Les atteintes à la liberté de la presse en Belgique : fake new ou réalité ?

Les atteintes des mondes économiques et politiques à la liberté de la presse se multiplient en Belgique. Grèves et manifestations de journalistes, la résistance s’organise.

En 2020, la Belgique perd 3 places au classement de la liberté de la presse de RSF.
En cause : les coupes budgétaires dans la dotation de la VRT sur décision du gouvernement NVA.
A l’heure où la liberté de la presse est attaquée de toutes parts aux USA, en France, en Pologne, en Hongrie, faut-il s’inquiéter de la situation en Belgique ?
La presse de qualité résistera-t-elle aux assauts des fake news, aux médias alternatifs, aux pressions politiques ou financières. Des journalistes organisent la résistance en créant des journaux indépendants qui favorisent un journalisme de qualité et d’investigation.

La presse une affaire de gros sous ?

En 2020, les journaux Vers L’avenir ont changé de mains passant du groupe Nethys au grand groupe de presse IPM. Des journalistes se sont mis en grève contre les licenciements annoncés mais aussi par peur de perdre leur liberté rédactionnelle et de basculer vers des contenus sensationnalistes. La DH a également connu un changement de structure.
Comme partout, les médias belges sont aux mains de sociétés financières et commerciales animées par la recherche du profit. Ces groupes influencent les lignes éditoriales des journaux.

Jean-Pierre Borloo, journaliste à l’AJP (Association des journalistes professionnels) confirme

« Il ne faut pas oublier que ces médias des sociétés privées qui doivent vendre et qui doivent générer de l’attrait pour les publicitaires parce qu’elles sont payées en grande partie par ceux-ci. Je trouve que ça peut avoir un impact sur la liberté des journalistes parce que parfois, effectivement, j’ai vu qu’on me refusait certains sujets qui, selon moi, semblaient opportuns et de fond. On me les a refusés parce que ce n’était probablement pas assez vendeur, pas assez accrocheur pour le grand public. »

Jean-Pierre Borloo, coordinateur du fonds pour le journalisme à l’AJP depuis 2001. Il promeut un journalisme de qualité. ©Jean-PierreBorloo2018

Des pressions politiques ?

Au sein de chaque media, il y a donc une ligne de tension entre la rentabilité et la qualité. Maintenir l’équilibre entre les deux est un défi dans ces temps où les ventes de journaux et les recettes publicitaires diminuent.

Si la Belgique a perdu des places au classement de RSF, c’est notamment parce que le gouvernement flamand emmené par la NVA a réduit la dotation de la VRT (chaîne publique flamande).
Selon Jean-Pierre Borloo, dans le cadre de reportages sur les migrants en Flandre, l’accès à des centres fermés a été refusé aux journalistes.

Non loin, en France, la proposition de loi « sécurité globale » (article 24) veut limiter le droit de filmer les interventions policières dans la rue. 
En Hongrie, aux USA, au Brésil, le pouvoir politique cherche à influencer et à contrôler directement la presse.

Même si la situation n’est pas comparable en Belgique, ces dernières années, des atteintes insidieuses freinent la liberté des journalistes sous forme de coupes budgétaires mais aussi de restrictions à l’accès aux informations. 

« Ce qui diminue, c’est l’accès à l’information, précise J-P Borloo. Avant, on avait beaucoup plus de portes qui s’ouvraient, pour avoir accès à des informations même sensibles. Ce qui s’est développé depuis au moins 20 ans, c’est qu’il y a des porte-paroles partout et des attachés de presse qui prémâchent la matière. Vous le voyez souvent dans les émissions de télévision, quand il y a une entreprise ou un parti politique qui est mis sur la sellette, ce sont les porte-paroles qui passent devant, qui ont un discours cadenassé qui ne répond pas vraiment aux arguments de fond, c’est un discours pour la façade. »

Ce propos se vérifie particulièrement pour les enquêtes politico-économiques comme, par exemple, celle sur le groupe Nethys ou sur des multinationales. Ces enquêtes exigent du temps, des moyens, de nombreux contacts, déplacements et des prises de risques.

