La religion doit-elle passée avant la morale ?

De nombreux religieux font passés leurs croyances avant notre morale éthique. Sachant qu’une croyance peut être mal interprétée, elle peut dans certaines situations engendrer des comportements violents.

Description: Cette image illustre bien les textes sacrées dans les religions et les manières dont on peu faire usage de leurs mots.
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Dans l’état de l’Idaho vit une communauté religieuse composée d’environ 2500 personnes nommées « l’église des disciples du Christ ». Celle-ci a comme particularité de ne pas soigner leurs enfants lorsqu’ils tombent malades. Ils sont contre la médecine moderne, les médicaments et préfèrent prier en espérant les faire guérir… Résultat, un taux de mortalité infantile trente fois supérieur au reste du pays.

Des enfants qui auraient pu vivre.

Dans un cimetière de l’Idaho appartenant à l’église des disciples du Christ, 35% des tombes de 2002 à 2013 sont réservés aux mineurs ou aux bébés mort-nés.Morts en raison de la négligence de leurs parents, aveuglés par leurs croyances. Les causes de décès sont souvent des maladies pourtant curables: intoxications alimentaires, pneumonie, diabète, simples rhumes, infections.

Comme tous les enfants en bas âge, les leur contractent également des maladies courantes, et inévitablement meurent, s’ils ne sont pas pris en charge pour être soignés. Ils n’appellent jamais les secours et laissent leurs enfants mourir sous leurs yeux. Dans les autres Etats américains, cet acte de négligence est constitutif d’un meurtre condamnable par la loi. Le doyen de l’église de « Followers of Christ » dans l’Idaho a déclaré que sa communauté voyait la médecine et les médicaments comme des produits de Satan et qu’ils disposaient d’autres moyens pour guérir les maladies.

Comment peut-on laisser mourir ses enfants alors que la médecine moderne permet de les soigner ?

Ils pensent que leur communauté est sacrée, que sa création a été l’initiative de Dieu et qu’elle est maintenue en vie par le Saint-Esprit, que le seigneur est plus puissant que tout. Ils voient leurs propres enfants avant tout comme les enfants de Dieu et considèrent la mort comme un aboutissement de la vie terrestre pour accéder au paradis. Le destin de la vie ou de la mort est entièrement entre les mains de leur seigneur. Lorsqu’une personne est malade, verser de l’huile à l’endroit de la douleur, lui donner une gorgée de vin et enfin prier, est le seul remède administré.  Si cela ne fonctionne pas, la personne meurt.

Jean-Philippe Schreiber nous explique pourquoi La communauté les « Followers of Christ » n’est pas considérée comme une secte; JS : » Aux États-Unis, la liberté de religion est une garantie essentielle stipulée dans le deuxième amendement de la constitution. Il n’est pas d’usage d’utiliser la terminologie « secte ». Toutes les religions exercent librement leur culte ».

Voici un envoyé spéciale dans la communauté religieuse dans l’Etat de l’Idaho. Celle-ci pratiquent la guérison uniquement par la prière.

Des crimes autorisés

La loi suivante est promulguée au début des années 70 : « la pratique par un parent ou un tuteur de soigner son enfant uniquement par la prière ou des moyens spirituels, ne constitue pas une violation de la protection due à cet enfant ».

Contrairement aux autres Etats du pays, l’Idaho autorise cette loi au nom de la liberté religieuse. L’état voisin de L’Oregon a supprimé cette loi en 2011 et les parents responsables de la mort de leurs enfants, ont été condamnés pour meurtre.

Alors pourquoi cette loi n’est -elle pas abolie dans l’Idaho ?

Malgré les mouvements contestataires qui souhaitent voir cette loi abrogée, malgré la manifestation de 2017, au cours de laquelle des habitants de L’Idaho ont déposé 183 cercueils miniatures sur le capitole pour symboliser le nombre d’enfants décédés, le Sénat de l’Etat de l’Idaho, a défendu obstinément ces pratiques.

Le Sénateur Lee Heider a en effet, déclaré que « l’Idaho ne devrait pas retirer les droits constitutionnels d’une communauté au nom de la bonté, de l’exactitude, de la pertinence médicale ».

Donald Trump a signé un décret exécutif visant à renforcer la protection des minorités religieuses en Amérique. « Nous ne permettrons plus aux personnes qui veulent vivre leur foi, d’être ciblées, intimidées ou réduites au silence« , a-t-il déclaré.

Ce décret est toujours d’actualité et exonère de facto, la responsabilité des « disciples du Christ » à l’égard de leurs enfants.

La cause de cette violence : une interprétation littérale des textes sacrés.

La religion existe à travers ce que les hommes en font :  l’interprétation des textes sacrés, les recommandations des institutions et autorités religieuses ont un impact direct sur leur vie réelle. La religion est très puissante car les croyants vont trouver dans son interprétation une justification de leurs attitudes violentes. Chaque religion, à travers ses textes sacrés, comporte des versets avec des passages qui peuvent être interprétés comme un appel à la violence sortie de son contexte. Dans toutes les religions confondues, Dieu est l’amour et les croyants sont porteurs de ce message. Par exemple, dans la Bible « aimez-vous les uns les autres », dans le Coran 59.10« ne met dans nos cœurs aucune rancoeurs » .

Comme nous le disait Jean-Philippe Schreiber, la violence dans les religions serait due à une mauvaise interprétation de celle-ci

JS : » La violence qui est exercée au nom de la religion est « une » des interprétations qu’on peut faire de la religion parce qu’on peut trouver dans le texte de la Bible, coran, ou autre texte religieux, des épisodes extrêmement violents et trouver une justification à celle-ci ».

