Charlie Hebdo : un procès historique

Après plus de 5 ans d’attente, le procès des attentats de janvier 2015 a pu enfin rendre son jugement. Un total de 14 personnes ont été jugées dont 3 qui n’ont pas pu être présents.

Le procès des attaques de Charlie Hebdo a député le 2 septembre 2020. Après 54 jours d’audience et suspendu pendant un mois à cause de la crise sanitaire, le verdict a enfin pu être rendu ce 16 décembre. Les 14 accusés ont été condamnés à des peines de prison entre 4 et 30 ans.

Déroulement du procès

Pendant plusieurs semaines, les deux parties se sont défendues devant des magistrats professionnels. D’un côté, la partie civile qui défendait les victimes de ces attentats terroristes et, de l’autre, les accusés complices des auteurs qui ont été abattus pendant les faits. 150 experts et témoins ont défilé devant cette cour. Il était temps pour les victimes que justice soit rendue pour qu’ils puissent tourner la page. Ce n’est pas pour autant que Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, arrêtera de se battre pour la liberté d’expression. Il se battra non pas pour le droit des dieux mais pour les droits des hommes comme énoncé dans le Quotidien.

DesTerresMinéesCC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Plusieurs autres évènements suite à ce procès ont eu lieu. Un attentat contre les anciens locaux de Charlie Hebdo, l’assassinat du professeur Samuel Paty, une crise internationale après la republication des caricatures…. Serons-nous certains que cet attentat n’engendrera pas d’autres désastres comme ceux énoncés juste avant? Serait-il temps pour les victimes de tourner la page?

Liberté d’expression : un pilier pour nos journalistes et politiciens

La liberté d’expression en 2020 en Europe est plus fragile qu’on ne le pense. Cette liberté varie en général de pays en pays en fonction des différents régimes totalitaires, démocratiques ou encore dictatoriaux. Certains d’entre eux ruinent cette liberté de s’exprimer et ne respectent en aucun cas cet état de droit que nous avons en Belgique. Avoir cette opportunité ne nous permet pas d’en abuser pour autant.

Quelles limites devrons-nous nous mettre pour éviter ces régimes? D’après Michel De Maegd, ancien journaliste et actuel député fédéral :  » la liberté d’expression n’a qu’une seule limite, la loi. ». Pour lui, c’est la seule limite imposée, chaque individu a l’opportunité de s’exprimer tout en la respectant. Toutes autres limites seraient subjectives et favoriseraient de sérieuses critiques.

Qu’est-ce que la liberté d’expression ?

Considérée comme une liberté fondamentale, la liberté d’expression est inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU 1948, article 19) : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre sans considérations de frontières les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Elle suscite donc de nombreuses critiques; pourtant il suffirait de se rendre compte de la chance qu’on a d’avoir un régime comme celui là. Comme Michel De Maegd l’a affirmé : « Il suffit de voyager pour voir que c’est un luxe de faire partie d’un régime démocratique. ». On peut le remarquer dans certains Etats où voyager dans le monde n’est pas autorisé. Des Etats vivant la dictature comme la Biélorussie. Pourtant, malgré ces avantages, nous sommes loin d’un régime stable.

D’un point de vue politique

Un député est un élu du parlement qui contrôle le gouvernement et travaille pour le législatif. Il a comme tout citoyen le besoin de contre-pouvoir en dénonçant certaines failles du gouvernement. L’affaire du Samusocial à Bruxelles est un bon exemple car il a été dénoncé par des députés bruxellois. 

La liberté est mouvante à travers nos époques et ses différents régimes qui évoluent au gré des votes des électeurs, des crises telles qu’on le vit aujourd’hui avec la crise sanitaire (Covid 19) et des humeurs des électeurs. Cette évolution alimente le complotisme ainsi que les populismes au sein des états. Ce droit est constamment mis en danger et ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Tout de même, d’après Michel De Maegd, il est bien loti en Belgique car il est protégé par la loi qui a évolué au fil des années pour avoir un effet le plus optimal possible. 

