité jusqu’au moment où ils deviendront des adultes, leurs libertés sont plus restreintes afin d’assurer leur bien-être et leur développement. Mais cela n’exclut pas le fait qu’il ne faut pas les respecter. 

Le point de vue d’un enfant compte et peut-être révélateur de beaucoup de réalité. On peut le voir ici, dans cette interview réalisée par Konbini, qui raconte l’histoire d’Olive et Jacqueline, 80 ans écarts et amies pour la vie, qui nous permet d’avoir un regard direct sur le point de vue d’un enfant lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense de la condition des vielles personnes dans les maisons de retraite en cette période du Covid-19.

Laisser un enfant s’exprimer c’est garantir son épanouissement, son développement, sa vie et sa survie. Sans ces droits fondamentaux un enfant ne peut devenir un être humain, un citoyen ou un membre d’une communauté. Lui faire prendre conscience que des droits qui ne « dérange » pas les adultes va à l’encontre des mêmes valeurs concernant les droits de l’homme. Plusieurs enfants ne sont même pas conscients de ce privilège qui leur est accordé et il est temps que les choses changent.

La parole des enfants est-elle la bienvenue ?

Monsieur Bernard DE VOS le Délégué général de la Communauté française aux droits de l’enfant (la DGED) révèle, lors de notre entretien, que malheureusement les enfants ne sont pas invités à participer à l’évaluation de leurs droits. En réalité il n’existe pas de budget participatif sur la participation des enfants. Rien n’est mis en place pour créer des ateliers à cette cause. Même si certains essaient tant plus bien que mal de faire respecter ce droit.

Cela semble être : « Impensable voire même impossible » explique Monsieur De Vos directeur de la DGED. Car nous sommes encore trop peu sensibles au fait que les enfants devraient être capables et être associés un minimum à leurs droits. 

Dans de nombreux pays, la liberté d’expression et d’opinion sont encore réservées aux adultes. Leur avis est jugé comme étant inutile, voire infantile car ils ne disposeraient pas assez de discernement et de maturité pour se forger une opinion. Dans certaines cultures les enfants qui prennent la parole dans une conversation d’adultes sont mal considérés, ils sont même punies pour cette intervention considérée comme étant irrespectueuses. 

Pourtant, les enfants d’aujourd’hui sont plus éveillés déjà à trois ans un enfant est capable d’utiliser seul une tablette et à 8 ans de s’inscrire sans même demander l’avis de ses parents sur les réseaux sociaux à partir de son smartphone. De nombreuses informations circulent tous les jours sur ces nouvelles plateformes numériques les confrontant en permanence à des réalités suscitant certaines questions, voire des avis ou même des opinions différentes de celles des adultes. 

Mettre en place des ateliers d’expression et d’opinion permetterait de garder une ligne de conduite visant à développer l’esprit critique de ces jeunes et de leur faire comprendre plus facilement leurs droits. 

Leur opinion contre celle des adultes

Un enfant peut avoir une opinion distincte de celle de ses parents en tenant compte bien évidemment de leur âge ou de leur degré de maturité et de discernement. L’État, les professeurs et les parents ont un rôle important et doivent ainsi accorder de la considération à leur opinion lorsque des décisions importantes les concernant sont prises. Etant donné qu’ils sont juridiquement libres, un enfant ne peut pas être victime de pression de la part d’un adulte cherchant à contraindre ou à influencer son opinion. 

Alors à quel moment commence la limite parentale, car d’après un article du Paris Match plus de 2 parents sur 3 publiraient des photos de leurs enfants et nulle part on ne mentionne si oui ou non leurs enfants ont été informés ou sont d’accord de se retrouver sur internet à leurs insu. Alors si un enfant n’arrive pas à se faire entendre et à faire valoir ses opinions auprès de ses parents dans ce genre de situation. Monsieur De Vos conseil de « Laissez recours à un regard extérieur » afin d’aider l’enfant à exprimer ses choix ou d’aller vers des organisations qui peuvent donner un coup de main pour régler la situation. 

Dans un cas plus complexe comme un divorce, l’opinion de l’enfant n’est pas prise en compte alors que les plus grandes décisions telles que le choix de l’école ou du domicile, sont faites entre les parents eux-mêmes. Ce sont les adultes entre eux qui décident tout et les enfants ne peuvent rien y faire. 

Et les organisations de l’enfance Belge que font-elles ?

Lors de notre entretien sur zoom, notre expert nous avoue qu’il est étonné parfois par les plaintes qu’il reçoit provenant parfois du fin fond de la Belgique. « Et ce ne sont pas les enfants mais les adultes » qui viennent lui confier certains soucis liés à l’enfance. Mais la plupart ne savent même pas que des services existent dans leur quartier.

Beaucoup d’adultes ne connaissent pas suffisamment les lieux où ils peuvent faire appel autour d’eux dans ce genre de situation afin de comprendre un maximum tous les enjeux en cours. Mais le problème ne viendrait pas des adultes mais plus tôt du silence de ces organisations se trouvant parfois à quelques pâtés de maisons voire même au coin de leur rue.

« Dans chaque quartier se trouve une organisation de l’enfance comme les CPAS, les planning familial… Mais c’est à eux de sortir du silence. » Monsieur DE VOS (Délégué général de la DGDE).

Même sur la vitrine ou sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de services qui se contentent. De la connaissance que certaines personnes ont d’eux. Mais cela est visiblement pas assez suffisant. Il est vrai que certaines organisations ne font pas beaucoup d’efforts pour sortir de l’ombre, il n’est pas très commun de voir une campagne publicitaire ou d’assister à une distribution de flyers mentionnant des services pour la collectivité. Beaucoup de services ne travaille pas assez leur visibilité. « La timidité de certains services parfois m’effraie » ajoute Monsieur Bernard DE VOS.

Il faut écouter les enfants pour ça !

Les enfants ont une vision différente du monde et leur capacité à l’exprimer en fonction de l’âge ne devrait pas être perçue comme un frein mais comme un atout. Leurs mots parfois interprétés comme crus sont en réalité des paroles « vraies ». Les enfants ne cherchent pas l’aisance des mots ou des phrases mais juste à dire ce qu’ils voient, ce qu’ils pensent tel qu’ils le perçoivent.  Il ne faudrait donc pas avoir peur de les laisser parler, s’exprimer ou nous contredire car plutôt on développera leurs voix plus vite on en fera des adultes libres et conscients de la force de leurs opinions qui comptent !

« Pourtant on sait bien que les enfants, notamment avec le fait qu’ils sont absents de toute censure, les enfants ils disent tout ce qu’ils pensent. Ils sont un regard terriblement franc sur des questions qui les regardent directement. » Monsieur De Vos (Délégué général de la DGED).

Pour en savoir plus

Morgane Silutoni, étudiante en première année COM à l’ISFSC. Fan de stratégie digitale et marketing, elle éspère plus tard ouvrir une agence de Com.

Être une femme dans l’espace public, ça fait quoi ?

Les femmes sont libres de circuler comme elles le souhaitent en Europe. Mais, elles ne se sentent pas toujours à leur place dans l’espace public. « C’est une société faite pour les hommes et par des hommes » témoigne Aurore Kesch. © Photo by David Marcu on Unsplash

Les femmes sont-elles réellement libres de circuler comme bon leur semble ? Ont-elles les mêmes libertés de circuler que les hommes ? Pour la présidente nationale de Vie Féminine : Aurore Kesch, la réponse est mitigée. Oui, la loi indique que les femmes peuvent sortir de chez elles sans qu’on le leur interdise. Mais non, elles ne se sentent pas à leur place dans l’espace public.

Selon une étude menée en 2019 par Pro Velo « Les femmes et le vélo dans les rues de Bruxelles » (1) . Les femmes roulent moins à vélo que les hommes. On y retrouve comme principales raisons, les tâches ménagères et familiales, le manque de confort et de sécurité. En effet, si le port d’une jupe est délicat lorsque les femmes prennent le vélo, elles ne se sentent pas non plus à leur place dans l’espace public.

55%, soit 102 millions, des femmes habitant dans l’Union Européenne ont vécu dès l’âge de 15 ans du harcèlement sexuel dans la rue. La France, la Suède, les Pays-bas , la Finlande et le Danemark sont considérés comme les pays avec le plus haut taux de harcèlement sexuel. La Belgique, quant à elle, ne se retrouve pas en tête de gondole mais se retrouve avec 60% de prévalence et 47% d’incidence. La majorité des incidents seraient commis à 71% par un homme. 21% par un groupe d’hommes et de femmes et 2% par des femmes. Indique l’étude menée par FRA en 2016. (2)

L’espace public, qu’est-ce que c’est ?

Si le sujet paraît simple à définir, il est plus compliqué que cela. L’espace public n’est pas seulement la rue, ce sont aussi les endroits fermés où la société peut se retrouver, ensemble pour débattre, discuter, échanger des idées, … .

Pour Aurore Kesch, l’espace public n’est pas neutre. La société parle de genre : hommes et femmes. Les femmes vivent au quotidien des dangers et des menaces (se faire suivre, se faire siffler, se faire agresser physiquement ou verbalement) qui leur sont spécifiques contrairement aux hommes. Les transports en commun à Bruxelles ne sont pas non plus bien équipés pour les responsabilités familiales.(3) Entre les détours pour arriver à un ascenseur et les trams pas assez spacieux pour les poussettes, cela rajoute des difficultés dans la vie de maman ou de papa. « Laisser ma fille rentrer seule à minuit à pied, est inconcevable » explique Aurore, car la menace et la peur sont présentes.

© Konibini News – Harcelée dans la rue, elle filme la scène pour montrer ce que les femmes vivent au quotidien.

