Être une femme dans l’espace public, ça fait quoi ?

Les femmes sont libres de circuler comme elles le souhaitent en Europe. Mais, elles ne se sentent pas toujours à leur place dans l’espace public. « C’est une société faite pour les hommes et par des hommes » témoigne Aurore Kesch. © Photo by David Marcu on Unsplash

Les femmes sont-elles réellement libres de circuler comme bon leur semble ? Ont-elles les mêmes libertés de circuler que les hommes ? Pour la présidente nationale de Vie Féminine : Aurore Kesch, la réponse est mitigée. Oui, la loi indique que les femmes peuvent sortir de chez elles sans qu’on le leur interdise. Mais non, elles ne se sentent pas à leur place dans l’espace public.

Selon une étude menée en 2019 par Pro Velo « Les femmes et le vélo dans les rues de Bruxelles » (1) . Les femmes roulent moins à vélo que les hommes. On y retrouve comme principales raisons, les tâches ménagères et familiales, le manque de confort et de sécurité. En effet, si le port d’une jupe est délicat lorsque les femmes prennent le vélo, elles ne se sentent pas non plus à leur place dans l’espace public.

55%, soit 102 millions, des femmes habitant dans l’Union Européenne ont vécu dès l’âge de 15 ans du harcèlement sexuel dans la rue. La France, la Suède, les Pays-bas , la Finlande et le Danemark sont considérés comme les pays avec le plus haut taux de harcèlement sexuel. La Belgique, quant à elle, ne se retrouve pas en tête de gondole mais se retrouve avec 60% de prévalence et 47% d’incidence. La majorité des incidents seraient commis à 71% par un homme. 21% par un groupe d’hommes et de femmes et 2% par des femmes. Indique l’étude menée par FRA en 2016. (2)

L’espace public, qu’est-ce que c’est ?

Si le sujet paraît simple à définir, il est plus compliqué que cela. L’espace public n’est pas seulement la rue, ce sont aussi les endroits fermés où la société peut se retrouver, ensemble pour débattre, discuter, échanger des idées, … .

Pour Aurore Kesch, l’espace public n’est pas neutre. La société parle de genre : hommes et femmes. Les femmes vivent au quotidien des dangers et des menaces (se faire suivre, se faire siffler, se faire agresser physiquement ou verbalement) qui leur sont spécifiques contrairement aux hommes. Les transports en commun à Bruxelles ne sont pas non plus bien équipés pour les responsabilités familiales.(3) Entre les détours pour arriver à un ascenseur et les trams pas assez spacieux pour les poussettes, cela rajoute des difficultés dans la vie de maman ou de papa. « Laisser ma fille rentrer seule à minuit à pied, est inconcevable » explique Aurore, car la menace et la peur sont présentes.

© Konibini News – Harcelée dans la rue, elle filme la scène pour montrer ce que les femmes vivent au quotidien.

Entre le confort des hommes et l’inconfort des femmes …

L’inconfort physique est aussi présent et sans que la population s’en rende forcément compte.

Le manspreading qui irrite la toile par excellence est une pratique qui est bien plus que visible ! L’origine de ce mot vient de man qui signifie homme et spreading, s’étaler. Dans la nouvelle BD : M’explique pas la vie mec ! de Rokhaya Diallo et Blachette, (4) on y retrouve ce genre de situation. Quand les hommes écartent leurs jambes d’une certaine façon et de manière naturelle, sans s’en rendre compte. Ce phénomène peut facilement agacer la gente féminine. En effet, une femme assise à côté d’un homme où ses genoux touchent les siens sans qu’il s’en rende compte. C’est agaçant. Cela peut, chez certaines, provoquer un sentiment d’étouffement. Chez l’homme, cela provoquera plus un sentiment de domination. Cette pratique est aussi utilisée chez les politiciens.(5) La loi interdisant le manspreading est d’ores-et-déjà applicable en Espagne, dans les transports publics. « Maintenant je ne me laisse plus faire, je le fais aussi. {…} Je ne vais pas bouger mes genoux, c’est de l’intimidation. » confie Aurore Kesch.

Sécurité et manque de clarté ne vont pas de pair, c’est bien connu. Les rues désertes, sans beaucoup d’éclairage ne font pas tellement rêvés. Pourquoi ? Parce que c’est dangereux ! C’est comme si vous prenez la voiture, de nuit, sans allumer vos phares en empruntant un chemin mal éclairé. C’est se jeter dans la gueule du loup. Alors oui, comme le dit si bien Grand Corps Malade et Suzane dans leur chanson : Pendant 24h : « J’irai marcher la nuit, je prendrai pas de Uber ».(6) Sauf que la réalité est légèrement plus différente. Pour que l’espace public soit adapté, il faudrait mettre aux endroits comme les gares et petits chemins quelques luminaires en plus.

Un des « petits trucs » des femmes quand elles se sentent en danger c’est le téléphone. © Photo by Sven Mieke on Unsplash

Contraintes, qui sont-elles ?

Les contraintes chez les femmes, il y en a et pas mal ! L’endroit, comment elles y arrivent, la manière dont elles vont s’habiller, se comporter, ce qu’elles doivent avoir sur elles, comment elles vont rentrer, qui elles doivent prévenir, … Elles sont préparées mentalement à sortir de chez elles. « Le poids mental, c’est le premier impact. Il faut le vouloir de sortir » confie Aurore Kesch. Certaines d’entre elles ont des stratégies d’évitement et « des arrangements avec leur conscience » explique-t-elle. Prendre un chemin un peu plus long est un exemple de stratégie d’évitement. Se dire que c’est parce qu’elle voulait voir cette statue ou passer par là est un arrangement avec sa conscience. La femme ne voulait pas spécialement prendre ce chemin plus long pour passer par ce petit pont. Elle évite juste une rue où elle se sent en danger. Un des « petits trucs » des femmes quand elles se sentent en danger c’est le téléphone. Sortir le téléphone, faire semblant ou être réellement en communication avec quelqu’un les rassure. C’est ce que les filles remarquent. Moins de risques éventuels ou en tout cas moins d’ennuis ou d’agressions si vous êtes au téléphone.

Des contraintes, il y en a. Des comportements à revoir, aussi. Un aménagement plus sécurisé et fait pour les deux sexes, les femmes en demandent. « Il faut que les mentalités changent. » confie Aurore Kesch. Même s’il y a des progrès, tout porte à croire qu’il y a encore du chemin à parcourir avant que les femmes ne se sentent, réellement, en sécurité dans les espaces publics.

A lire aussi : sac à main rime avec femmes, vous avez dit ?

