Contraception hormonale : je t’aime moi non plus

Depuis des années, articles, livres et témoignages expliquent que la contraception hormonale, en particulier la pilule, perd en popularité. L’essor de la demande pour une contraception masculine et la mise en évidence de dommages collatéraux liés à certaines contraceptions hormonales n’ont fait qu’accentuer. Il est donc légitime de se demander quelles sont les raisons factuelles de ce recul, où se situent les enjeux.

Docteur, j’ai mal à ma contraception

Quand vient le moment de parler de contraception, les femmes ont tendance à aller d’emblée vers leur gynécologue. 77,3% des femmes sont ainsi conseillées. Pour un homme, cette source n’est autre que… Madame elle-même. Elles sont beaucoup plus enclines à discuter contraception avec le corps médical qu’eux.

Selon Chloé De Bon, réalisatrice du documentaire « Flower of Life », qui sortira courant 2022, la formation des gynécologues « est, aujourd’hui, obsolète, dépassée. La sensibilisation à la contraception non-hormonale est délaissée par le corps médical. » Elle estime que la responsabilité réelle des gynécologues, c’est « de pouvoir renseigner les personnes de tout le panel contraceptif ». Or, l’enquête de l’institut Solidaris de 2017 montre que les gynécologues conseillent beaucoup plus de contraceptifs hormonaux. 96% des femmes avaient alors essayé la pilule contraceptive. C’est le moyen de contraception le plus utilisé en 2017 par les Belges. Les centres de planning familial sont les plus renseignés en matière de contraception non-hormonale et partagée, dit Chloé. Pour elle, la meilleure manière de se renseigner : multiplier les sources d’information. « Ce n’est pas parce qu’il y a un désamour pour la pilule qu’il y a pour autant plus d’avortement, donc c’est un faux calcul, que certain·e·s gynécologues font ». En effet, 65,2% des femmes ayant subi une grossesse non-désirée utilisaient la pilule comme contraceptif. Seulement 6% d’entre elles se contraceptaient aux méthodes naturelles. La réalisatrice tente d’expliquer : « c’est dû au fait que, quand tu apprends la symptothermie à une femme, tu lui apprends aussi le fonctionnement de son corps, il y a donc beaucoup moins d’erreurs liées à sa contraception parce qu’il y a une connaissance beaucoup plus grande de son corps ».

Photo de Karolina Grabowska provenant de Pexels. Les gynécologues prescrivent plus la pilule que d’autres contraceptifs.

Dans le cursus universitaire d’un·e gynécologue à l’Université de Liège, la contraception occupe 8 crédits sur 180. Or, contraception et grossesse sont les principales demandes qu’ont les gynécologues. Chloé De Bon a rencontré un spécialiste de l’ULB, pour échanger sur les contraceptions non-hormonales et partagées. Il aurait alors dénoncé l’inefficacité de ces méthodes en mentionnant une certaine « responsabilité » du corps médical envers les patientes. Sa réaction à elle ? Dire que la seule réelle responsabilité qui incombe au corps médical, c’est renseigner sur tous les types de contraceptifs. La décision finale appartient à la personne contraceptée. De plus, le·la gynécologue devrait informer les patient·e·s des tenants et aboutissants liés à tout type de contraception et effectuer un suivi plus complet.

Chacun sa contraception

La contraception doit être plus individualisée. C’est l’avis de Chloé De Bon. « Le contraceptif idéal, c’est celui que tu choisis en conscience. Et il évolue tout au long d’une vie ». Il faut tester, et, dit-elle,  » là tu as une vraie connaissance de ton corps, et au quotidien, de ce que représente une contraception ». L’enquête mentionne que la moitié des femmes de 31 à 55 ans ont changé au moins une fois de contraceptif.

« Le contraceptif idéal, c’est celui que tu choisis en conscience. Et il évolue tout au long d’une vie. »

Chloé De Bon

Pour un article du Monde de 2017 : la plupart du temps, c’est la croix et la bannière pour trouver un·e gynécologue qui soit prêt·e à écouter sa patiente. Le stérilet en cuivre est refusé aux femmes qui n’ont jamais eu d’enfant et la pilule est presque imposée. Surtout chez les plus jeunes.

Selon Chloé De Bon, le choix du contraceptif devrait être accompagné d’un protocole rigoureux : prises de sang, analyse des antécédents familiaux et du style de vie des patient·e·s. Par-dessus tout, la prise de contraceptif hormonal doit se limiter à 3 ou 4 ans.

Seulement 58% des Belges s’estiment bien informés sur la contraception. Pourtant, la Belgique a la meilleure couverture contraceptive d’Europe, comprenant l’accès à la contraception, le planning familial, et les informations en ligne.

La contraception, oui, mais à quel prix ?