Entre le confort des hommes et l’inconfort des femmes …

L’inconfort physique est aussi présent et sans que la population s’en rende forcément compte.

Le manspreading qui irrite la toile par excellence est une pratique qui est bien plus que visible ! L’origine de ce mot vient de man qui signifie homme et spreading, s’étaler. Dans la nouvelle BD : M’explique pas la vie mec ! de Rokhaya Diallo et Blachette, (4) on y retrouve ce genre de situation. Quand les hommes écartent leurs jambes d’une certaine façon et de manière naturelle, sans s’en rendre compte. Ce phénomène peut facilement agacer la gente féminine. En effet, une femme assise à côté d’un homme où ses genoux touchent les siens sans qu’il s’en rende compte. C’est agaçant. Cela peut, chez certaines, provoquer un sentiment d’étouffement. Chez l’homme, cela provoquera plus un sentiment de domination. Cette pratique est aussi utilisée chez les politiciens.(5) La loi interdisant le manspreading est d’ores-et-déjà applicable en Espagne, dans les transports publics. « Maintenant je ne me laisse plus faire, je le fais aussi. {…} Je ne vais pas bouger mes genoux, c’est de l’intimidation. » confie Aurore Kesch.

Sécurité et manque de clarté ne vont pas de pair, c’est bien connu. Les rues désertes, sans beaucoup d’éclairage ne font pas tellement rêvés. Pourquoi ? Parce que c’est dangereux ! C’est comme si vous prenez la voiture, de nuit, sans allumer vos phares en empruntant un chemin mal éclairé. C’est se jeter dans la gueule du loup. Alors oui, comme le dit si bien Grand Corps Malade et Suzane dans leur chanson : Pendant 24h : « J’irai marcher la nuit, je prendrai pas de Uber ».(6) Sauf que la réalité est légèrement plus différente. Pour que l’espace public soit adapté, il faudrait mettre aux endroits comme les gares et petits chemins quelques luminaires en plus.

Un des « petits trucs » des femmes quand elles se sentent en danger c’est le téléphone. © Photo by Sven Mieke on Unsplash

Contraintes, qui sont-elles ?

Les contraintes chez les femmes, il y en a et pas mal ! L’endroit, comment elles y arrivent, la manière dont elles vont s’habiller, se comporter, ce qu’elles doivent avoir sur elles, comment elles vont rentrer, qui elles doivent prévenir, … Elles sont préparées mentalement à sortir de chez elles. « Le poids mental, c’est le premier impact. Il faut le vouloir de sortir » confie Aurore Kesch. Certaines d’entre elles ont des stratégies d’évitement et « des arrangements avec leur conscience » explique-t-elle. Prendre un chemin un peu plus long est un exemple de stratégie d’évitement. Se dire que c’est parce qu’elle voulait voir cette statue ou passer par là est un arrangement avec sa conscience. La femme ne voulait pas spécialement prendre ce chemin plus long pour passer par ce petit pont. Elle évite juste une rue où elle se sent en danger. Un des « petits trucs » des femmes quand elles se sentent en danger c’est le téléphone. Sortir le téléphone, faire semblant ou être réellement en communication avec quelqu’un les rassure. C’est ce que les filles remarquent. Moins de risques éventuels ou en tout cas moins d’ennuis ou d’agressions si vous êtes au téléphone.

Des contraintes, il y en a. Des comportements à revoir, aussi. Un aménagement plus sécurisé et fait pour les deux sexes, les femmes en demandent. « Il faut que les mentalités changent. » confie Aurore Kesch. Même s’il y a des progrès, tout porte à croire qu’il y a encore du chemin à parcourir avant que les femmes ne se sentent, réellement, en sécurité dans les espaces publics.

A lire aussi : sac à main rime avec femmes, vous avez dit ?

Il existe des différences, ce n’est pas nouveau. Mais s’attarder sur de petits détails de la vie, oui. Sac à main encombrant ? Sac à main pratique ? Sac à main seulement pour la gente féminine ? Sac à main fourre-tout ? Sac à main minimaliste ? Autant de sacs à main différents pour chaque femme sur cette planète. N’avez-vous jamais remarqué que c’était les femmes les sauveuses de situation ? Pourtant, c’est bel et bien ce qu’affirme Aurore Kesch :  » Les hommes, n’ont rien, juste leur portefeuille qu’ils mettent dans leur poche arrière. Pas de maquillage, pas de mouchoir, pas les papiers pour tout le monde. {…} Chez le partenaire féminin, il y a cette idée de gestionnaire de bonne mère de famille.« 

Par exemple, si l’enfant a oublié un masque pour l’école, ce n’est pas grave, maman en a un dans son sac. Il dénonce aussi les diktats de beauté ; quelle femme n’a jamais emporté avec elle, son tube de rouge à lèvres ou de l’aspirine ?(7) Pas beaucoup. Le sac à main est encore trop peu utilisé chez les hommes car il se dit encombrant. Il l’est, en effet. Et pas assez viril. Pour la virilité, le monde de la mode a déjà commencé à réfléchir à des modèles un peu plus « hommes ». Il y a déjà du progrès avec la fameuse banane ou sacoche. Les femmes, contrairement aux hommes, ne sont donc pas tout à fait libres de leurs mouvements avec le téléphone dans une main, le sac dans l’autre.

Catherine DAMMANS

Âgée de 18 ans, je suis en 1ère année à l’ISFSC en communication et j’aime jouer sur les planches d’un théâtre.

En savoir plus ?

Le harcèlement de rue continue. Même en confinement. Si les femmes se pensaient plus en sécurité pendant cette période. C’est raté.

Après le manspreading, voici le mansplainning ! Cette façon qu’ont certains hommes à expliquer de manière paternaliste certaines choses à des femmes expertes sur le sujet. Pour en savoir plus, voici un article publié par ELLE.be : Le mansplaining expliqué par un homme.

Les femmes se battent aussi contre les diktats de beauté ! Le Barbiegirlchallenge est un challenge qui vient de l’application TikTok. Un challenge qui met en avant le féminisme. On y voit des jeunes filles et des femmes se rebeller contre ces diktats.

Webographie:

(1) ProVélo : Être femme et cycliste dans les rues de Bruxelles. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.provelo.org/fr/page/femmes-cycliste-bruxelles

(2) Garance asbl : Le harcèlement sexiste dans l’espace public. Analyse de la littérature scientifique. Rédigé en octobre 2016. {Consulté le 07 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : http://www.garance.be/docs/16HSEPrevuelitterature.pdf

(3) Elodie Blogie & Anne-Sophie Leurquin, Le Soir + : Les nouveaux modes de déplacement ne prennent pas assez en compte les réalités familiales. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://plus.lesoir.be/274477/article/2020-01-21/les-nouveaux-modes-de-deplacement-ne-prennent-pas-assez-en-compte-les-realites

(4) Audrey Vanbrabant, Rokhaya Diallo et Blachette déconstruisent le mansplaining avec humour. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_rokhaya-diallo-et-blachette-deconstruisent-le-mansplaining-avec-humour?id=10625942

(5) Quotidien (France), Zoom : aux origines du « manspreading ». {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/zoom-aux-origines-du-manspreading-34910310.html

(6) Grand Corps Malade & Suzane, Pendant 24h. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=eCAwpp1H_II

(7) Femmesdébordées.fr, Les indispensables de mon sac à main. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : http://femmesdebordees.fr/les-indispensables-de-mon-sac-a-main/

Les atteintes à la liberté de la presse en Belgique : fake new ou réalité ?

Les atteintes des mondes économiques et politiques à la liberté de la presse se multiplient en Belgique. Grèves et manifestations de journalistes, la résistance s’organise.

En 2020, la Belgique perd 3 places au classement de la liberté de la presse de RSF.
En cause : les coupes budgétaires dans la dotation de la VRT sur décision du gouvernement NVA.
A l’heure où la liberté de la presse est attaquée de toutes parts aux USA, en France, en Pologne, en Hongrie, faut-il s’inquiéter de la situation en Belgique ?
La presse de qualité résistera-t-elle aux assauts des fake news, aux médias alternatifs, aux pressions politiques ou financières. Des journalistes organisent la résistance en créant des journaux indépendants qui favorisent un journalisme de qualité et d’investigation.

La presse une affaire de gros sous ?

En 2020, les journaux Vers L’avenir ont changé de mains passant du groupe Nethys au grand groupe de presse IPM. Des journalistes se sont mis en grève contre les licenciements annoncés mais aussi par peur de perdre leur liberté rédactionnelle et de basculer vers des contenus sensationnalistes. La DH a également connu un changement de structure.
Comme partout, les médias belges sont aux mains de sociétés financières et commerciales animées par la recherche du profit. Ces groupes influencent les lignes éditoriales des journaux.

Jean-Pierre Borloo, journaliste à l’AJP (Association des journalistes professionnels) confirme

« Il ne faut pas oublier que ces médias des sociétés privées qui doivent vendre et qui doivent générer de l’attrait pour les publicitaires parce qu’elles sont payées en grande partie par ceux-ci. Je trouve que ça peut avoir un impact sur la liberté des journalistes parce que parfois, effectivement, j’ai vu qu’on me refusait certains sujets qui, selon moi, semblaient opportuns et de fond. On me les a refusés parce que ce n’était probablement pas assez vendeur, pas assez accrocheur pour le grand public. »

Jean-Pierre Borloo, coordinateur du fonds pour le journalisme à l’AJP depuis 2001. Il promeut un journalisme de qualité. ©Jean-PierreBorloo2018

Des pressions politiques ?