Il existe des différences, ce n’est pas nouveau. Mais s’attarder sur de petits détails de la vie, oui. Sac à main encombrant ? Sac à main pratique ? Sac à main seulement pour la gente féminine ? Sac à main fourre-tout ? Sac à main minimaliste ? Autant de sacs à main différents pour chaque femme sur cette planète. N’avez-vous jamais remarqué que c’était les femmes les sauveuses de situation ? Pourtant, c’est bel et bien ce qu’affirme Aurore Kesch :  » Les hommes, n’ont rien, juste leur portefeuille qu’ils mettent dans leur poche arrière. Pas de maquillage, pas de mouchoir, pas les papiers pour tout le monde. {…} Chez le partenaire féminin, il y a cette idée de gestionnaire de bonne mère de famille.« 

Par exemple, si l’enfant a oublié un masque pour l’école, ce n’est pas grave, maman en a un dans son sac. Il dénonce aussi les diktats de beauté ; quelle femme n’a jamais emporté avec elle, son tube de rouge à lèvres ou de l’aspirine ?(7) Pas beaucoup. Le sac à main est encore trop peu utilisé chez les hommes car il se dit encombrant. Il l’est, en effet. Et pas assez viril. Pour la virilité, le monde de la mode a déjà commencé à réfléchir à des modèles un peu plus « hommes ». Il y a déjà du progrès avec la fameuse banane ou sacoche. Les femmes, contrairement aux hommes, ne sont donc pas tout à fait libres de leurs mouvements avec le téléphone dans une main, le sac dans l’autre.

Catherine DAMMANS

Âgée de 18 ans, je suis en 1ère année à l’ISFSC en communication et j’aime jouer sur les planches d’un théâtre.

En savoir plus ?

Le harcèlement de rue continue. Même en confinement. Si les femmes se pensaient plus en sécurité pendant cette période. C’est raté.

Après le manspreading, voici le mansplainning ! Cette façon qu’ont certains hommes à expliquer de manière paternaliste certaines choses à des femmes expertes sur le sujet. Pour en savoir plus, voici un article publié par ELLE.be : Le mansplaining expliqué par un homme.

Les femmes se battent aussi contre les diktats de beauté ! Le Barbiegirlchallenge est un challenge qui vient de l’application TikTok. Un challenge qui met en avant le féminisme. On y voit des jeunes filles et des femmes se rebeller contre ces diktats.

Webographie:

(1) ProVélo : Être femme et cycliste dans les rues de Bruxelles. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.provelo.org/fr/page/femmes-cycliste-bruxelles

(2) Garance asbl : Le harcèlement sexiste dans l’espace public. Analyse de la littérature scientifique. Rédigé en octobre 2016. {Consulté le 07 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : http://www.garance.be/docs/16HSEPrevuelitterature.pdf

(3) Elodie Blogie & Anne-Sophie Leurquin, Le Soir + : Les nouveaux modes de déplacement ne prennent pas assez en compte les réalités familiales. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://plus.lesoir.be/274477/article/2020-01-21/les-nouveaux-modes-de-deplacement-ne-prennent-pas-assez-en-compte-les-realites

(4) Audrey Vanbrabant, Rokhaya Diallo et Blachette déconstruisent le mansplaining avec humour. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_rokhaya-diallo-et-blachette-deconstruisent-le-mansplaining-avec-humour?id=10625942

(5) Quotidien (France), Zoom : aux origines du « manspreading ». {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/zoom-aux-origines-du-manspreading-34910310.html

(6) Grand Corps Malade & Suzane, Pendant 24h. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=eCAwpp1H_II

(7) Femmesdébordées.fr, Les indispensables de mon sac à main. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : http://femmesdebordees.fr/les-indispensables-de-mon-sac-a-main/

Comment les personnes de la communauté LGBTQI+ vivent-ils avec la discrimination quotidienne?

Il n’y a pas de recette miracle pour vivre avec la discrimination. C’est quelque chose qui se passe dans toutes les étapes d’une vie. Que ce soit au début à l’école, dans le premier job, dans la recherche d’un logement et dans pleins d’autres cas. Pourtant il y a quand même des ASBL qui sont là pour aider si vous êtes dans le besoin.

Est ce que vous avez déjà été victime de discrimination? Au moins une personne sur cinq de la communauté LGBTQI+ (Lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queer, et intersexes.) est confrontée à une forme de discrimination selon UNIA, l’institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination et défend l’égalité des chance. On retrouve cette forme de discrimination également dans le milieu professionnel, dans les rues, pour s’inscrire dans une activité sportif et ceci n’est rarement pris en considération. Il est temps d’en finir!

Photo par Teddy Österblom sur Unsplash

C’est un sujet que personne n’aimerait aborder mais ce n’est pas en fermant les yeux que cela va disparaître pour autant.

Il est important d’en parler car il s’agit d’une thématique qui touche presque tout le monde, tant les petits que les grands. Bien sûr, il existent ceux qui le vivent plus constamment que d’autres. En effet, pour savoir ce que la communauté LGBTQI+ vit plus exactement, je me suis renseignée auprès de Betel Mabille. Experte des questions liées aux discriminations, détenant un master en étude de genre et qui fait partie de cette communauté.

Zoom avec Betel Mabille © WALHA-OKINDO Kenza 2020

Un point de vue de l’intérieur.

Comme c’est très difficile et souvent impossible de se mettre à la place de l’autre, c’est toujours mieux d’avoir un point de vue interne.

Même s’il y a de nombreux classements qui montrent que la Belgique est dans le top 3 des pays en matière de droit et de liberté LGBTQI+, selon Betel Mabille ceci n’est assez. En outre, si la Belgique est avancée sur certaines lois par rapport à d’autres pays, il existe néanmoins toujours autant de discrimination dans les rues belges. D’après notre experte, le gouvernement devrait plus écouter les ASBL qui sont sur le terrain et d’autant plus sensibiliser la population pour qu’ils prennent conscience sur la situation.

« Les lois sont là mais ce n’est pas suffisant. »

Betel Mabille

Malgré que les lois existent, il n’y a pas d’évolution de la population dans le secteur des médias ou encore dans l’enseignement. Les enfants apprennent toujours que le cocon familial se compose d’un père et d’une mère alors que pour beaucoup de familles cela n’est pas leur situation à la maison.

« La Belgique a fait du travail assez superficiel en mettant les lois, mais elle ne creuse pas plus pour savoir comment les personnes se sentent ou comment cela se passe pour eux. » B.M

Car beaucoup de citoyens ne s’affichent pas ou cachent leur orientation sexuel pour ne pas faire face à un emploi décliné ou encore à un logement refusé.