La première cause de désamour pour la pilule contraceptive : le rejet des hormones artificielles. La pilule est un concentré d’hormones qui a pour effet d’empêcher l’ovulation naturelle. Cet apport peut entraîner des effets secondaires reconnus comme une baisse de libido, des migraines, un gain de poids ou des troubles de l’humeur. La moitié des Belges sont inquiet·e·s de la composition hormonale des contraceptifs. 42% le sont des effets secondaires. 54,8% des femmes citent les effets secondaires comme désavantage de la pilule, et 48% citent l’aspect contraignant, la fameuse charge mentale.

Un contraceptif mal choisi entraine plus d’effets secondaires indésirables. En tenant comptes particularités de chacun·e, il est logique que le contraceptif convienne mieux. L’enquête de l’Institut Solidaris décrypte : 2/3 des répondantes ont arrêté l’implant car elles le supportaient mal. 77% des 17-20 ans ont changé de contraceptif à cause des effets secondaires. 40% des femmes qui utilisaient la pilule ont changé vers un autre moyen car trop contraignante.

Qu’en dit Monsieur ?

Les hommes se sentent de plus en plus impliqués dans la contraception, mais les solutions manquent. Pour une fois, la demande dépasse l’offre : à part le préservatif masculin ou la vasectomie (qui est irréversible), aucune possibilité ne s’offre à eux. Du moins officiellement.

Pour Chloé De Bon, la contraception hormonale a pour gros désavantage la déresponsabilisation de l’homme.  » Elle [la pilule] induit le fait que ce soit une charge de femme, donc souvent quand c’est la femme qui s’en occupe, l’homme se déresponsabilise. De manière un peu ‘en domino’, on en revient à cette question de la charge contraceptive ». La contraception devrait être envisagée de manière partagée et combinée (coucou lien vers la brève). Non seulement cela responsabiliserait les hommes, mais les taux d’efficacité des deux méthodes seraient combinés et donc très élevés. « Je pense que ce sera intéressant, dans la modification des rapports, toute cette question en lien avec la contraception », explique Chloé. La fameuse « contraception idéale », selon elle, est individuelle. « Que chacun des partenaires utilise une contraception pour soi-même », donc partagée.

L’Histoire de la pilule, racontée par téléphone sans fil

La pilule a bonne réputation, parce que symbole de la libération sexuelle de la femme. Elle serait la récompense d’années de révolution des femmes. Or, Sabrina Debusquat, auteure de « J’arrête la pilule » et journaliste, l’explique dans son livre : l’avènement de la pilule n’est pas que féministe. Le fond de la découverte se base sur des idées eugénistes et de contrôle des femmes. « La pilule a été une découverte importante. Il serait malhonnête d’affirmer le contraire. Mais idéaliser ou enjoliver son histoire, comme on l’entend souvent, est dangereux » (1). L’idée de la pilule, à l’origine féministe, a été polluée par des idéologies eugénistes, une peur du communisme et des tensions raciales. En plus, les essais cliniques de la pilule ont été négligés et trafiqués par le scientifique Grégory Pincus. Fameux essais cliniques qui ralentissent le développement d’une contraception masculine. La journaliste le dit, lors des essais, les animaux morts ou cancéreux n’ont pas été déclarés. On a négligé les effets secondaires de la pilule. Les essais ont été réalisés, parfois même, à l’insu des femmes testées. A la même époque, une contraception masculine a également été testée. Mais les essais cliniques de ce médicament ont empêché toute commercialisation. Le testicule d’un patient ayant diminué de taille.

Dans les 60′, la demande était une contraception efficace. Aujourd’hui, c’est l’heure des remises en question de cette efficacité. Un couple est composé de deux personnes fertiles, et si la procréation se fait à deux, la contraception le devrait aussi. De plus, l’éducation contraceptive se révèle importante, et chacun·e a la liberté de choisir un contraceptif qui lui est adapté, en connaissance de cause. Les gynécologues ont, quant à eux·elles un rôle primordial à jouer. Peut-on, dès lors, affirmer que la contraception est « une affaire de femmes » ?

(1) DEBUSQUAT, Sabrina. J’arrête la pilule. Paris : Edition Les liens qui libèrent, 2017. ISBN 9791020905680

Pour en savoir plus…

Articles : charge contraceptive et contraception masculine :

Articles : Arrêt des hormones et contraception non-hormonale

Ressources complémentaires :

Eole Houart

Après un parcours scolaire semé d’embuches, dont trois années d’étude de biologie, me voilà étudiante en communication à l’ISFSC. Le journalisme a toujours été une passion pour moi. Je suis une étudiante investie et pleine d’énergie, qui ne manquera pas de mettre du coeur dans ce que je réalise.