Au sein de chaque media, il y a donc une ligne de tension entre la rentabilité et la qualité. Maintenir l’équilibre entre les deux est un défi dans ces temps où les ventes de journaux et les recettes publicitaires diminuent.

Si la Belgique a perdu des places au classement de RSF, c’est notamment parce que le gouvernement flamand emmené par la NVA a réduit la dotation de la VRT (chaîne publique flamande).
Selon Jean-Pierre Borloo, dans le cadre de reportages sur les migrants en Flandre, l’accès à des centres fermés a été refusé aux journalistes.

Non loin, en France, la proposition de loi « sécurité globale » (article 24) veut limiter le droit de filmer les interventions policières dans la rue. 
En Hongrie, aux USA, au Brésil, le pouvoir politique cherche à influencer et à contrôler directement la presse.

Même si la situation n’est pas comparable en Belgique, ces dernières années, des atteintes insidieuses freinent la liberté des journalistes sous forme de coupes budgétaires mais aussi de restrictions à l’accès aux informations. 

« Ce qui diminue, c’est l’accès à l’information, précise J-P Borloo. Avant, on avait beaucoup plus de portes qui s’ouvraient, pour avoir accès à des informations même sensibles. Ce qui s’est développé depuis au moins 20 ans, c’est qu’il y a des porte-paroles partout et des attachés de presse qui prémâchent la matière. Vous le voyez souvent dans les émissions de télévision, quand il y a une entreprise ou un parti politique qui est mis sur la sellette, ce sont les porte-paroles qui passent devant, qui ont un discours cadenassé qui ne répond pas vraiment aux arguments de fond, c’est un discours pour la façade. »

Ce propos se vérifie particulièrement pour les enquêtes politico-économiques comme, par exemple, celle sur le groupe Nethys ou sur des multinationales. Ces enquêtes exigent du temps, des moyens, de nombreux contacts, déplacements et des prises de risques.

Dans certains cas, des pressions directes sont exercées sur les journalistes comme le démontre l’interview du journaliste David Leloup

Malgré ces différentes atteintes, la situation belge reste gérable avec des partis démocratiques au pouvoir mais la montée du populisme dans tous les pays occidentaux est un élément inquiétant.

Ainsi le développement de médias alternatifs relayant les idéologies d’hommes ou de partis politiques populistes peut décrédibiliser la presse de qualité.

Les réseaux sociaux et les forums de lecteurs, richesse ou concurrence ?

D’après Jean-Pierre BORLOO, l’interactivité avec les réseaux serait positive pour développer une diversité de points de vue au sein des médias mais serait en quelque sorte neutralisée par l’uniformisation de la pensée par les algorithmes.

Selon lui, ces algorithmes entraînent une sélection des personnes qui pensent de la même manière et des informations qui vont dans le sens des opinions de leur public, ceci dans une logique commerciale, à travers des insertions publicitaires insidieuses.
En ce qui concerne les forums d’opinion, Jean-Pierre Borloo les trouve intéressants pour le contact et la confrontation des idées avec les lecteurs ; il trouve dommage que les médias doivent se fermer actuellement suite aux nombreux dérapages : propos racistes ou homophobes, attaques des journalistes

Il s’inquiète aussi de ce que la presse a souvent un temps de retard par rapport aux réseaux sociaux, au niveau technologique notamment, pour dénoncer les fake news.
Les institutions publiques qui doivent fournir des informations vérifiables ( par exemple l’Institut National de Statistiques ) ont elles-mêmes des années de décalage. 

Les remparts de la liberté de la presse.

Plusieurs institutions peuvent faire barrage aux atteintes contre la liberté de la presse. C’est un droit fondamental protégé par la Constitution.

La justice est en première ligne, elle traite les litiges impliquant des journalistes.

Des organes d’autorégulation de la profession se sont créés ces dernières années, explique Jean-Pierre Borloo, comme le Conseil Déontologique Journalistique qui traite les plaintes déposées par des journalistes, ou à l’encontre de ceux-ci, et vérifie si elles ne sont pas abusives.

L’Association des Journalistes Professionnels est un autre acteur important.
Subsidiée par la Communauté Française, elle promeut le journalisme d’investigation, elle informe et forme les journalistes, elle essaye de favoriser la diversité (de genres, de milieux sociaux et culturels…) dans la presse et les médias.

Les organismes internationaux peuvent également alerter l’opinion. En marge du sommet de l’ONU de septembre, un évènement a été organisé pour dénoncer les menaces pesant sur la liberté de la presse dans le monde.

Des éléments d’espoirs : vitalité de la presse belge et coalition de journalistes.

Face aux atteintes à la liberté évoquées plus haut, les journalistes bougent, réagissent.
Jean-Pierre Borloo a lui-même fondé Médor, un média à structure coopérative, indépendant de tout groupe commercial, cogéré par des journalistes et qui publie des articles de fond.
D’autres médias indépendants ont vu le jour comme Wilfried ou Tchak (centré sur le milieu de l’agriculture), attestant de la belle vitalité de la presse belge d’investigation.

D’après Jean-Pierre Borloo, des journalistes s’associent pour les grandes enquêtes ou les enquêtes internationales et se partagent le travail, les sources, s’entraident pour décrypter les milliers d’informations.
Un espoir vient de l’Union européenne qui a promis des soutiens financiers à ces initiatives.

Bref tout n’est pas rose dans le paysage de la presse en Belgique mais la presse de qualité résiste en espérant que le politique la soutiendra dans ses efforts.

Zoé Janssens
J’ai 19 ans et je suis étudiante en 1ère année de communication à l’ISFSC. A travers la question de la liberté de la presse en Belgique j’ai réalisé à quel point la liberté est importante dans notre état démocratique.

Liberté de penser et d’agir au sein des dictatures : Quand éducation et idéologie entrent en collision

Depuis les balbutiements de la politique humaine, les Hommes font face à des individus souhaitant les pleins pouvoirs. Mais plus les années passent, plus les mentalités évoluent et plus solide se fait ce genre de régimes. Actuellement, ceux présents sur le globe n’ont jamais été aussi influents et solidement ancrés dans la géopolitique, que ça soit pour leurs influences, leurs forces de frappe, l’éducation de leurs jeunesses ou un mélange explosif des trois. A un point tel que l’on peut encore sentir l’influence de celle-ci, même dans un pays aujourd’hui libre.

Le 23 Mars 2019, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) annonçaient la chute du dernier bastion de Daesh, à Baghouz, marquant la fin territoriale du « califat » autoproclamé du mouvement terroriste. Celle-ci entraîna un exode massif (majoritairement de femmes et d’enfants) vers l’hôpital d’Hassaké, situé à 5 heures de route du bastion. Là-bas, nous pouvons trouver les principales victimes collatérales des affrontements récents : les enfants.

Les enfants : acteurs du trouble ou victimes de l’idéologie de leurs parents ?

Les enfants du proto-état islamique, qu’ils soient issus de parents syriens ou même d’occidentaux venus sur place, grandissent dans une omniprésence de la pensée islamiste et de son idéologie. Pour Bernard De Vos, Délégué Général aux Droits de l’Enfance (DGDE) -que j’ai eu l’occasion d’interviewer dans le cadre de mon projet – c’est cette idéologie omniprésente qui cause un modelage de la pensée des plus jeunes. En effet, étant éduqués par l’exemple (et donc reproduisant le même comportement que leurs aînés) ils grandissent et finissent par adopter la même façon de penser extrême. Il indique : « Tout est une question d’éducation permanente. A Baghouz, il y avait une instruction, mais elle était basée sur des principes extrêmement stricts : les filles étaient voilées depuis toutes petites, il y avait une pression pour amener le Coran dans l’éducation. Il y avait clairement un endoctrinement organisé. »

L’Enfer sur Terre

Dans la vidéo suivante, « Oum Mariam », mère française de trois enfants, revendique fièrement son appartenance au groupe terroriste. Arrivée il y a 4 ans en Syrie, ce n’est qu’à regret et contrainte qu’elle a quitté Baghouz.

Les patients sont profondément engagés dans le mouvement terroriste Etat Islamique

Je ne considère pas l’Etat Islamique comme une organisation terroriste. Pour moi, c’est un Etat. Je n’ai pas envie de rentrer chez moi, parce que c’est n’est plus chez moi.

Oum Mariam

Il y a d’autres cas comme celui de Oum Mariam. Dans le camp de Al-Hol, situé à 400 km de Baghouz, s’entassent plus de 74 000 personnes, principalement les femmes et les enfants des combattants de l’Etat Islamique, mais également des civils. Bernard De Vos précise : « Il y avait entre 10 000 et 12 000 personnes au camp de Al-Hol avant la chute du bastion de Baghouz, femmes et enfants essentiellement. Aujourd’hui, ils sont près de 75 000. L’ambiance a fort changé dans ce camp puisque ce sont des irréductibles de l’Etat Islamique qui ont été arrêtés et détenus depuis presque deux ans. »

Je suis allé dans ce camp en juillet l’année passée. La situation est vraiment très inquiétante, surtout pour les enfants. Les conditions de détention y sont très dures.

Bernard De Vos

Extrémisme et abandon sociétal : que se passe-t-il de notre coté du globe ?