« Le problème n’est pas les personnes qui se cachent mais qu’on soit dans une société ou on est obligé de se cacher pour avoir accès à des choses qui devraient être accessibles à tout le monde. »

Betel Mabille

Que faire?

Il n’y a pas vraiment de façon de réagir face aux discriminations. La réaction sera toujours différente vis-à-vis aux gens que vous allez rencontrer ou par rapport à votre âge et votre maturité.

« Vous pouvez bien sûr aller porter plainte mais cela serait une chose émotionnellement très difficile et lourde à faire surtout si la personne est seule ou isolée. » M.B.

Ce n’est surtout pas tout le monde qui a les mêmes possibilités de se plonger dans une procédure judiciaire qui serait coûteuse et qui durera pendant des années. En plus, très souvent les personnes ne se sentent pas à l’aise dans les postes de police car les policiers ne sont pas formés pour accueillir des personnes LGBTQI+.

Les personnes peuvent se tourner vers UNIA ou encore vers plusieurs ASBL, si ils ont besoin d’aide. Surtout dans ces temps difficiles avec le Covid-19, ou pleins de jeunes se font mettre à la rue par leur famille.

Revenons au début de l’histoire.

Il y a, 30 ans l’homosexualité a quitté la liste des maladies mentales mais pour certains cela le restera quand même. Tant que les personnes penseront comme ça c’est sûr que les discriminations ne baisseront pas.

Betel Mabille affirme que les discriminations sont dans notre société depuis des siècles, partant de ségrégation envers les différentes races ou envers la communauté LGBTQI+. C’est pour cela que ce sera difficile de faire changer l’avis de la population du jour au lendemain. C’est une chose qui traverse de génération en génération.

« Tout est ancré dans l’histoire. »

Betel Mabille

Pour que le taux de discrimination diminue il faudrait qu’on apprenne aux plus jeunes que d’être lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queer ou intersexes n’est pas une chose étrange ou mauvaise. Mais ceci sera très complexe à faire car pour cela on devrait changer toute l’éducation et on serait obligé de décortiquer chaque cours pour le changer et l’adapter à notre génération.

Le problème c’est que souvent les plus jeunes ne remarquent pas qu’ils font de la discrimination envers les personnes appartenant à la communauté LGBTQI+ car ils ont été éduqués de cette façon. De cause à effet ils vont transmettre les mêmes valeurs à leur enfants.

tweet : Moquerie de l’identité sexuel que certaines personnes pourraient avoir.

En conclusion, la discrimination est et sera là pour encore un certain temps. La communauté LGBTQI+ va devoir essayer d’apprendre à vivre ou même survivre dans une nation homophobe. Le seul fait de déjà exister est politique selon notre experte. Le point de vue de la population sur les orientations et/ou les identités sexuelles différentes changeront année après année.

Unia : Pour plus de données ou de statistiques sur les discriminations.

https://www.lescheff.be : Pour être en contact avec des ASBL

17 mai: Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie | Unia

WALHA-OKINDO Kenza

BAC1 en Commu à l’ISFSC 2020/21

Les belges sont-ils ouverts à la cause LGBTQIA+ ?

©Photo by Margaux Bellott on Unsplash

L’homosexualité a toujours été présente dans la société. Tantôt acceptée ou tantôt méprisée et condamnée, elle fait partie intégrante de notre histoire et son dur passé montre l’importance des combats menés encore aujourd’hui.

La Belgique top 5 du ILGA-Rainbow Europe 2020 pour la seconde année consécutive ! Si la Gay Pride de 2020 a été reportée et celle de 2021 reste encore dans le flou à cause du coronavirus, en revanche celle de 2019 a bien eu lieu et était plutôt impressionnante ! Alors que le thème de l’année 2019 était l’intersectionnalité, ce sont plus de 100.000 personnes qui étaient présentes à l’évènement(1). Un chiffre très encourageant qui tend à montrer que la société dans laquelle nous vivons évolue.

Pour Cyrille Prestianni[1], le terme intersectionnalité fait référence aux femmes lesbiennes noires aux Etats-Unis. Ces femmes qui en plus d’être discriminées pour être des femmes, le sont aussi pour leur couleur de peau et leur orientation sexuelle. Elles se retrouvent donc à l’intersection de plusieurs discriminations et c’est ce que la dernière Gay Pride a voulu mettre en avant pour éveiller les consciences.


[1] Président du conseil d’administration d’Arc-en-Ciel Wallonie

La Belgique est le 2ème pays le plus Gay Friendly d’Europe. L’ILGA Europe (Association Internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes) a sorti le 15 mai dernier son classement Rainbow annuel. Classement où la Belgique (73%) se voit octroyer la deuxième place juste derrière Malte (89%) et devant le Luxembourg (73%). Ce que l’association prend en compte pour établir son classement, ce sont les lois et les politiques mises en place dans 49 pays européens pour les personnes LGBTQIA+ en les évaluant de 0 à 100%(2).

Comme le dit Cyrille Prestianni (Président du conseil d’administration d’Arc-en-Ciel Wallonie[1]), « La Belgique à un des meilleurs arsenaux légaux du monde (LGBTGIA+) avec un cadre légal très progressiste ». Ce à quoi il ajoute : « Certes, il y a les lois mais après il y a la société et entre le moment où il y a une loi qui est promulguée et le moment où cette loi à des effets il y a parfois 20ans. ». Cela signifie qu’il ne suffit pas d’une loi pour qu’il y ait des changements dans la société.

[1] Associations d’entraide et de loisir tournées vers le public LGBT

BFMTV: « Le Pape François dit « oui » à une union civile pour les homosexuels. 22.10.2020

Le 21 octobre 2020 aussi, la communauté LGBTQIA+ a pu sentir un certain progrès mais cette fois du côté de l’Eglise catholique. Lors de la fête du cinéma de Rome, le documentaire « Francesco » réalisé par Evgeny Afineevsky montre la prise de position favorable du Pape François à l’union civile des couples homosexuels(3). Une première quand on repense à ce qu’ont dû endurer les personnes LGBTQIA+ depuis la montée du christianisme en Europe.

L’homosexualité est cependant toujours considérée comme un acte contre-nature 

Dans la Rome antique, la sexualité était plus libérée.  La notion d’« Homosexualité » n’existait pas mais c’était présent dans la société tout comme le mariage entre personnes de même sexe. Il est toutefois bien de mentionner que c’était réservé aux classes sociales les plus hautes et que les pratiques homéotiques étaient très codifiées socialement(4). Cependant, L’Empire Romain devient Chrétien en 390 et les libertés sur ce sujet s’anéantissent.

« L’arrivée du christianisme, dans le contexte romain, …, n’était pas tendre. Le contexte romain a entrainé à mener à l’émergence de toutes les homophobies en Europe et probablement en Afrique aussi. » déclare Cyrille Prestianni.