La perception de légitimité de ceux qui usent de la violence au nom de la religion

Ceux qui usent de la violence dans les religions ne considèrent pas cette violence comme gratuite : leurs intentions ne seraient pas mauvaises et leurs actes simplement guidés par Dieu. C’est un argument qui semble faible : La religion serait-elle instrumentalisée par l’homme pour justifier l’émergence de ses instincts les plus primaires ?

Comme nous le disait Jean-Philippe, il explique en quoi la religion pousse ces hommes à la violence

JS : « Tout est question d’interprétation. Pour les croyants qui usent de la violence, cette violence n’en est pas une ou est un outil nécessaire, un passage obligé pour une raison qui leur paraît juste, une violence légitime « .

Il explique également comment l’homme « transforme » cette religion pour en découler de la violence

JS :  » Ils ne la transforment pas, ils utilisent des sources dans les textes religieux, pour provoquer de la violence. Par exemple, quand j’ai étudié les discours djihadistes, j’ai pu constater que nous, occidentaux, avec les attentats que nous avons subi qui sont d’une violence barbare, on repousse cette violence et on ne la comprend pas. Mais pour ceux qui ont usé de cette violence, il s’agit pour eux d’une violence réparatrice, d’une guerre légitime qu’ils mènent. Elle ne leur semble pas barbare et irrationnelle, c’est une violence organisée. Aucun de ces actes ne constitue une violence gratuite aux yeux de ceux qui l’exercent, ils trouvent justification dans les textes sacrés pour rendre celle-ci légitime « .

Comment peut-on penser que porter préjudice à autrui, lui faire du mal, le tuer est une valeur de la religion, une manière d’accéder au paradis. Notre sens moral doit s’accorder avec les textes sacrés et ne pas prendre des passages au pied de la lettre. Nous restons avant tout des hommes et femmes libres et de ce fait nous nous devons par notre sens naturel, notre éthique de s’imprégner consciencieusement des écrits religieux.

Jean-Philippe nous montre d’autres aspects de violence dans la religion:

« Elle peut être moins brutale, plus sournoise. Dans certaines situations, on utilise la religion comme moyen de pression, on peut considérer que c’est une forme de violence, plus douce mais plus insidieuse et peut être plus fréquente que le terrorisme religieux. Par ex ; des femmes qu’on a empêché d’avorter durant la grossesse, ou bien injurier, maltraiter lorsqu’elles vont dans un hôpital qui pratique l’avortement. C’est une violence au nom de la religion mais d’une autre nature que la violence extrême« .

 Notre loi morale est essentielle pour comprendre la religion.  Aucun acte barbare ne doit être incriminé par la religion mais par l’homme et de ce qu’il en a fait. Dans beaucoup de cas la religion passe avant tout, alors notre loi morale doit-elle surplanter nos croyances religieuses?

Pour en savoir +

Article sur l’interprétation des religions : https://iqna.ir/fr/news/3464849/un-mauvaise-interpr%C3%A9tation-du-coran-%C3%A0-l%E2%80%99origine-de-nos-probl%C3%A8mes

Article sur la radicalisation des djiadistes : https://www.revuepolitique.be/jeunes-comment-ils-se-radicalisent/

Article sur le droit de soigner son enfant par la prière : https://www.unadfi.org/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/pratiques-hygienistes-et-traditionnelles/debat-autour-du-droit-de-soigner-les-enfants-par-la-priere/

Article sur les violence fondées dans la religion: https://news.un.org/fr/story/2019/08/1050041

Zoé Demeester, étudiante en 1ere commu à l’ISFSC. 19ans, habite à Bruxelles. j’aime la musique et les voyages.

Jeunes radicalisés, ils troquent l’école pour prendre les armes.

Depuis 2013 nous avons pu constater que la Belgique comptait le plus grand nombre de départs vers la Syrie. Ceux-ci seraient dû à des circonstances socio-économiques, familiales, d’intégration qui rendraient ces jeunes plus sensibles aux discours extrémistes et donc plus susceptibles de se radicaliser.

Les différentes idées qui engrainent les futurs jeunes radicaliser.
Auteur : Dsndrn-Videolar – Licence : https://pixabay.com/fr/service/license/ Libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise.

Des facteurs de radicalisations?

Quelles sont les raisons qui poussent ces jeunes à tout quitter pour prendre les armes?  La radicalisation islamiste en occident est un processus qui engage des facteurs en interaction. Chacun est composé d’un ensemble d’éléments en tension. Chaque élément pousse un peu plus la personne vers la radicalisation.

La construction identitaire chez les jeunes est importante, les individus convertis ont plus de mal à s’identifier, si les besoins de valorisation ne sont pas comblés par les parents, l’école, la société, ceux-ci chercheront un groupe d’appartenance. C’est dans ce contexte que les djihadistes recrutent leurs combattants. Aussi, le fait que le processus soit fait par internet et non pas par des institutions religieuses officielles rend la personne plus accessible, vulnérable.

D’un point de vue socio-économique, une grande partie des musulmans ressent de la discrimination, de la stigmatisation et des inégalités sur le marché du travail. Certains tournent le dos, rompent avec le système. Cette rupture constitue un facteur essentiel dans le processus de radicalisation.

Ce sont donc les jeunes stigmatisés, vulnérables que les organismes terroristes recrutent. Leur absence de cadre, d’objectifs, peut être remplacée par la promesse d’un combat qui a du sens, qui redonnera sens à leur vie.

Zoé Demeester