Nous avons vu que certains occidentaux décidaient de partir et de rejoindre l’E.I. Mais comment en arrivent-ils à de telles extrémités ? On pourrait croire que ce départ est une conséquence d’un certain déséquilibre mental, d’une envie de violence. Bernard De Vos n’est pas entièrement de cet avis. Pour lui, le problème vient d’un déséquilibre sociétal. En effet, les jeunes s’engageant dans le mouvement terroriste sont essentiellement liés à une partie lésée de la population. Des jeunes en manque d’ouverture d’esprit, isolés dans des quartiers composés presqu’exclusivement de Musulmans. Il parlera d’ailleurs de la capitale belge en ces termes : « C’est une petite ville d’apartheid. » Au delà de la rupture sociale, sociétale et religieuse, on peut constater une rupture scolaire. Les jeunes issus de milieux moyen-orientaux sont défavorisés scolairement par rapport aux jeunes autochtones. L’accès et l’évolution dans le milieu écolier est bien plus compliqué pour eux. En étant confortés dans leur médiocrité, cela cause un réel ressentiment des jeunes des cités vis-à-vis de l’état et du gouvernement, une violence institutionnelle entrainant fatalement une réponse violente. C’est particulièrement flagrant sur les nombreuses agressions mettant en scène la police. Bernard De Vos explique : « Notre enseignement est un des plus inégalitaire au monde. Cette violence que subissent les jeunes est une violence institutionnelle, elle est organisée, mais invisible et insidieuse. Les violences commises par la police sont des violences illégitimes, mais ceux qui arment la matraque la transforme en violence institutionnelle. Les jeunes n’ont rien contre la police, ils en ont contre le système. Et le premier élément visible du système, c’est la police. »

A force d’être contrôlés à outrance, les jeunes des cités développent un réel ressentiment à l’égard de la police.

Ce ressentiment, lié à un manque d’ouverture d’esprit, une envie de vide à combler ainsi qu’ un individualisme et une inclusivité trop présente dans notre société peut aboutir à un extrémisme et une envie de violence. Certaines prêches extrêmes étant célébrées dans certaines mosquées, et par conséquent, accessibles à n’importe qui, peuvent permettre de développer cet état d’esprit.

Et après ?

Un processus de déradicalisation peut être mis en place pour les occidentaux revenus de Syrie. Selon le Délégué Général aux Droits de l’Enfance ainsi que le site internet Franceculture , ce n’est pas la bonne chose à faire, et le terme n’est d’ailleurs pas très cohérent. L’individu peut avoir fait le deuil de la guerre, mais pas de l’idéologie, dans laquelle il est encore fortement ancré. Il faut donc procéder à un processus de désengagement, une rééducation qui entraînera, par la suite, une déradicalisation au sens propre du terme. Plusieurs procédés existent : le travail, l’emploi, le logement, la réinsertion, etc. Selon Myriam Benraad, politologue et spécialiste du monde arabe et du Moyen-Orient dans une interview accordée à « 7 jours sur la planète » : « Il faut se poser la question du degré de radicalisation, de leurs jugements et de leur prise en charge dans les prisons. Ensuite, dans quelques années, quelles seront leurs réintégrations dans la société. Dans les prisons, il faut renforcer la prise en charge religieuse : il faut leur mettre en face des personnes légitimes, crédibles, qui puissent engager un dialogue et leur montrer que leur lecture de l’Islam n’est pas la bonne. »

Myriam Benraad a livré son analyse du Moyen-Orient, en particulier de l’Irak. © ALBRECHT Roland

La situation dans le reste du monde

Le cas de la Syrie (et par extension, du mouvement terroriste Etat Islamique ainsi que leurs batailles pour la chute du bastion de Baghouz), n’est pas une situation unique et exceptionnelle. En Corée du Nord, malgré des chiffres extrêmement préoccupants concernant la santé des enfants – 40% des enfants souffrent de la pauvreté, 25% n’ont pas accès à une alimentation suffisante, une mortalité infantile de 33% et un accès difficile à des soins de santé médiocres. -, la population semble tout de même vouer un culte au dirigeant. Selon Bernard De Vos, tout est lié aux mêmes faits : un modelage mental des enfants par leurs parents, une croyance profonde en l’idéologie et un charisme certain émanant du dirigeant.

Sacha CULOT

Je suis âgé de 21 ans. J’ai commencé ma première année de bachelier en communication à l’ISFSC en octobre 2020. Passionné de sports de combat, la communication à toujours fait partie de mes centres d’intérêts.

Pour en savoir plus

  1. Site internet – Humanium : les enfants de la Corée du Nord (consulté le 17 décembre 2020), disponible à l’adresse : https://www.humanium.org/fr/coree-du-nord/
  2. Site d’information – rfi : 40 ans après, le franquisme pèse toujours (consulté le 16 décembre 2020), disponible à l’adresse : https://www.rfi.fr/fr/europe/20151122-espagne-40-ans-apres-le-franquisme-pese-toujours-francisco-franco
  3. Site d’information – Le Monde : les forces locales doivent désormais mener des missions de contre-terrorisme (consulté le 16 décembre 2020), disponible à l’adresse : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/25/chute-de-baghouz-les-forces-locales-doivent-desormais-mener-des-missions-de-contre-terrorisme_5441060_3210.html
  4. RTBF Auvio – Retour aux sources : Les films interdis du 3ème Reich
  5. Site d’information – Le Monde : Syrie : dans le camp de Al-Hol, une situation « intenable » pour les déplacés (consulté le 17 décembre 2020), disponible à l’adresse : https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/23/syrie-dans-le-camp-d-al-hol-une-situation-intenable-pour-les-deplaces_5440213_3210.html
  6. Presse de l’Université de Saint Louis – La scolarité des enfant issus de l’imigration musulmane : difficultés et actions positives (consulté le 17 décembre 2020), disponible à l’adresse : https://books.openedition.org/pusl/11549
  7. Interview de Myriam Benraad par 7 jours sur la planète : le retour en Europe et la déradicalisation des djihadistes (consulté le 17 décembre 2020), disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=lKUH-5R7FFs&ab_channel=7jourssurlaplan%C3%A8te
  8. Essai de Amin Maalouf : Les Identités meurtrières

Comment les personnes de la communauté LGBTQI+ vivent-ils avec la discrimination quotidienne?

Il n’y a pas de recette miracle pour vivre avec la discrimination. C’est quelque chose qui se passe dans toutes les étapes d’une vie. Que ce soit au début à l’école, dans le premier job, dans la recherche d’un logement et dans pleins d’autres cas. Pourtant il y a quand même des ASBL qui sont là pour aider si vous êtes dans le besoin.

Est ce que vous avez déjà été victime de discrimination? Au moins une personne sur cinq de la communauté LGBTQI+ (Lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queer, et intersexes.) est confrontée à une forme de discrimination selon UNIA, l’institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination et défend l’égalité des chance. On retrouve cette forme de discrimination également dans le milieu professionnel, dans les rues, pour s’inscrire dans une activité sportif et ceci n’est rarement pris en considération. Il est temps d’en finir!

Photo par Teddy Österblom sur Unsplash

C’est un sujet que personne n’aimerait aborder mais ce n’est pas en fermant les yeux que cela va disparaître pour autant.

Il est important d’en parler car il s’agit d’une thématique qui touche presque tout le monde, tant les petits que les grands. Bien sûr, il existent ceux qui le vivent plus constamment que d’autres. En effet, pour savoir ce que la communauté LGBTQI+ vit plus exactement, je me suis renseignée auprès de Betel Mabille. Experte des questions liées aux discriminations, détenant un master en étude de genre et qui fait partie de cette communauté.

Zoom avec Betel Mabille © WALHA-OKINDO Kenza 2020

Un point de vue de l’intérieur.

Comme c’est très difficile et souvent impossible de se mettre à la place de l’autre, c’est toujours mieux d’avoir un point de vue interne.

Même s’il y a de nombreux classements qui montrent que la Belgique est dans le top 3 des pays en matière de droit et de liberté LGBTQI+, selon Betel Mabille ceci n’est assez. En outre, si la Belgique est avancée sur certaines lois par rapport à d’autres pays, il existe néanmoins toujours autant de discrimination dans les rues belges. D’après notre experte, le gouvernement devrait plus écouter les ASBL qui sont sur le terrain et d’autant plus sensibiliser la population pour qu’ils prennent conscience sur la situation.

« Les lois sont là mais ce n’est pas suffisant. »

Betel Mabille

Malgré que les lois existent, il n’y a pas d’évolution de la population dans le secteur des médias ou encore dans l’enseignement. Les enfants apprennent toujours que le cocon familial se compose d’un père et d’une mère alors que pour beaucoup de familles cela n’est pas leur situation à la maison.

« La Belgique a fait du travail assez superficiel en mettant les lois, mais elle ne creuse pas plus pour savoir comment les personnes se sentent ou comment cela se passe pour eux. » B.M

Car beaucoup de citoyens ne s’affichent pas ou cachent leur orientation sexuel pour ne pas faire face à un emploi décliné ou encore à un logement refusé.

« Le problème n’est pas les personnes qui se cachent mais qu’on soit dans une société ou on est obligé de se cacher pour avoir accès à des choses qui devraient être accessibles à tout le monde. »

Betel Mabille

Que faire?

Il n’y a pas vraiment de façon de réagir face aux discriminations. La réaction sera toujours différente vis-à-vis aux gens que vous allez rencontrer ou par rapport à votre âge et votre maturité.

« Vous pouvez bien sûr aller porter plainte mais cela serait une chose émotionnellement très difficile et lourde à faire surtout si la personne est seule ou isolée. » M.B.

Ce n’est surtout pas tout le monde qui a les mêmes possibilités de se plonger dans une procédure judiciaire qui serait coûteuse et qui durera pendant des années. En plus, très souvent les personnes ne se sentent pas à l’aise dans les postes de police car les policiers ne sont pas formés pour accueillir des personnes LGBTQI+.