Dans la période sombre qu’est le Moyen Âge, l’homosexualité est vue comme un pêché et devient un crime punissable de la peine de mort dans de nombreux États européens. Le 18e siècle, néanmoins, voit une certaine liberté sexuelle dans les classes supérieures. Le « libertin efféminé et flamboyant »(5) apparaît et bien que certains comportements sexuels n’étaient pas acceptables, ils étaient au moins connus.

D’après monsieur Prestianni, au 19ème siècle, malheureusement, l’Angleterre va définir l’homosexualité et la condamner à la peine de mort. À cette période, beaucoup de lois se mettent en place pour lutter contre l’homosexualité hormis en France et en Belgique.  Une des raisons à cela est que l’Aide de camp (officier) de Napoléon était gay et qu’il a lutté contre l’idée de créer des lois homophobes. Ce qui n’empêchait pas la France et la Belgique d’utiliser d’autres moyens comme la décence ou la moralité pour justifier sa désapprobation vis-à-vis de l’homophilie.

Le sida a donné conscience au monde entier que la communauté LGBTQIA+ existait

Le 20ième siècle est un siècle de grande répression, l’exemple des triangles roses lors de la Seconde Guerre Mondiale le montre grandement. C’est à cette période plutôt dictatoriale qu’on va retrouver sous des noms comme Hitler ou Staline, des persécutions faisant partie des plus massives et systématiques.

Les années 60 et 80 vont être significatives pour la communauté LGBTQIA+. Le sida a servi à éveiller les esprits, la population a enfin pris conscience qu’il y avait une communauté LGBTQIA+ ce qui leur a permis d’obtenir un certains nombres de droits. Un autre évènement majeur à prit lieu en 1969 : les émeutes de Stonewall à New York. C’est alors que les descentes policières se faisaient de plus en plus nombreuses et violentes dans les bars malfamés de la ville que des personnes de la basse société ainsi que des homosexuels et des travestis se sont rejoint en ces lieux et ont manifestés durant plusieurs jours[1].


[1] D’après l’interview de Cyrille Prestianni

©Cyrille Prestianni brandissant le drapeau LGBTQIA+ lors de la Gay Pride à la rue de l’Etuve, Bruxelles.

« Les évènements de Stonewall furent une rupture en terme de compréhension : C’est la première fois que la communauté LGBT a été visible. » 

Cyrille Prestianni

Les marches pacifiques que sont les Pride, sont directement issues des émeutes de Stonewall et servent de piqûres de rappel.

Lors des anciennes Gay Pride, le public qu’on retrouvait sur place comptait des personnes directement touchées par le mouvement LGBTQIA+ mais aujourd‘hui on y retrouve une toute autre énergie. Les personnes présentes à l’évènement sont des membres de la famille aussi bien que des hétérosexuels qui sont là pour montrer leur soutien à la cause [1].

[1]D’après l’interview de Cyrille Prestianni

Et comme l’a exprimé le Président du conseil d’administration des maisons Arc-en-ciel (associations d’entraide et de loisir tournées vers le public LGBT) : « Quand 100.000 personnes marchent dans les rues, le gouvernement prend le droit en considération. »

Aujourd’hui, en Europe et surtout en Belgique, l’église catholique n’a plus de réel pouvoir de décisions et les combats les plus importants sont passés tels que le mariage ou l’adoption. La communauté LGBTQIA+, en revanche, est toujours victime de violences et de discriminations que ce soit au travail, dans la recherche de logement, à l’école ou dans le sport. Il ne faut donc pas penser avoir tout acquis car, comme le dit Cyrille Prestianni: «il reste encore du travail pour changer la société qui elle, est en totale inertie. »


Liens intéressants

La Fédération des Maisons Arc-en-Ciel : https://www.arcenciel-wallonie.be/ et les Maisons Arc-en-Ciel sont des associations d’entraide et de loisir tournées vers le public LGBTQIA+.

Il existe aujourd’hui des mouvements homosexuel d’origines catholique comme L’association « Devenir Un En Christ » (DUEC) : https://www.devenirunenchrist.net/.

Vidéos sur des sujets similaires

Il est possible sur la plateforme YouTube de trouver des vidéos et des chaînes traitant sur le même sujet ou des sujets voisins. Il est donc autant possible de se renseigner sur l’homosexualité chez les animaux: https://www.youtube.com/watch?v=WmwgmuhCoio&list=LL&index=20&ab_channel=LeMonde que sur l’homosexualité à une période précise de l’histoire comme au Moyen-Age: https://www.youtube.com/watch?v=8YU5gNNSEQ0&list=LL&index=21&ab_channel=L%27Histoirenousledira.

Le Monde : « Pourquoi les rapports homosexuels ne sont pas « contre-nature ». 09.03.2018.
L’Histoire nous le dira : « Homosexualité masculine au Moyen Âge « . 21.07.2020

©Anaëlle Deschepper 2020

Anaëlle DESCHEPPPER

Je suis en première année de communication à l’ISFSC. Mes passions sont la lecture, étudier les langues et découvrir toujours plus de nouvelles choses sur d’autres pays comme la musique, la culture ou de bons films et dramas à regarder.

Mes deux phrases favorites sont: « Soyez vous-même le changement que vous voulez voir dans le monde » et « L’espoir est la seule chose plus puissante que la peur ».

WEBOGRAPHIE

(1) Belga. Le Vif : « Plus de 100.000 personnes participent à la Pride Parade ». 18.05.2019. https://www.levif.be/actualite/belgique/plus-de-100-000-personnes-participent-a-la-pride-parade/article-news-1139961.html.

(2) ILGA EUROPE : « Rainbow Europe 2020 ». 14.05.2020. https://www.ilga-europe.org/rainboweurope/2020.

(3) Marie Slavicek. Le Monde : « Union civile pour les couples homosexuels: « le Pape dit « Oui » mais on reste des passagers clandestins au sein de l’Eglise ». 07.11.2020. https://www.lemonde.fr/international/article/2020/11/07/union-civile-pour-les-couples-homosexuels-le-pape-dit-oui-mais-on-reste-des-passagers-clandestins-au-sein-de-l-eglise_6058854_3210.html.

(4) ADHEOS : « Histoire LGBT ». http://www.adheos.org/histoire-de-l-homosexualite-gay-lgbt-antiquite-a-nos-jours.

(5) Blog: Gay.be : « Le mouvement gay en Belgique : origines et histoire… ». https://www.gay.be/blog/le-mouvement-gay-en-belgique-origines-et-histoire/#.