Cette profession de politicien n’est tout de même pas à l’écart de certaines critiques. Certains partis comme les partis extrémistes mettent en danger cette liberté d’expression. Ainsi que quelques pays de l’union Européenne qui ne respectent pas le traité international de la convention de sauvegarde des droits de l’homme qui a été signé à Rome le 4 novembre 1950. La Hongrie ou la Pologne sont des exemples à ne pas suivre qui ne respectent pas ce traité. Des zones LGBT free font preuve de discrimination à l’encontre des homosexuels, des transgenres, des gays et des lesbiennes, tout ça au sein même de l’Union Européenne. Cependant, il est tout à fait autorisé de défendre ces idées tout en la respectant, ce que certains partis n’arrivent pas à faire. Ces groupements politiques abusent du pouvoir qu’ils ont pour faire régner leur opinion sans tenir compte de l’opinion des autres citoyens. 

D’après Michel De Maegd : « Je crains l’instrumentalisation de mes propos, j’ai peur que l’on ne prenne qu’une partie de phrase. ». C’est malheureusement le désavantage de notre génération, une génération basée sur des titres trompeurs, une génération qui ne vit que par les réseaux. Comme on le sait, les réseaux sociaux ne donnent pas souvent les bonnes informations. Les pièges aux clics est l’un des exemples les plus explicites. Des titres exclusivement destinés à attirer l’attention d’un maximum d’internautes. Une solution pour ce problème pourrait être d’inscrire la neutralité d’internet dans la loi et les règlements. Le 15 août 2016 le débat était sur la table de l’international Federation of Library Associations and Institutions (Ifla). 

Michel De Maegd
Ancien journaliste et actuel député fédéral
Photo prise pendant l’interview par Eugénie Cayphas, 1ère

D’un point de vue journalistique

Un journaliste est une personne qui recherche, écrit, vérifiant les informations afin de distribuer une information de manière pertinente. D’après Michel De Maegd : « Un bon journaliste est curieux, historien de la semaine, indépendant, se soucie de la vérité et ne tombe pas dans la facilité. »

Cette profession de journaliste demande beaucoup de neutralité et d’objectivité. Ces deux notions permettent aux journalistes de faire abstraction de leurs pensées, leurs émotions, leurs convictions pour faire en sorte de rédiger un article neutre des faits énoncés d’actualité ou passés. Il ne peut pas se permettre de sortir une information orientée politiquement, par exemple, sauf si le journal lui-même l’est. Toutefois, certaines situations plus délicates telles que des attentats, des massacres, leur permettent de mettre leur neutralité de côté. Ils restent humains, et comme tout autre citoyen, ils ont des sentiments et de l’empathie. Comme le philosophe britannique Hume déclarant que ces deux vertus permettent de fonder un jugement. Grace aux sentiments moraux, on va faire la distinction du bien et du mal. On observe les faits et, par empathie, l’idée que nous avons devient une impression, et c’est par cette impression que nous ressentons un sentiment et que nous élaborons un jugement moral. Ainsi les éditoriaux constituent des articles où ils donnent leur avis, font des commentaires,… 

Faisant partie aussi du contre-pouvoir, un chroniqueur a la capacité d’éclaircir les failles, les enquêtes, les faits de corruption en étant libres d’agir « en étant loyal » comme l’a annoncé Michel De Maegd pendant notre interview. Le journalisme a été défini comme « Quatrième pouvoir », opposition aux trois autres pouvoirs de l’état (le législatif, l’exécutif et le judiciaire). Pourtant, il n’a rien à voir avec eux. C’est là qu’on se rend compte du pouvoir qu’ont les journalistes, et aussi le danger que cela représente. C’est pour ces raisons que des lois et des règlements sont mis en place pour faire en sorte de ne pas abuser de cette « puissance ». La déontologie journalistique permet elle aussi d’éviter les excès en matière de médias. Aussi appelé Conseil de presse, il veille à ce que les journalistes respectent les règles établies par différents membres de cet organe.