Les personnes peuvent se tourner vers UNIA ou encore vers plusieurs ASBL, si ils ont besoin d’aide. Surtout dans ces temps difficiles avec le Covid-19, ou pleins de jeunes se font mettre à la rue par leur famille.

Revenons au début de l’histoire.

Il y a, 30 ans l’homosexualité a quitté la liste des maladies mentales mais pour certains cela le restera quand même. Tant que les personnes penseront comme ça c’est sûr que les discriminations ne baisseront pas.

Betel Mabille affirme que les discriminations sont dans notre société depuis des siècles, partant de ségrégation envers les différentes races ou envers la communauté LGBTQI+. C’est pour cela que ce sera difficile de faire changer l’avis de la population du jour au lendemain. C’est une chose qui traverse de génération en génération.

« Tout est ancré dans l’histoire. »

Betel Mabille

Pour que le taux de discrimination diminue il faudrait qu’on apprenne aux plus jeunes que d’être lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queer ou intersexes n’est pas une chose étrange ou mauvaise. Mais ceci sera très complexe à faire car pour cela on devrait changer toute l’éducation et on serait obligé de décortiquer chaque cours pour le changer et l’adapter à notre génération.

Le problème c’est que souvent les plus jeunes ne remarquent pas qu’ils font de la discrimination envers les personnes appartenant à la communauté LGBTQI+ car ils ont été éduqués de cette façon. De cause à effet ils vont transmettre les mêmes valeurs à leur enfants.

tweet : Moquerie de l’identité sexuel que certaines personnes pourraient avoir.

En conclusion, la discrimination est et sera là pour encore un certain temps. La communauté LGBTQI+ va devoir essayer d’apprendre à vivre ou même survivre dans une nation homophobe. Le seul fait de déjà exister est politique selon notre experte. Le point de vue de la population sur les orientations et/ou les identités sexuelles différentes changeront année après année.

Unia : Pour plus de données ou de statistiques sur les discriminations.

https://www.lescheff.be : Pour être en contact avec des ASBL

17 mai: Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie | Unia

WALHA-OKINDO Kenza

BAC1 en Commu à l’ISFSC 2020/21

Liberté de manifester à Bruxelles : réelle liberté ou impression donnée ?

Bruxelles, capitale de l’Union Européenne serait également la capitale de la manifestation car pour beaucoup d’institutions, manifester à Bruxelles reviendrait à manifester en Europe et les images sont diffusées dans plusieurs pays ! Plus de mille rassemblements s’y organisent chaque année pour défendre des causes, toutes bien différentes les unes des autres. Manifester à Bruxelles est autorisé, cela fait partie des droits de l’Homme mais manifester de n’importe quelle façon ? N’importe où ? Certains critères sont à négocier et/ou à respecter car tout n’est pas permis et la décision finale revient au bourgmestre. Des sanctions, parfois lourdes, peuvent tomber si ces restrictions ne sont pas suivies à la lettre. Dans ce cas, sommes-nous réellement libres de manifester ?

Ce 19 septembre dernier, se déroulait une petite manifestation dite surprise à Bruxelles. En effet, une dizaine de personnes militantes de Greenpeace et de Youth for Climate se sont rassemblées en fin d’après-midi devant le Palais royal, alors que les préformatteurs Egbert Lachaert et Conner Rousseau y étaient reçus. Leur but était de tenter d’attirer l’attention des négociateurs politiques afin de rappeler l’importance d’inscrire dans l’accord de gouvernement une politique climatique ambitieuse.

Parmi les manifestants, se trouvaient ces deux adolescentes, Anuna De Wever et Adélaïde Charlier. Ces dernières, âgées de 18 et 19 ans sont d’importantes activistes pour le climat et sont notamment à la tête du mouvement « Youth for Climate » qui rassemblait chaque semaine des dizaines de milliers de personnes.

Lundi 19, elles ont connu leur première arrestation (cette fois-ci administrative), après l’intervention de la police, au bout d’une quarantaine de minutes de manifestation. La raison de celle-ci est le lieu de ce rassemblement. Le Palais royal se trouve parmi les zones neutres de Bruxelles, où les manifestations sont strictement interdites.

Pourquoi une zone neutre ?

La zone neutre, où toute manifestation est strictement interdite, est entre autre composée du Palais royal, le Parlement fédéral, les Parlements régionaux et communautaires, le Ministère de l’Intérieur et des finances mais également le cabinet du Premier ministre.

Le but premier de cette zone était d’empêcher une atteinte au bon fonctionnement de ces institutions.

Un moyen de se faire entendre ?

Ça fait deux ans qu’on est dans les rues et qu’on sort le même message. Aujourd’hui, on a besoin d’entendre de la part de nos politiques que ça va être pris en compte

Adélaïde Charlier lors du rassemblement devant le Palais royal

Au début de l’année 2019, Adélaïde alertait déjà de la gravité du réchauffement climatique et criait dans les rues une urgence. Deux ans plus tard, les choses ne semblent pas bouger et les politiciens n’ont toujours pas réussi à élaborer une politique climatique qui sauverait un peu la situation. Cette manifestation dans la zone neutre serait-elle un moyen de mieux se faire entendre ?

En 2012, une autre manifestation s’était déroulée dans une telle zone à Bruxelles, mais cette fois-ci, plus importante.

Il s’agit du grand rassemblement de pompiers manifestant contre leur plan de pension qui avaient finalement réussi à pénétrer la zone neutre pour y manifester. Certains d’entre eux devaient rencontrer les ministres mais la rencontre n’a jamais aboutie puisqu’ils ont attendu dans la salle d’attente sans que jamais personne ne viennent les chercher.

Les pompiers manifestants dans la zone neutre.

Un pompier s’était d’ailleurs exprimé et expliquait qu’ils montraient leur détermination et leur ras-le-bol. Depuis plusieurs années, le gouvernement leur promettait une réforme. Approchant de nouvelles élections et donc d’un changement de gouvernement, les pompiers voulaient absolument montrer qu’ils attendaient leur réforme.

Cette manifestation leur a été bénéfique car ils ont été entendus.

Le pouvoir est décentralisé. Il n’est pas nécessaire de demander la permission d’une autorité. L’espace public appartient à tous.

Extinction Rebellion (XR)

Ce sont les paroles du mouvement XR. Ce mouvement est habitué à manifester de cette même façon. Selon eux, ce système est toxique et il faut agir plus directement pour un changement, briser les hiérarchies du pouvoir pour une participation plus équitable.

De par leurs méthodes, ils font régulièrement l’objet d’arrestations.

Mais que dit la loi ? D’après l’article 19 de la Constitution belge qui est : « La liberté des cultes, celle de leurs exercices publics, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toutes matières, sont garanties sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de ces libertés », nous pouvons effectivement manifester pour se faire entendre mais dans l’obligation de suivre certaines conditions.

Quel genre de conditions et pourquoi ?

Toutes ces conditions se retrouvent dans la loi, et sont donc officielles. Toutes personnes allant à l’encontre de ces dernières feront un délit et pourront donc faire l’objet d’une arrestation si besoin.

Selon Wafaa Hammich, la porte-parole de Philippe Close le bourgmestre de Bruxelles, ces conditions existent car il faut un équilibre pour toujours pouvoir garantir la liberté d’expression, l’ordre public et la responsabilité des gens.

Au préalable, un dossier doit être rentré et validé. Les démarches ont été travaillées pour que tout soi facile et accessible à tous. Une fois le dossier remis, la police et le Bourgmestre en discutent, pour s’assurer que les incidents savent être évités. Que ce soi le nombre de participants, l’espace public ou autre, tout est négocié et discuté, ensemble, mais une manifestation ne serait jamais jugée sur son fond mais simplement sur sa forme. Nous sommes donc libres de manifester pour n’importe quel motif même si ce dernier ne concerne pas la Belgique.

C’est un réel lien de confiance

Wafaa Hammich, porte-parole de Philippe Close

L’important pour la police et le Bourgmestre c’est d’éviter les incidents afin de garantir l’ordre public. Toujours d’après Wafaa Hammich, il y a un réel lien de confiance entre les organisateurs d’une manifestation et la police.

Durant toute la manifestation, la police encadre et reste en contact avec les manifestants pour que tout se déroule dans les meilleures conditions.

« Une manifestation qui se passe mal n’est jamais une manifestation qui fonctionne. Ni pour le manifestant ni pour la police car le seul but est de faire passer un message. », selon Wafaa Hammich.

Image par Dominic Wunderlich de Pixabay, manifestation Youth for Climate dans les rues de Bruxelles

Notre liberté ne serait pas entravée

Si l’on en croit Wafaa Hammich, Bruxelles est l’une des capitales de la liberté d’expression.

En 5 ans de travail pour le Bourgmestre, elle n’a connu que deux manifestations refusées pour une moyenne de deux manifestations par jour chaque année à Bruxelles. Même durant cette crise sanitaire actuelle il est possible de manifester.

Lorsqu’une manifestation n’est pas autorisée, dans le cas où elle n’est pas non plus interdite, il y a tout de même possibilité de se rassembler. Dans ce cas-là, les manifestants sont prévenus qu’ils n’ont que quelques minutes voire parfois quelques heures pour faire passer leur message mais qu’ensuite, ils devront partir sous peine de se faire arrêter.

Enfin, il est évidemment possible de réfuter un refus de manifestation, auprès du Conseil d’Etat.


Auriane Romain

Etudiante en 1ère année de communication à la Haute-Ecole ISFSC à Bruxelles. Passionnée de théâtre et des enfants, sa devise est « Quand on veut, on peut ! »


Les belges sont-ils ouverts à la cause LGBTQIA+ ?