L’enseignant en danger : symbole d’une démocratie en péril

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On parle souvent du bien-être des élèves, à juste titre. Il est vrai que le rôle de l’éducation est, avant tout, de permettre leur épanouissement intellectuelle. Néanmoins, le rôle des enseignants semble aujourd’hui négligé. Beaucoup témoignent d’un abandon à leur égard de la part des politiques et certains le font savoir.

L’actualité récente a mis en lumière la crise actuelle qui opère dans le monde de l’enseignement. Le 16 octobre dernier, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un lycée de banlieue parisienne est décapité par un jeune islamiste pour avoir présenté à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet. Alors que certains s’indignaient et affichèrent leur soutien aux enseignants, d’autres avancèrent que ce dernier avaient provoqué son assassin. Dans ce contexte, il apparait que les enseignants se sentent de plus en plus abandonnés, et que les libertés dans l’exercice de leur métier régressent.

L’auto-censure au profit de la rentabilité ?

Nous le voyons autour de nous, le monde de la finance est omniprésent et omnipotent dans la société actuelle. Que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les clips musicaux ou lorsque l’on visionne un match de football, les individus ne peuvent éviter par la publicité.

Pour Laurent Berger, professeur de français dans l’enseignement secondaire supérieur à Bruxelles, la logique de marché issue du monde de la finance a pénétré l’univers de l’éducation. Il explique : «  Observons comment certains termes sont entrés dans la pédagogie et plus généralement à l’école: management, grilles d’évaluation, auto évaluation, tâches-problèmes, séquences pédagogiques, objectifs pédagogiques, évaluations externes, besoins particuliers, compétences minimales à atteindre. Ces expressions signalent le fait que l’on ne s’intéresse plus aux contenus que l’on voudrait transmettre, mais bien aux aspects techniques et pratiques qui visent à atteindre des résultats précis : Une rationalisation de l’acte d’enseigner, une administration de plus en plus présente dans le métier. »

Laurent ©Marc-Lerchs

« Aujourd’hui, l’école est pensé dans une logique marchande »

Laurent Berger remarque que les objectifs éducatifs ont changé : « Prenons conscience que les pressions pour que les jeunes soient insérés dans le monde de l’emploi sont de plus en plus fortes. La rédaction d’un bon CV devient ainsi la priorité sur la première page de l’Étranger de Camus. L’école devrait-elle être gérée comme une entreprise à l’écoute de ses clients et de leurs particularismes ? «  .

Des articles font part d’un ras le bol chez les enseignants qui font état d’un manque flagrant de financement de la part de l’état pour assurer les missions qu’on leur assigne.

Au Canada, des syndicats regroupant des milliers d’enseignants affirment que le réseau public est sous-financé. En Belgique, le réseau libre réclame 66 millions de plus par an.

De ce fait, les enseignants ont l’impression qu’on se soucie peu de leur sort. Laurent Berger poursuit :  » L’école est un espace public qui devrait être indépendant des particularismes idéologiques. Elle devrait être un temple qui autorise l’épanouissement de jeunes en formation. Elle n’accueille pas des individus fermés, définis une fois pour toute selon les critères de rentabilité. » Une intrusion de la religion dans l’espace éducatif qui explique la peur qu’ont certains enseignants lorsqu’ils veulent installer des débats d’idées, notamment sur la liberté d’expression. La direction va leur demander de ne pas remettre en question les croyances de l’étudiant afin d’éviter tout conflit qui entacherait la réputation de l’école. Nous pourrions comparer cela à une entreprise qui, par peur de perdre du chiffre d’affaire, va brosser ses clients dans le sens du poil afin d’éviter qu’ils ne s’en aillent.

D’après Laurent Berger, cette auto-censure est liée à la peur du conflit mais aussi à une idéologie très présente , l’égalitarisme, qui refuse, au nom de l’égalité, que l’on porte un jugement sur les différentes croyances dans nos sociétés : « L’éducation prépare un futur qui serait différent: elle ne devrait pas se limiter aux dogmes du présent, elle forme des êtres qui assumeront leurs choix, elle ne devrait pas répondre aux besoins actuels du marché ni aux croyances individuelles. « .

En effet, si la conception de liberté d’expression a été importante dans nos démocraties occidentales, elle n’est ni évidente, ni présente dans toutes les cultures. Il semble donc inapproprié de considérer que chacune d’elles peut évoluer dans une société démocratique sans jamais remettre certains de ses aspects en question.

Une école de plus en plus violente ?

Au delà de la cruauté dont a été victime Samuel Paty, on assiste à un phénomène d’augmentation des violences envers les enseignants.

En France, la Fédération des autonomes de solidarité laïque (FAS), un réseau militant assurant la protection des membres du personnel de l’Éducation nationale, a sorti un baromètre qui montre une augmentation significative des violences envers les enseignants. Ce travail a été réalisé  en se basant sur les 4 900 dossiers de protection juridique ouverts durant cette période.

Dans l’affaire Samuel Paty, par exemple, il ressort que l’assaillant a été mis au courant par 4 collégiens et un parent d’élève, Brahim Chnina, qui est à l’origine d’une campagne médiatique contre Samuel Paty.

Entre 2017 et 2018, il y a eu une augmentation de 7 % de ces violences. Dans 55 % des cas, le protagoniste est un parent d’élève ou responsable légal. A coté de ces chiffres, il existe aussi un certains nombre d’enseignant qui souffrent de burn-out ou de dépressions nerveuses. Cependant, il est difficile de quantifier ces cas car les personnes concernées refusent souvent d’en parler, par peur d’être culpabilisées. Le souhait de certains directeurs de ne pas vouloir salir la réputation de leur école est souvent à l’origine de ce manque de soutien.

Y a-t-il de l’espoir ?

Aujourd’hui plus que jamais, il apparaît nécessaire de reconsidérer la fonction de l’enseignant. De le voir non pas comme un simple prestataire de services, mais comme un passeur de savoir. Un savoir au service de l’esprit critique, la seule arme face à l’obscurantisme, pire ennemi de la démocratie.

Pour en savoir +

Concernant la « financiarisation de la connaissance » et les bouleversements structurels qui en résultent, laïcité dans l’enseignement et l’intégrisme religieux qui gagne du terrain.