Dans certains cas, des pressions directes sont exercées sur les journalistes comme le démontre l’interview du journaliste David Leloup

Malgré ces différentes atteintes, la situation belge reste gérable avec des partis démocratiques au pouvoir mais la montée du populisme dans tous les pays occidentaux est un élément inquiétant.

Ainsi le développement de médias alternatifs relayant les idéologies d’hommes ou de partis politiques populistes peut décrédibiliser la presse de qualité.

Les réseaux sociaux et les forums de lecteurs, richesse ou concurrence ?

D’après Jean-Pierre BORLOO, l’interactivité avec les réseaux serait positive pour développer une diversité de points de vue au sein des médias mais serait en quelque sorte neutralisée par l’uniformisation de la pensée par les algorithmes.

Selon lui, ces algorithmes entraînent une sélection des personnes qui pensent de la même manière et des informations qui vont dans le sens des opinions de leur public, ceci dans une logique commerciale, à travers des insertions publicitaires insidieuses.
En ce qui concerne les forums d’opinion, Jean-Pierre Borloo les trouve intéressants pour le contact et la confrontation des idées avec les lecteurs ; il trouve dommage que les médias doivent se fermer actuellement suite aux nombreux dérapages : propos racistes ou homophobes, attaques des journalistes

Il s’inquiète aussi de ce que la presse a souvent un temps de retard par rapport aux réseaux sociaux, au niveau technologique notamment, pour dénoncer les fake news.
Les institutions publiques qui doivent fournir des informations vérifiables ( par exemple l’Institut National de Statistiques ) ont elles-mêmes des années de décalage. 

Les remparts de la liberté de la presse.

Plusieurs institutions peuvent faire barrage aux atteintes contre la liberté de la presse. C’est un droit fondamental protégé par la Constitution.

La justice est en première ligne, elle traite les litiges impliquant des journalistes.

Des organes d’autorégulation de la profession se sont créés ces dernières années, explique Jean-Pierre Borloo, comme le Conseil Déontologique Journalistique qui traite les plaintes déposées par des journalistes, ou à l’encontre de ceux-ci, et vérifie si elles ne sont pas abusives.

L’Association des Journalistes Professionnels est un autre acteur important.
Subsidiée par la Communauté Française, elle promeut le journalisme d’investigation, elle informe et forme les journalistes, elle essaye de favoriser la diversité (de genres, de milieux sociaux et culturels…) dans la presse et les médias.

Les organismes internationaux peuvent également alerter l’opinion. En marge du sommet de l’ONU de septembre, un évènement a été organisé pour dénoncer les menaces pesant sur la liberté de la presse dans le monde.

Des éléments d’espoirs : vitalité de la presse belge et coalition de journalistes.

Face aux atteintes à la liberté évoquées plus haut, les journalistes bougent, réagissent.
Jean-Pierre Borloo a lui-même fondé Médor, un média à structure coopérative, indépendant de tout groupe commercial, cogéré par des journalistes et qui publie des articles de fond.
D’autres médias indépendants ont vu le jour comme Wilfried ou Tchak (centré sur le milieu de l’agriculture), attestant de la belle vitalité de la presse belge d’investigation.

D’après Jean-Pierre Borloo, des journalistes s’associent pour les grandes enquêtes ou les enquêtes internationales et se partagent le travail, les sources, s’entraident pour décrypter les milliers d’informations.
Un espoir vient de l’Union européenne qui a promis des soutiens financiers à ces initiatives.

Bref tout n’est pas rose dans le paysage de la presse en Belgique mais la presse de qualité résiste en espérant que le politique la soutiendra dans ses efforts.

Zoé Janssens
J’ai 19 ans et je suis étudiante en 1ère année de communication à l’ISFSC. A travers la question de la liberté de la presse en Belgique j’ai réalisé à quel point la liberté est importante dans notre état démocratique.

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