©Photo by Margaux Bellott on Unsplash

L’homosexualité a toujours été présente dans la société. Tantôt acceptée ou tantôt méprisée et condamnée, elle fait partie intégrante de notre histoire et son dur passé montre l’importance des combats menés encore aujourd’hui.

La Belgique top 5 du ILGA-Rainbow Europe 2020 pour la seconde année consécutive ! Si la Gay Pride de 2020 a été reportée et celle de 2021 reste encore dans le flou à cause du coronavirus, en revanche celle de 2019 a bien eu lieu et était plutôt impressionnante ! Alors que le thème de l’année 2019 était l’intersectionnalité, ce sont plus de 100.000 personnes qui étaient présentes à l’évènement(1). Un chiffre très encourageant qui tend à montrer que la société dans laquelle nous vivons évolue.

Pour Cyrille Prestianni[1], le terme intersectionnalité fait référence aux femmes lesbiennes noires aux Etats-Unis. Ces femmes qui en plus d’être discriminées pour être des femmes, le sont aussi pour leur couleur de peau et leur orientation sexuelle. Elles se retrouvent donc à l’intersection de plusieurs discriminations et c’est ce que la dernière Gay Pride a voulu mettre en avant pour éveiller les consciences.


[1] Président du conseil d’administration d’Arc-en-Ciel Wallonie

La Belgique est le 2ème pays le plus Gay Friendly d’Europe. L’ILGA Europe (Association Internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes) a sorti le 15 mai dernier son classement Rainbow annuel. Classement où la Belgique (73%) se voit octroyer la deuxième place juste derrière Malte (89%) et devant le Luxembourg (73%). Ce que l’association prend en compte pour établir son classement, ce sont les lois et les politiques mises en place dans 49 pays européens pour les personnes LGBTQIA+ en les évaluant de 0 à 100%(2).

Comme le dit Cyrille Prestianni (Président du conseil d’administration d’Arc-en-Ciel Wallonie[1]), « La Belgique à un des meilleurs arsenaux légaux du monde (LGBTGIA+) avec un cadre légal très progressiste ». Ce à quoi il ajoute : « Certes, il y a les lois mais après il y a la société et entre le moment où il y a une loi qui est promulguée et le moment où cette loi à des effets il y a parfois 20ans. ». Cela signifie qu’il ne suffit pas d’une loi pour qu’il y ait des changements dans la société.

[1] Associations d’entraide et de loisir tournées vers le public LGBT

BFMTV: « Le Pape François dit « oui » à une union civile pour les homosexuels. 22.10.2020

Le 21 octobre 2020 aussi, la communauté LGBTQIA+ a pu sentir un certain progrès mais cette fois du côté de l’Eglise catholique. Lors de la fête du cinéma de Rome, le documentaire « Francesco » réalisé par Evgeny Afineevsky montre la prise de position favorable du Pape François à l’union civile des couples homosexuels(3). Une première quand on repense à ce qu’ont dû endurer les personnes LGBTQIA+ depuis la montée du christianisme en Europe.

L’homosexualité est cependant toujours considérée comme un acte contre-nature 

Dans la Rome antique, la sexualité était plus libérée.  La notion d’« Homosexualité » n’existait pas mais c’était présent dans la société tout comme le mariage entre personnes de même sexe. Il est toutefois bien de mentionner que c’était réservé aux classes sociales les plus hautes et que les pratiques homéotiques étaient très codifiées socialement(4). Cependant, L’Empire Romain devient Chrétien en 390 et les libertés sur ce sujet s’anéantissent.

« L’arrivée du christianisme, dans le contexte romain, …, n’était pas tendre. Le contexte romain a entrainé à mener à l’émergence de toutes les homophobies en Europe et probablement en Afrique aussi. » déclare Cyrille Prestianni.

Dans la période sombre qu’est le Moyen Âge, l’homosexualité est vue comme un pêché et devient un crime punissable de la peine de mort dans de nombreux États européens. Le 18e siècle, néanmoins, voit une certaine liberté sexuelle dans les classes supérieures. Le « libertin efféminé et flamboyant »(5) apparaît et bien que certains comportements sexuels n’étaient pas acceptables, ils étaient au moins connus.

D’après monsieur Prestianni, au 19ème siècle, malheureusement, l’Angleterre va définir l’homosexualité et la condamner à la peine de mort. À cette période, beaucoup de lois se mettent en place pour lutter contre l’homosexualité hormis en France et en Belgique.  Une des raisons à cela est que l’Aide de camp (officier) de Napoléon était gay et qu’il a lutté contre l’idée de créer des lois homophobes. Ce qui n’empêchait pas la France et la Belgique d’utiliser d’autres moyens comme la décence ou la moralité pour justifier sa désapprobation vis-à-vis de l’homophilie.

Le sida a donné conscience au monde entier que la communauté LGBTQIA+ existait

Le 20ième siècle est un siècle de grande répression, l’exemple des triangles roses lors de la Seconde Guerre Mondiale le montre grandement. C’est à cette période plutôt dictatoriale qu’on va retrouver sous des noms comme Hitler ou Staline, des persécutions faisant partie des plus massives et systématiques.

Les années 60 et 80 vont être significatives pour la communauté LGBTQIA+. Le sida a servi à éveiller les esprits, la population a enfin pris conscience qu’il y avait une communauté LGBTQIA+ ce qui leur a permis d’obtenir un certains nombres de droits. Un autre évènement majeur à prit lieu en 1969 : les émeutes de Stonewall à New York. C’est alors que les descentes policières se faisaient de plus en plus nombreuses et violentes dans les bars malfamés de la ville que des personnes de la basse société ainsi que des homosexuels et des travestis se sont rejoint en ces lieux et ont manifestés durant plusieurs jours[1].


[1] D’après l’interview de Cyrille Prestianni

©Cyrille Prestianni brandissant le drapeau LGBTQIA+ lors de la Gay Pride à la rue de l’Etuve, Bruxelles.

« Les évènements de Stonewall furent une rupture en terme de compréhension : C’est la première fois que la communauté LGBT a été visible. » 

Cyrille Prestianni

Les marches pacifiques que sont les Pride, sont directement issues des émeutes de Stonewall et servent de piqûres de rappel.

Lors des anciennes Gay Pride, le public qu’on retrouvait sur place comptait des personnes directement touchées par le mouvement LGBTQIA+ mais aujourd‘hui on y retrouve une toute autre énergie. Les personnes présentes à l’évènement sont des membres de la famille aussi bien que des hétérosexuels qui sont là pour montrer leur soutien à la cause [1].

[1]D’après l’interview de Cyrille Prestianni

Et comme l’a exprimé le Président du conseil d’administration des maisons Arc-en-ciel (associations d’entraide et de loisir tournées vers le public LGBT) : « Quand 100.000 personnes marchent dans les rues, le gouvernement prend le droit en considération. »

Aujourd’hui, en Europe et surtout en Belgique, l’église catholique n’a plus de réel pouvoir de décisions et les combats les plus importants sont passés tels que le mariage ou l’adoption. La communauté LGBTQIA+, en revanche, est toujours victime de violences et de discriminations que ce soit au travail, dans la recherche de logement, à l’école ou dans le sport. Il ne faut donc pas penser avoir tout acquis car, comme le dit Cyrille Prestianni: «il reste encore du travail pour changer la société qui elle, est en totale inertie. »


Liens intéressants

La Fédération des Maisons Arc-en-Ciel : https://www.arcenciel-wallonie.be/ et les Maisons Arc-en-Ciel sont des associations d’entraide et de loisir tournées vers le public LGBTQIA+.

Il existe aujourd’hui des mouvements homosexuel d’origines catholique comme L’association « Devenir Un En Christ » (DUEC) : https://www.devenirunenchrist.net/.

Vidéos sur des sujets similaires

Il est possible sur la plateforme YouTube de trouver des vidéos et des chaînes traitant sur le même sujet ou des sujets voisins. Il est donc autant possible de se renseigner sur l’homosexualité chez les animaux: https://www.youtube.com/watch?v=WmwgmuhCoio&list=LL&index=20&ab_channel=LeMonde que sur l’homosexualité à une période précise de l’histoire comme au Moyen-Age: https://www.youtube.com/watch?v=8YU5gNNSEQ0&list=LL&index=21&ab_channel=L%27Histoirenousledira.

Le Monde : « Pourquoi les rapports homosexuels ne sont pas « contre-nature ». 09.03.2018.
L’Histoire nous le dira : « Homosexualité masculine au Moyen Âge « . 21.07.2020

©Anaëlle Deschepper 2020

Anaëlle DESCHEPPPER

Je suis en première année de communication à l’ISFSC. Mes passions sont la lecture, étudier les langues et découvrir toujours plus de nouvelles choses sur d’autres pays comme la musique, la culture ou de bons films et dramas à regarder.

Mes deux phrases favorites sont: « Soyez vous-même le changement que vous voulez voir dans le monde » et « L’espoir est la seule chose plus puissante que la peur ».

WEBOGRAPHIE

(1) Belga. Le Vif : « Plus de 100.000 personnes participent à la Pride Parade ». 18.05.2019. https://www.levif.be/actualite/belgique/plus-de-100-000-personnes-participent-a-la-pride-parade/article-news-1139961.html.

(2) ILGA EUROPE : « Rainbow Europe 2020 ». 14.05.2020. https://www.ilga-europe.org/rainboweurope/2020.

(3) Marie Slavicek. Le Monde : « Union civile pour les couples homosexuels: « le Pape dit « Oui » mais on reste des passagers clandestins au sein de l’Eglise ». 07.11.2020. https://www.lemonde.fr/international/article/2020/11/07/union-civile-pour-les-couples-homosexuels-le-pape-dit-oui-mais-on-reste-des-passagers-clandestins-au-sein-de-l-eglise_6058854_3210.html.