(Léon D’Orazio, 2020) Léon D’Orazio. 22 ans. je suis étudiant en BAC1 communication à l’ISFSC. je m’intéresse aux thèmes de société.

webographie :

https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/la-violence-cest-le-lot-quotidien-des-enseignants

https://www.rtbf.be/auvio/detail_regard-sur-debat?id=2704057

https://www.lepoint.fr/societe/violences-contre-les-enseignants-les-chiffres-sont-alarmants-31-03-2019-2304876_23.php#

https://www.lepoint.fr/education/education-ca-fait-longtemps-que-les-collegues-n-etaient-pas-aussi-remontes-30-03-2019-2304805_3584.php

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/decapitation-de-samuel-paty-il-y-a-des-collegiens-que-rien-n-a-empeche-de-devenir-des-instruments-de-mort-20201113

https://www.francetvinfo.fr/societe/religion/religion-laicite/video-contestation-absenteisme-voire-proselytisme-comment-la-religion-modifie-le-comportement-de-certains-eleves_4203895.html

Libre de pratiquer? Mais à quelles conditions?

© Photo by Deb Dowd on Unsplash

Qu’est-ce qu’une liberté après tout ? Si on lance une recherche que cela soit sur internet ou même dans le dictionnaire, plusieurs définitions du mot « liberté » sont proposées, tout en passant par la liberté de pensée, la liberté de la presse ainsi que la liberté politique.

Un grand pilier d’une société démocratique est la liberté de pensée, de conscience et de religion. Cette liberté est consacrée à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’hommes mais aussi dans l’article 19 de la Constitution.

Une liberté interne de la religion est garantie. Ce qui veut dire que chaque personne a le droit d’être coyant ou non et de changer de religion ou de conviction philosophique. Mais aussi la liberté d’exprimer et de manifester, en privé et en public, une conviction religieuse ou philosophique.

Chaque individu a donc le droit de prier ou d’organiser des rites et cérémonies par exemple, dans la sphère domestique ou dans l’espace public. Il y a tout de même une restriction concernant l’organisation de cérémonies collectives dans les lieux ouverts (rue, place,…), en effet pour cela une autorisation des autorités est nécessaire pour des raisons de sécurité publique. Des lieux tels que des églises, des mosquées, des temples, ect sont mis à disposition des croyants afin qu’ils puissent pratiquer leur culte.

Décider de croire ou de ne pas croire

En Belgique c’est l’État qui finance, partiellement, les communautés religieuses reconnues, à savoir le catholicisme, le protestantisme, l’anglicanisme, le judaïsme, l’islam, l’orthodoxie et l’humanisme séculier. Dans le but d’être aussi reconnu, le bouddhisme suit un processus. Concernant les demandes pour l’hindouisme et l’Église orthodoxe syriaque celles-ci sont en attente. Le statut d’association à but non lucratif peut être donné aux différents groupes qui ne sont pas reconnus par l’État. Ainsi, les membres peuvent alors jouir de leurs droits à la liberté religieuse.

Les religions traditionnelles ne sont pas les seules à être protégées par la Cour européenne des droits de l’Hommes, les convictions philosophiques non religieuses et les religions minoritaires y ont droit. 

Un ensemble de règles permettant à des personnes de croyances et d’opinions différentes de vivre ensemble, voilà comment la laïcité est définie. Celle-ci repose sur des principes fondamentaux comme la séparation du pouvoir religieux et du pouvoir civil. La laïcité c’est aussi la neutralité de l’État, c’est-à-dire que l’État ainsi que ses fonctionnaires sont neutres face aux religions, aux philosophies,…

« La laïcité en deux mots » – Centre Laïque Enghien Silly – 2020

En Belgique, la laïcité est mise en place suite à un accord passé entre les partis catholiques et libéraux en ce qui concerne la place de la religion catholique au sein de l’État. Il y a alors une séparation, l’Église ne s’occupe plus des affaires de l’État et inversement. 

« Le terme de laïcité devrait plutôt être appliqué à quelque chose de politique, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat qui peut être au bénéfice de tout le monde, croyant ou incroyant »

Caroline Sagesser

C’est au 20ème siècle que la laïcité s’est organisée. Toutes les organisations philosophiques non religieuses du pays se sont regroupées, en 1972, au coeur du Conseil Central Laïque. C’est grâce à ce conseil que l’obtention du droit de recouvrir à la contraception, d’avorter, de se marier avec une personne du même sexe..

L’Etat reconnait alors la laïcité comme étant une organisation non confessionnelle fournissant une assistance morale à la population. Les laïques organisent des cérémonies; pour les naissances, le passage à l’âge adulte, les mariages ainsi que pour les funérailles. Mais pas que, la laïcité c’est aussi des Centres de Planning Familial, des rencontres interculturelles, etc

Des pratiques religieuses…mais pas pour la loi

Même si certains actes sont revendiqués comme étant des pratiques religieux par certaines personnes, en aucun cas un acte ne peut nuire à l’intégrité physique et psychique ou même exiger une relation sans consentement. Il est important de rappeler que cette liberté ne peut aller à l’inverse d’autres droits et le non-respect de ceux-ci peut provoquer de lourdes sanctions. 

L’expression « même si les actes sont revendiqués comme une pratique religieuse par certains » est importante car une mise en garde est placée contre tout lien abusif entre une religion ainsi que pour l’ensemble des croyants et des pratiques qui sont condamnées en Belgique comme par exemple les mutilations génitales,…

Un point sur l’enseignement

https://twitter.com/turntmuslim/status/1272128376275439616

Dans les écoles, cela va dépendre de plusieurs facteurs. Communauté française, néerlandophone ou germanophone ? Enseignement libre ou officiel. Quelles sont les différences?

Au sein des établissements publics, un enseignement religieux ou « moral » est dispensé en fonction de ce que les parents veulent pour leurs enfants. Dans l’enseignement public, la neutralité est exigée concernant la présentation des points de vue religieux et cela en dehors des cours de religion. L’ensemble des établissements publics en Belgique doit pouvoir fournir des leçons pour tous les groupes religieux ou toutes les croyances reconnus par l’État.

Les enseignants mais aussi les autres membres du personnel ont la liberté de manifester leur conviction religieuse ou philosophique. Mais il ne faut pas oublier que cela dépend de l’école dans laquelle ils travaillent.

Mêler religion et vie professionnelle

© Photo by ian dooley on Unsplash

Dans le milieu professionnel, dans une entreprise ou dans la fonction publique, toute personne est libre de pratiquer ses rites sur son lieu de travail, cependant obtenir des aménagements comme des horaires particuliers ou avoir un espace pour se recueillir requiert l’accord de direction. Cependant, beaucoup d’entreprises et d’administrations se montrent assez ouvertes à des « adaptations raisonnables » respectant les croyances de chacun.

En 2016 par exemple, la décision du Conseil d’État concernant le voile a été rendue. Il a été autorisé pour les professeures de religion musulmane de porter leur foulard à l’école, mais pas seulement. Il est aussi autorisé de le garder lors de l’activité en dehors de l’enseignement mais les écoles communautaires flamandes ont refusé l’application de la décision.