La liberté d’expression n’est limitée que par la loi. La convention des droits de l’homme et la constitution le précisent. Certaines autres lois publiées dans le moniteur Belge telles que la constitution Belge Art. 19 et 25, sont aussi là pour l’encadrer. Les insultes, les diffamation, le racisme, la xénophobie… sont des exemples d’expression toute à fait interdites sous peine de sanctions. Mais Est-ce qu’elle sera un jour sans limites? La liberté d’expression suscitera-t-elle toujours autant de critiques? Disparaitra-t-elle un jour?

Pour en savoir +

Michel De Maegd n’est pas le seul journaliste a s’être redirigé vers le monde politique. Florence Reuter actuellement Bourgemestre de Waterloo et ancienne journaliste pour RTL-TVI. Ainsi que Siegfried Bracke, une ancienne figure emblématique de la VRT et actuel président de la Chambre des représentants en Belgique. Deux autres présentateurs de la RTBF Anne Delvaux et Olivier Maroy ont eux aussi quitté cette profession pour exercer des fonctions politiques.

Eugénie CAYPHAS
Je suis âgée de 19 ans. Je suis étudiante en 1e année de communication à l’ISFSC.

Webographie :

(1) Observatoire de la déontologie de l’information. Création du Conseil de déontologie journalistique et de médiation le 2 décembre. (consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.odi.media/les-articles/creation-conseil-de-deontologie-journalistique-de-mediation-2-decembre/

(2) Rédaction RTBF. Liberté d’expression : quelles sont les limites? Que dit la loi?. Dans : RTBF info. 15 janvier 2015 (mis à jour le 14 janvier 2015). (consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_liberte-d-expression-quelles-sont-les-limites-que-dit-la-loi?id=8722028

(3) MERCIER, Arnaud. Pourquoi une information ne sera jamais totalement objective. Dans La revue médiatique. 28 mars 2019 (mis à jour le 9 avril 2019). (consulté le 17 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://larevuedesmedias.ina.fr/pourquoi-une-information-ne-sera-jamais-totalement-objective

(4) FETTWEIS, Maxime. Ces célébrités belges qui se sont engagées en politique. 12 janvier 2018 (mis à jour le 13 janvier 2018). (Consulté le 18 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_oprah-winfrey-fera-t-elle-comme-ces-celebrites-belges-qui-se-sont-engagees-en-politique?id=9809527

(5) DAAM, Nadia. Les journalistes doivent-ils et peuvent-ils être objectifs ? 30 juillet 2019. Dans : France inter. (Consulté le 18 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://www.franceinter.fr/emissions/le-debat-de-midi/le-debat-de-midi-30-juillet-2019

(6) Déclaration universelle des droits de l’homme. Le 10 décembre 1948. Dans : ONU. (Consulté le 16 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/

(7) DE MAEGD, Michel. Le site de Miche De Maedg. 2020 (consulté le 28 novembre 2020 ). Disponible à l’adresse : https://micheldemaegd.be

(8) Euronews. Pologne : au coeur des « LGBT-free zones », porte ouverte au discrimination. 30 juillet 2020. (Consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://fr.euronews.com/2020/07/30/pologne-au-coeur-des-lgbt-free-zones-porte-ouverte-aux-discriminations

(9) AMNESTY INTERNATIONAL. Les limites de la liberté d’expression. 16 octobre 2016. (consulté le 18 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.amnesty.be/campagne/liberte-expression/liberte-expression/article/les-limites-a-la-liberte-d-expression

(10) CONSEIL DE L’EUROPE. Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentale telle qu’amendée par les Protocoles n° 11 et n° 14. Rome, 4.XI.1950. (Consulté le 18 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/rms/0900001680063776