(4) ADHEOS : « Histoire LGBT ». http://www.adheos.org/histoire-de-l-homosexualite-gay-lgbt-antiquite-a-nos-jours.

(5) Blog: Gay.be : « Le mouvement gay en Belgique : origines et histoire… ». https://www.gay.be/blog/le-mouvement-gay-en-belgique-origines-et-histoire/#.


« Elles n’étaient pas bandantes » : faire de la liberté d’habillement une condition d’érection.

Aujourd’hui, il est difficile d’échapper à la question du code vestimentaire. Les vêtements sont partout. Et ils ont un impact sur nous-mêmes et sur les autres.
Cependant qu’en est-il des femmes ? Sont-elles libres de s’habiller comme elles le veulent ?

En début d’année, un mouvement, qui consiste à dénoncer les règlements scolaires1 jugés sexistes et à défendre le droit de s’habiller librement, est lancé sur les réseaux sociaux français. « Tenue correcte exigée » : réflexions sexistes, discrimination de genre. Les femmes veulent se faire entendre et défendent leurs droits, des hommes s’y mettent également.

SUD éducation, Le sexisme fait sa rentrée [tweet en ligne]. 17 septembre 2020, 16h22. Disponible à l’adresse : https://bit.ly/3h9ShwJ

Règlement oppressant et sexiste

Les résultats autour de la recherche « liberté de se vêtir »2 sur Google Actualités prouvent bien que c’est un sujet fortement abordé de nos jours. Que ce soit au travail, à l’école, etc.
D’ailleurs on ne manque ni d’anecdotes d’élèves à ce sujet, ni de recherches et de livres sur l’égalité filles-garçons. Alors pourquoi sommes-nous encore si peu avancés dans nos règlements scolaires qui reposent encore largement sur des stéréotypes de genre ?

« Pas de décolletés trop prononcés, pas de jupes trop courtes, pas de pantalons déchirés, pas de débardeurs à fines bretelles ou bustiers… » Des injonctions qui concernent principalement le vestiaire féminin.

Audrey Renault


Selon Noémie Aulombard, docteure en science politique et spécialiste des mouvements sociaux et des questions liées au genre et au corps, il est très difficile de définir ce qu’est une tenue correcte ou décente. Elle explique : « Comme toute notion qui a trait à la morale, il y a autant de définitions de la décence que d’individus ; et c’est cela qui pose problème, au fond. »

« Je peux m’habiller en première communiante et faire les pires conneries du monde, et au contraire mettre un crop top et finir première de la classe. »

Maeva

Il faut effectivement imposer quelques règles mais les filles ne doivent pas pour autant avoir plus de contraintes que les garçons. Pourquoi un garçon a-t-il le droit de porter un marcel tandis qu’une fille n’est pas autorisée à porter un débardeur ? N’est-ce pas la même chose au fond ? Il faut également prendre en compte que la mode ne facilite pas les choses. Aujourd’hui les crop tops sont très tendance. Maeva prend la parole dans un article3 de Slate : « Le règlement est oppressant et sexiste. Nos vêtements n’influencent pas notre motivation ou notre sérieux. »

©Sanaga. Lycée = tenue correcte exigée [dessin], 30 septembre 2020. Disponible à l’adresse : https://www.facebook.com/LesDessinsDeSanaga/photos/837720646974090

La tenue correcte au lycée, comme au travail, serait liée à la tendance « power suit » ou « power dressing » apparue dans les années 1980 selon Ariane Fennetaux, spécialiste de l’histoire du vêtement et des pratiques vestimentaires. Cette tendance consiste à ce que les femmes adoptent le costume masculin des hommes d’affaires. Ceci afin d’être prises au sérieux au travail. Cependant il ne faut pas être trop masculines non plus afin de ne pas être vues comme trop ambitieuses, ce qui pourrait déclencher un sentiment de menace envers les hommes.

De « tu fais trop négligée » à « c’est un peu trop décolleté »

Dès leur plus jeune âge, les filles sont donc conditionnées à faire « attention » à leur tenue vestimentaire. Cela pour éviter de « provoquer » ou encore de « laisser entendre que » et d’en arriver à des violences sexuelles.
Le vêtement féminin a donc un statut complètement particulier, contrairement au vêtement masculin. « Pas assez féminine, trop vulgaire » les femmes sont sans cesse jugées.

« Be a lady they said ». Réalisateur : Paul McLean [vidéo en ligne]. Dans : Vimeo. 23/02/2020. Disponible à l’adresse : https://vimeo.com/393253445

Le vêtement devient presque un symbole. Un symbole de frivolité, de force, de timidité.
Mais il y a une chose à prendre en compte comme l’a bien expliqué Catherine Joubert, médecin psychiatre, c’est qu’un même vêtement peut dire des choses différentes d’une personne à l’autre et que tout dépend de la manière dont c’est pris dans l’histoire de chacun.
Évidemment les hommes peuvent être également jugés sur leur apparence. Mais de manière générale ils seront plutôt jugés sur leurs actes et leurs paroles. Cependant on peut observer dans cet article4 que les hommes qui s’habillent hors des normes sont assez mal vus aussi.

Liberté de mouvement

Comme l’a dit Valérie CG, blogueuse féministe, dans son article5 publié sur Deuxième Page : « La liberté des femmes de porter tel vêtement est fondamentale parce que le vêtement féminin a toujours été, et est encore, un moyen de contrôle des femmes. »
Le fait de dire à une femme qu’habillée de cette manière, elle risque le viol ou de lui dire qu’en portant le foulard elle doit éviter certains lieux, c’est limiter sa liberté de mouvement. On crée une peur. Le pire, c’est que s’en est devenu un conseil de bon sens. En ayant ce genre de propos, on protège la femme malgré elle et on la rend responsable de ce qui pourrait lui arriver. « Ces femmes agressées ou harcelées sont trop fréquemment tenues pour responsables de ce qui leur arrive. Le débat du style vestimentaire surgit et finit bien souvent par l’emporter, justifiant ce qui est et doit rester injustifiable » précise le porte-parole d’HandsAway, application mobile qui a pour objet de lutter contre les agressions sexistes.
On constate même dans un article du journal français l’Humanité des chiffres alarmants en rapport avec la culture du viol6.

Source : enquête « les Français-e-s et les représentations sur le viol », Mémoire traumatique et victimologie – Ipsos, décembre 2015
Un vêtement de l’exposition « What Were You Wearing ? » [photo : Jennifer Sprague]

« Elle l’a bien cherché », Catherine Joubert n’est pas d’accord. Selon elle, le vêtement est quelque chose de bien plus personnel et intime vis-à-vis de soi. Surtout chez les jeunes femmes voire les adolescentes. C’est à travers le vêtement, qui est surtout destiné à elles-mêmes, qu’elles font l’expérience de leur féminité et de leur image, souvent dans des mises en scène de soi. Elle précise : « C’est important de se réapproprier quelque chose de soi, ne pas avoir l’impression d’être un objet ». Et ajoute : « Le corps est un espace d’exposition, de construction et qui est toujours en devenir. »


Parlons aussi du fait que la femme peut voir sa liberté de se vêtir réduite par son entourage. Il n’est pas rare qu’un conjoint se permette de lui dire qu’il est hors de question qu’elle sorte en minijupe ou avec ce décolleté. On vient museler l’image de l’autre contre son gré. Catherine Joubert commente : « Tout ce qui est imposé sur le corps de l’autre me semble inadéquat et de l’ordre de l’emprise ». Effectivement, c’est le signal d’alarme. Il est important que la liberté individuelle du corps et la liberté de se vêtir restent absolument complètes. Les liens amoureux n’ont en aucun cas à s’exprimer là-dessus.

Codes vestimentaires

On l’aura bien compris, il existe des codes. Ils changent en fonction des pays et des époques.
Et que ce soit voulu ou non, on communique à travers nos vêtements. Hanna Gas, experte en étiquette, explique dans son article7 que si l’on s’habille avec légèreté, on sera traité avec légèreté. Et raconte dans sa vidéo8 que : « Si vous êtes habillées en prostituée vous serez traitées en prostituée. »

Une tenue n’est donc pas neutre. Il faut apprendre les codes vestimentaires pour pouvoir sociabiliser car c’est grâce à eux qu’on peut vivre dans le respect et la bienveillance. Certaines personnes revendiquent la liberté de s’habiller comme on le veut car elles souhaitent détacher le vêtement de sa signification. Cependant il y a la théorie et la pratique. Une femme devrait pouvoir marcher dans la rue en soutien-gorge sans avoir à subir une agression, mais en pratique ça semble être compliqué.

La femme est encore loin de pouvoir s’habiller comme elle le souhaite. Trop dénudée ou pas assez, ce sont des luttes qui méritent, toutes deux, d’être prises en compte. On s’habille pour soi mais aussi pour les autres. Il y a des codes à respecter mais notre liberté de se vêtir ne devrait pas en être entravée.
Les médias ont une grande responsabilité des idées actuellement véhiculées, bonnes ou mauvaises. Mais c’est par ce billet que l’évolution pourra prendre place. Grâce à la nouvelle génération qui s’insurge chaque jour un peu plus, ces luttes se verront avancer positivement.

Pour en savoir + 

Quelques liens complémentaires pour élargir votre connaissance sur le sujet :
1. Nos vêtements-émotions : C. Joubert et S. Stern expliquent dans une interview l’influence, l’importance de nos vêtements.
2. « Tu étais habillée comment? » : L’expo qui montre que viol et vêtements des victimes n’ont rien à voir.
3. La révolte du crop top : le mouvement du 14 septembre expliqué aux enfants.