La liberté de religion, de pensée et de conscience représente un droit de l’homme capital. Le principe du respect de cette liberté peut être considéré comme une condition essentielle à une société démocratique.


Unia est un Centre, qui a été fondé en 1993, et qui a se bat pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme.

Il existe aujourd’hui plusieurs outils juridiques qui permettent d’encadrer la religion au travail qui est encore un sujet tabou.


Salma El Fayez

Etudiante en première année de communication à l’ISFSC.

Je suis une personne très créative et qui aime les choses nouvelles.

J’aime beaucoup la lecture et tout ce qui touche à la culture.

© Salma El Fayez, 2020

Liberté artistique : les nuances de la censure dans l’art

La censure dans l’art a été mise en place par les autorités. Que cela soit dans la politique ou dans la religion. La censure limite la liberté d’expression et la liberté de création des artistes. Qu’en est-il aujourd’hui, est-ce que les artistes sont libres de créer et exposer ce qu’ils veulent ?

Il y a trois ans, en 2017, le directeur d’un atelier d’art, à Bruxelles, a exposé une œuvre d’un artiste américain – à cause de cela, il a été convoqué par la zone de police ouest -. Un autre artiste belge a été censuré à Athènes. Il avait projeté une œuvre vidéo sur une façade – à la suite de cela, il a été dénoncé à la police par un prêtre orthodoxe. Les gens interprètent l’art de leur manière. Ce sujet de censure dans l’art, dans les films ou dans la musique, a toujours été complexe.

Censure dans l’art moderne et contemporain : la situation dans le monde

En Belgique, l’art moderne et l’art contemporain n’ont presque pas fait face à la censure. La liberté de presse vole la vedette à l’art. Avec cette crise sanitaire, le confinement et les restrictions, il n’y a presque pas eu des expositions d’art. La population était occupée à se cacher d’une maladie.

Néanmoins, un atelier a beaucoup fait parler de ses œuvres et son directeur est bien connu dans sa commune. Une photographie d’un artiste américain a été censurée. Ici, en Belgique, dans la commune de Jette. Cette œuvre fut exposée par L’Atelier 34zero Muzeum et son directeur n’a pas hésité à la défendre. Le directeur a donné son avis sur ce problème:  » les gens ne comprennent pas l’art. Mais ce n’est pas nous, en tant que directeurs d’un centre d’art contemporain, qui sommes responsables du niveau intellectuel et culturel de la société. Ce sont les politiques. »

Pour Clémentine Davin, anciennement historienne de l’art à l’Atelier 34zero Muzeum, coordinatrice d’une ASBL à Jette et critique d’art. J’ai eu l’opportunité d’avoir un entretien avec cette madame pour cet article. Cette dernière pense que :  » La censure n’est pas bonne et elle ne devrait pas exister. Ce n’est pas une bonne réponse. Il n’y a aucun intérêt. Si on censure des artistes, cela mettra que des éclairages sur leur travail ».

Une autre œuvre dans ce même atelier d’art a été censurée. L’œuvre de Pascal Bernier a dû être retirée suite aux protestations des Jettois. En vue de ne pas heurter la population, l’Atelier 340 organise des expositions à l’intérieur du lieu. Cette action pose la question sur la censure artistique et sur la liberté de création.

En Grèce, un artiste belge a été censuré à cause d’une œuvre projetant du nu. Comme pour le directeur de l’atelier 34zero Muzeum, il a été dénoncé par la police. Décidément, les Grecques sont encore dans la religion. Après s’être défendu, Kris Verdonck conclue : « Jamais je n’aurais pensé que ces images puissent choquer. Il semblerait que le pouvoir politique et religieux ne soient pas séparés en Grèce, mais ces images n’adoptent pas de point de vue politique ou religieux, mais interrogent sur la condition humaine« .

Lorsqu’un artiste est censuré à cause de son œuvre, c’est une violation à sa liberté de création. Voilà pourquoi, les artistes cubains manifestent. Un article de Cairn.info nous explique le début et la création de cette liberté.

« La liberté artistique n’est pas du tout méconnaissant des lois. La liberté d’imagination n’est pas une fuite dans l’irréel, elle n’est pas une évasion, elle est audace, invention. »

de Eugène Ionesco
TV5 Monde. L’art face à la censure. https://www.youtube.com/watch?v=9Mwn9RHzqso

L’historien Thomas Snégaroff revient sur les relations tumultueuses entre l’art et la censure.

Censure et Art : ennemis de longue date ?

La censure dans l’art ne date pas d’aujourd’hui. Dans un article d’Antidote, l’art a toujours fait face à la censure depuis le début.

 » La censure a été dans toutes les époques. C’est en fonction des mœurs » dit Clémentine Davin.

« À la renaissance, il est certes au service du pouvoir politique et du culte, mais dans les infimes variations de traitement des thèmes qui lui sont assignés, l’artiste devient potentiellement une voix discordante – et dès lors, censurable ».

Ingrid lucquet-Gad https://magazineantidote.com/art/quand-la-censure-veut-la-peau-de-l-art/

À l’époque, le peuple était rigoriste. Compte tenu de cela, divers artistes ont vu leurs travaux être boycottés.

1425 : Adam et Ève chassés de l’Éden est une fresque de Masaccio. Elle date du XVe siècle. Cette œuvre a été censurée à son époque parce que les personnages sont nus, le Christ y compris. L’œuvre est jugée blasphématoire.1

Adam et Ève chassés de l’Éden, Masaccio, 1425.

1866 : L’Origine du monde est une peinture de Gustave Courbet. À son époque, elle a fait scandale, car elle représente le pubis d’une femme. La description anatomique du sexe féminin. Aujourd’hui encore, cet artiste fait parler de lui. France culture retrace les 150 ans de scandale de cette œuvre.2

L’Origine du monde, Gustave Coubert, 1866. « L’Origine du monde », éternel objet de scandale | Franceinfo INA

2017 : Thérèse Rêvant est une peinture de Balthus. Elle date de 1938. Mais cette dernière a fait polémique au vingtième siècle à cause de l’image qu’elle représente. Une petite fille en culotte. L’insouciance infantile ou perversion ? Une pétition a été faite et elle a récolté 10 000 signatures pour faire retirer le tableau dans le Metropolitain Museum of Art de New York.3

Thérèse Rêvant, Balthus, 1938.

