Où en est la liberté de grève en 2021 ?

En Belgique, la grève n’est pas clairement définie. Au niveau de notre constitution, rien n’est stipulé de manière claire à part dans quelques arrêts de la Cour de Cassation. Néanmoins, la Charte sociale européenne de 1981 a été signée par nos autorités. Elle inclut le droit de grève comme droit social de base.

Ces dernières semaines, la Belgique a connu un pic de grève conséquent. Le 6 décembre 2021, la STIB entre une nouvelle fois en grève. Les citoyens n’hésitent pas à faire valoir ce droit fondamental. Dans le fond, qu’est-ce que cela représente ?

Au final , qu’est-ce qu’une grève?

Une grève est une action qui se définit par un arrêt complet du travail dans une durée limitée. Elle concerne tous les citoyens belges qui travaillent, aussi bien les salariés que les indépendants. Ils n’ont donc pas d’obligation de prestation de travail ce jour-là. Cette action se fait de manière collective en ayant pour objectif d’aboutir à un résultat. Ses résultats peuvent être divers : entamer des négociations sur des points de divergence, obtenir des améliorations de leurs conditions de travail, se faire entendre par leur patronat.

« Le nombre crée la différence. Et les travailleurs sont nombreux donc montrent que, quand on arrête collectivement le travail ou manifeste tous ensemble, il y a quelque chose de vraiment fort »

Sébastien Robeet

Pas citoyens mais en grève quand même…

Le 23 mai dernier, 475 personnes avaient pris place dans l’église du béguinage situé en plein centre historique de Bruxelles. Elles y avaient entamé une grève de la faim. en ayant comme objectif la régularisation de leurs papiers.

Quelles conséquences pour les travailleurs quand ils font grève ?

Sébastien Robeet, secrétaire général adjoint à la CNE, juriste de formation, donne les informations suivantes. Un arrêt de la Cour de Cassation datant de 1981 stipule que la grève n’est pas un motif grave de rupture d’un contrat de travail. En revanche, les grévistes subissent souvent une certaine pression de leurs employeurs aussi bien avant, pendant, et après. Avant, en leur disant de faire attention, car ils risquent d’avoir des ennuis en y participant. Pendant, car ils s’informent sur l’identité des travailleurs qui y prennent part. Après, les travailleurs qui sont très impliqués dans des mouvements collectifs se voient souvent refuser un avancement. Par exemple une promotion. Ils portent l’étiquette du syndicaliste qui ne veut pas faire prospérer l’entreprise. D’un point de vue financier, les travailleurs ne perçoivent pas leur salaire durant les jours de grève. Ils ont droit à une indemnité de grève versé par leur syndicat. Le montant de cette indemnité varie en fonction des syndicats. Par exemple , la CSC (confédération des syndicats chrétiens) verse la somme de 30 euros lors de la première journée de grève à chaque travailleur en temps plein à condition d’être affilié depuis plus de six mois. Cette indemnité augmente après une semaine de grève pour palier aux manque de revenus lié à la perte de salaire. Celle-ci n’a pas de limites dans le temps théoriquement. Dans la réalité , elle prend fin au moment où les gens souffrent de la perte de leurs revenus.

« La grève, il faut savoir la terminer. Entre les coûts et les bénéfices, où est-ce qu’on s’arrête? »

Sébastien Robeet

Conditions nécessaires pour faire grève

La grève ne stipule d’aucune conditions strictes établies par la loi et ne comprend donc pas d’indications sur la manière de la réaliser. Cependant, il existe des procédures particulières lorsque des enjeux vitaux interviennent, par exemple dans les hôpitaux ou les centrales nucléaires. Il y a ce qu’on appelle le « service minimum » permettant d’assurer le fonctionnement minimal du service ou de l’entreprise. Il y aussi des procédures décidées au sein de certains secteurs entre syndicats et patrons exigeant parfois un préavis.