Louise LEVEAU
Étudiante de 24 ans en 1ère année de communication à l’ISFSC

Webographie

  1. Juvé, M., & de Rubercy, J. (2020, 14 septembre). #Lundi14Septembre : « C’est comme une petite rébellion contre le règlement si misogyne » témoigne une lycéenne. France Inter. https://www.franceinter.fr/societe/lundi14septembre-c-est-comme-une-petite-rebellion-contre-le-reglement-si-misogyne-temoigne-une-lyceenne

  2. Liberté de se vêtir. (2020). Google Actualités. https://news.google.com/search?q=libert%C3%A9%20de%20se%20v%C3%AAtir&hl=fr&gl=FR&ceid=FR%3Afr

  3. Renault, A. (2020, 25 septembre). C’est quoi, une tenue correcte? Slate. http://www.slate.fr/story/195350/vetements-ecole-college-lycee-reglement-interieur-14-septembre-blanquer-tenue-republicaine-stereotype-genre-sexiste

  4. Leveau, L. (2020, 20 décembre). L’homme conditionné à être viril. Libertés. https://libertes.commu.isfsc.be/index.php/2020/12/20/lhomme-conditionne-a-etre-viril/

  5. Crêpe Georgette, V. (2020, 29 février). Défendre les droits vestimentaires des femmes, quels qu’ils soient, pour défendre toutes les femmes. Deuxième Page. https://www.deuxiemepage.fr/2016/08/26/tribune-valerie-cg-defendre-droits-vestimentaires-femmes-defendre-toutes-femmes/

  6. « Ce n’était pas vraiment un viol ; et puis, elle l’a bien cherché ». (2016, 3 mars). L’Humanité. https://www.humanite.fr/ce-netait-pas-vraiment-un-viol-et-puis-elle-la-bien-cherche-600940

  7. Gas, H. (2020, 10 août). Le plus gros problème du « s’habiller comme on veut ». Apprendre les bonnes manières. https://apprendre-les-bonnes-manieres.com/habiller-comme-on-veut/

  8. Apprendre les bonnes manières. (2020, 8 août). Le plus gros problème du « s’habiller comme on veut » – Parlons d’élégance… YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=etDeLkhWKiE&feature=emb_title

L’enseignant en danger : symbole d’une démocratie en péril

Free-Photo licence : https://pixabay.com/fr/photos/livre-pages-br%C3%BBl%C3%A9-combustion-vieux-406806/ Pas d’attribution requise. libre pour usage commerciale

On parle souvent du bien-être des élèves, à juste titre. Il est vrai que le rôle de l’éducation est, avant tout, de permettre leur épanouissement intellectuelle. Néanmoins, le rôle des enseignants semble aujourd’hui négligé. Beaucoup témoignent d’un abandon à leur égard de la part des politiques et certains le font savoir.

L’actualité récente a mis en lumière la crise actuelle qui opère dans le monde de l’enseignement. Le 16 octobre dernier, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un lycée de banlieue parisienne est décapité par un jeune islamiste pour avoir présenté à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet. Alors que certains s’indignaient et affichèrent leur soutien aux enseignants, d’autres avancèrent que ce dernier avaient provoqué son assassin. Dans ce contexte, il apparait que les enseignants se sentent de plus en plus abandonnés, et que les libertés dans l’exercice de leur métier régressent.

L’auto-censure au profit de la rentabilité ?

Nous le voyons autour de nous, le monde de la finance est omniprésent et omnipotent dans la société actuelle. Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les clips musicaux ou lorsque l’on visionne un match de football, les individus ne peuvent éviter par la publicité.

Pour Laurent Berger, professeur de français dans l’enseignement secondaire supérieur à Bruxelles, la logique de marché issue du monde de la finance a pénétré l’univers de l’éducation. Il explique : «  Observons comment certains termes sont entrés dans la pédagogie et plus généralement à l’école: management, grilles d’évaluation, auto évaluation, tâches-problèmes, séquences pédagogiques, objectifs pédagogiques, évaluations externes, besoins particuliers, compétences minimales à atteindre. Ces expressions signalent le fait que l’on ne s’intéresse plus aux contenus que l’on voudrait transmettre, mais bien aux aspects techniques et pratiques qui visent à atteindre des résultats précis : Une rationalisation de l’acte d’enseigner, une administration de plus en plus présente dans le métier. »

Laurent ©Marc-Lerchs

« Aujourd’hui, l’école est pensé dans une logique marchande »

Laurent Berger remarque que les objectifs éducatifs ont changé : « Prenons conscience que les pressions pour que les jeunes soient insérés dans le monde de l’emploi sont de plus en plus fortes. La rédaction d’un bon CV devient ainsi la priorité sur la première page de l’Étranger de Camus. L’école devrait-elle être gérée comme une entreprise à l’écoute de ses clients et de leurs particularismes ? «  .

Des articles font part d’un ras le bol chez les enseignants qui font état d’un manque flagrant de financement de la part de l’état pour assurer les missions qu’on leur assigne.

Au Canada, des syndicats regroupant des milliers d’enseignants affirment que le réseau public est sous-financé. En Belgique, le réseau libre réclame 66 millions de plus par an.

De ce fait, les enseignants ont l’impression qu’on se soucie peu de leur sort. Laurent Berger poursuit :  » L’école est un espace public qui devrait être indépendant des particularismes idéologiques. Elle devrait être un temple qui autorise l’épanouissement de jeunes en formation. Elle n’accueille pas des individus fermés, définis une fois pour toute selon les critères de rentabilité. » Une intrusion de la religion dans l’espace éducatif qui explique la peur qu’ont certains enseignants lorsqu’ils veulent installer des débats d’idées, notamment sur la liberté d’expression. La direction va leur demander de ne pas remettre en question les croyances de l’étudiant afin d’éviter tout conflit qui entacherait la réputation de l’école. Nous pourrions comparer cela à une entreprise qui, par peur de perdre du chiffre d’affaire, va brosser ses clients dans le sens du poil afin d’éviter qu’ils ne s’en aillent.

D’après Laurent Berger, cette auto-censure est liée à la peur du conflit mais aussi à une idéologie très présente , l’égalitarisme, qui refuse, au nom de l’égalité, que l’on porte un jugement sur les différentes croyances dans nos sociétés : « L’éducation prépare un futur qui serait différent: elle ne devrait pas se limiter aux dogmes du présent, elle forme des êtres qui assumeront leurs choix, elle ne devrait pas répondre aux besoins actuels du marché ni aux croyances individuelles. « .

En effet, si la conception de liberté d’expression a été importante dans nos démocraties occidentales, elle n’est ni évidente, ni présente dans toutes les cultures. Il semble donc inapproprié de considérer que chacune d’elles peut évoluer dans une société démocratique sans jamais remettre certains de ses aspects en question.

Une école de plus en plus violente ?

Au delà de la cruauté dont a été victime Samuel Paty, on assiste à un phénomène d’augmentation des violences envers les enseignants.

En France, la Fédération des autonomes de solidarité laïque (FAS), un réseau militant assurant la protection des membres du personnel de l’Éducation nationale, a sorti un baromètre qui montre une augmentation significative des violences envers les enseignants. Ce travail a été réalisé  en se basant sur les 4 900 dossiers de protection juridique ouverts durant cette période.

Dans l’affaire Samuel Paty, par exemple, il ressort que l’assaillant a été mis au courant par 4 collégiens et un parent d’élève, Brahim Chnina, qui est à l’origine d’une campagne médiatique contre Samuel Paty.

Entre 2017 et 2018, il y a eu une augmentation de 7 % de ces violences. Dans 55 % des cas, le protagoniste est un parent d’élève ou responsable légal. A coté de ces chiffres, il existe aussi un certains nombre d’enseignant qui souffrent de burn-out ou de dépressions nerveuses. Cependant, il est difficile de quantifier ces cas car les personnes concernées refusent souvent d’en parler, par peur d’être culpabilisées. Le souhait de certains directeurs de ne pas vouloir salir la réputation de leur école est souvent à l’origine de ce manque de soutien.

Y a-t-il de l’espoir ?

Aujourd’hui plus que jamais, il apparaît nécessaire de reconsidérer la fonction de l’enseignant. De le voir non pas comme un simple prestataire de services, mais comme un passeur de savoir. Un savoir au service de l’esprit critique, la seule arme face à l’obscurantisme, pire ennemi de la démocratie.

Pour en savoir +

Concernant la « financiarisation de la connaissance » et les bouleversements structurels qui en résultent, laïcité dans l’enseignement et l’intégrisme religieux qui gagne du terrain.

(Léon D’Orazio, 2020) Léon D’Orazio. 22 ans. je suis étudiant en BAC1 communication à l’ISFSC. je m’intéresse aux thèmes de société.

webographie :

https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/la-violence-cest-le-lot-quotidien-des-enseignants

https://www.rtbf.be/auvio/detail_regard-sur-debat?id=2704057

https://www.lepoint.fr/societe/violences-contre-les-enseignants-les-chiffres-sont-alarmants-31-03-2019-2304876_23.php#

https://www.lepoint.fr/education/education-ca-fait-longtemps-que-les-collegues-n-etaient-pas-aussi-remontes-30-03-2019-2304805_3584.php

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/decapitation-de-samuel-paty-il-y-a-des-collegiens-que-rien-n-a-empeche-de-devenir-des-instruments-de-mort-20201113

https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/religion-laicite/video-contestation-absenteisme-voire-proselytisme-comment-la-religion-modifie-le-comportement-de-certains-eleves_4203895.html