Les nouvelles manières de faire grève

La manière de faire grève a subit beaucoup de modifications ces derniers temps. Il y a une raison principale qui explique cela : la crise du coronavirus avec la généralisation du télétravail. Monsieur Robeet l’explique, auparavant, les grèves se réalisaient plutôt sous la forme d’une journée de grève générale interprofessionnelle quelques fois par an. A contrario, à l’heure actuelle, elle se fait sous forme de plus petites actions mais souvent répétées. Pour prendre un exemple, en 2019, le personnel soignant avait organisé l’action des blouses blanches, qui avait lieu tous les mardis du mois de juin. Ces actions répétées ont été très efficace car elles ont permis de débloquer le fond des blouses blanches, qui a permis une vraie injection dans le système des soins de santé.

Limitations du droit de grève

En Belgique, comme le droit de droit de grève n’est pas clairement défini, il a l’avantage de permettre de pousser certaines limites. La plupart des revendications passent, même si la loi ne permet pas le moyen utilisé pour exprimer les demandes. Cela permet donc d’aboutir à certaines fins. Elle n’est toute fois pas illimitée car dans certains cas, elle peut être réglementée par des accords conclus entre syndicats et employeurs dans le cadre d’une convention collective de travail.

« Si il devait y avoir une vraie inscription dans les textes du droit de grève, ça ne devrait être qu’à l’échelle des droits fondamentaux ».

Sébastien Robeet

Un nouvel enjeu?

Dans une société de plus en plus connectée, la grève n’a pas belle presse. Les gens ne voyant plus un effet direct de l’action collective, celle-ci perd de son crédit. Lorsqu’une grève ne produit aucun résultat, les gens se demandent à quoi bon y participer. Surtout qu’ils y perdent une journée de salaire. Ce nouvel enjeu constitue donc l’occupation du champ médiatique dans une société de plus en plus connectée. Pour ce faire, il faut réussir à créer des actions médiatiques avec des images qui passent partout. Aussi bien à la télévision que sur les différents réseaux sociaux. C’est bien simple, dans une société de l’image, quand l’image manque, on n’est diffusé dans aucun média. On ne produit donc aucun impact. La simple grève ou manifestation ne suffit plus. Il faut parvenir à susciter l’intérêt des gens, faire parler de sa cause, via un conteur pédagogique, marquant ou humoristique. La classe des travailleurs n’a plus ce sentiment d’appartenance à une même classe. D’où le travail de communication réalisé pour titiller leur intérêt. Les réseaux sociaux jouent donc un rôle primordial aujourd’hui car la visibilité se fait par ce biais-là. Les algorithmes entrent en jeu : au plus une publication est likée, au plus elle est visible par tous et produit de ce fait un impact plus important.

Photo de Pixabay par Pixelkult provenant de Pexels. L’action collective et les réseaux sociaux sont indisociables.

La grève, à l’ère du numérique, prend un nouvel envol grâce aux manières modernes de communiquer. Diffusion d’images à la télévision, communication sur les réseaux sociaux et bouche-à-oreille médiatique. Dorénavant, l’action collective ne se suffit plus à elle-même.

En savoir plus

Service minimum en cas de grève: le test est réussi, selon la SNCB (rtbf.be) : article traitant de la grève de la SNCB de juillet 2018.

Le droit de grève dans tous ses états (cgslb.be) : dossier complet exposant la grève sous toutes ses formes.

Grève des sans-papiers : « Ils agonisent et le gouvernement laisse faire » – La Libre :article détaillé sur la grève des sans-papiers.

Grève : les infos en cas de perturbations majeures | SNCB (belgiantrain.be): informations utiles en cas de grève de la SNCB.

Marie Hellebaut

Passionnée de théâtre et de cinéma, je suis étudiante en communication à l’ISFSC. Je suis créative et de nature altruiste. Je m’épanouis à travers mes diverses lectures.

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