Censure sur les réseaux sociaux

Le réseau social Facebook avait censuré, en 2018,  » la Descente de croix » de Pierre Paul Rubens. Avant cela, Facebook avait déjà interdit une publication d’un artiste danois. Il avait publié un tableau de Gustave Courbet.4 Qui l’eût cru ? Il est vrai que les conditions et les règlements de l’application de Mark Zuckerberg sont stricts sur la publication de certains contenus. Clémentine Davin donne son propre avis sur ce sujet. Selon elle :  » Je suis contre la censure sur les réseaux sociaux. Il n’y a aucun intérêt à faire cela. Au contraire, si on censure, les gens vont par nature y porter beaucoup plus d’intérêt ».

Un autre sujet qui a fait polémique est l’exclusion de la chanteuse Rihanna d’Intagram en 2014. Elle avait posté une photo très dénudée pour le magazine lui. Alors que d’autres célébrités, comme Kim Kardashian n’ont jamais eu de souci. Il est difficile de croire qu’un réseau social ne sache pas faire la différence entre nu pornographique et nu artistique. Visiblement, personne n’est immunisé.

https://www.facebook.com/toerismevla/photos/a.309273032503263/1777695952327623/

Certaines œuvres d’art choquent, mais il faut se poser une question. Pourquoi cela nous choque ? Avec la modernité et l’évolution des mentalités, les artistes pourront, peut-être un jour, créer sans se faire censurer.


Le site de l’UNESCO donne plus d’explication sur la liberté artistique et montre plusieurs images.

Le livre de Thomas Schlesser retrace la censure dans toutes les époques.

N’sa Mputu Mpuma sourhya

Je suis âgée de 23 ans. Je suis étudiante en première année de communication à l’ISFSC. J’aime voyager, lire et faire des nouvelles rencontres.

Webographie

(1) Pas d’auteur. Adam et Ève chassés de l’Éden. Consulté le 19 décembre 2020. https://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/masaccio/brancacci01expulsion.htm

(2) Le Monde avec AFP. Le visa de  » l’Origine du monde » de Gustave Courbet dévoilé. Publié le 25 septembre 2018. https://www.lemonde.fr/culture/article/2018/09/25/le-mystere-de-l-identite-du-modele-de-l-origine-du-monde-devoile_5359910_3246.html

(3) Fleur Burlet. A New York, une pétition s’élève contre un tableau de Balthus érotisant une très jeune fille. publié le 8 décembre 2017. https://www.lesinrocks.com/2017/12/08/style/style/new-york-une-petition-seleve-contre-un-tableau-de-balthus-erotisant-une-tres-jeune-fille/

(4) AFP.  » L’Origine du monde » de Courbet interdit de Facebook pour cause de nudité. Publié le 16 février 2011. https://www.lalibre.be/international/l-origine-du-monde-de-courbet-interdit-de-facebook-pour-cause-de-nudite-51b8ce13e4b0de6db9bffa7e

Patrimoine culturel: conséquences de la crise sanitaire sur le secteur

Musées fermés. Sites archéologiques et culturels inaccessibles au public. L’impact final est encore inconnu. Mais des problèmes sont déjà observables.

Selon un rapport de l'Unesco, la demande pour des objets d'arts tels que des mosaïques, des statues, statuettes, jarres,... a augmenté sur le marché illégal du trafic d'art. Ces objets sont vendus sur des sites ne contrôlant pas leur origine.
Selon un rapport de l’Unesco, la demande pour des objets d’arts tels que des mosaïques, des statues, statuettes, jarres,… a augmenté sur le marché illégal du trafic d’art. Ces objets sont vendus sur des sites ne contrôlant pas leur origine. Licence: Image par canforaalessio de Pixabay . Libre pour usage commercial.

En mai dernier, 95% des musées dans le monde étaient fermés en raison de la pandémie. Selon un rapport de l’Unesco, 13% d’entre eux risquent de ne jamais rouvrir leurs portes. Des fouilles archéologiques ont également été suspendues.

50 ans de lutte, toujours d’actualité

Au mois de mai dernier, Europol a rapporté le vol de 19 OOO objets d’art. Ceux-ci ont été saisis lors d’une opération de trafic international illicite à l’aéroport espagnol de Barajas.3

Depuis le début de la pandémie, la diminution de surveillance des sites archéologiques et des musées a engendré une augmentation des fouilles illégales et du trafic d’objets d’art. En particulier dans les pays en conflit ou post-conflit.

Pour rappel, le trafic de biens culturels et antiques se trouve au 3e rang des commerces illicites mondiaux. Juste après la vente de drogues et d’armes.

Cette vidéo illustre l’enjeu du trafic de biens culturels.

Aujourd’hui, 50 ans après la Convention de l’Unesco sur le trafic illicite des biens culturels, Ernesto Ottone Ramírez, sous-Directeur général de l’UNESCO pour la culture, explique dans un éditorial publié en avril dernier, que le défi actuel est de gérer le trafic en ligne, le manque de sanction et la vulnérabilité de certains sites. Selon lui, une mobilisation internationale est nécessaire afin de régler ces problèmes.

Le sexisme s’attaque aussi aux hommes

Les problématiques liées aux femmes sont de plus en plus mises en lumière, ces dernières étant la plupart du temps les victimes du sexisme ordinaire. Mais qu’en est-il du vécu des hommes ?

« Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Il s’agit de tout foutre en l’air », proclame Virginie Despentes.

Le congé paternité est un exemple important de cette inégalité. Mais cela change. En effet, la durée de ces congés passera de 10 à 15 jours dès le 1er janvier 2021 et à 20 jours en 2023. Pierre-Yves Dermagne, ministre de l’Economie, a annoncé en novembre dernier « C’est une mesure symbolique et concrète pour l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Une pression vicieuse

Le sexisme se dissimule également parmi des stéréotypes bien ancrés. Le média AOILP nous expose plusieurs témoignages d’hommes en vidéo. Ils expriment des exemples de clichés connus : « un homme ne pleure jamais », « un homme ne doit avoir peur de rien », « un homme est censé être plus fort qu’une femme », sans compter la pression de la galanterie masculine. Par ces témoignages, ces hommes dénoncent les codes masculins que la société leur impose. L’un d’eux définit la virilité comme un rôle à jouer, « je pense que ça peut être un peu lourd à porter pour beaucoup de mecs, voire toxique, car ce n’est pas la réalité », conclut-il.

Le Robert définit le féminisme comme « une doctrine qui préconise l’égalité entre l’homme et la femme ». Cependant, ce terme est parfois encore perçu comme un combat des femmes contre les hommes. ©galasse_creations

Le profilage ethnique, entre liberté et légalité

Dans le contexte actuel de lutte contre les discriminations raciales venue des États-Unis mais tout aussi prégnant en France et en Belgique, on est amené à se poser de plus en plus de questions à ce sujet. Après le lancement de la campagne « Pas normal » contre le profilage ethnique crée par 7 associations en juin dernier, les partis Groen et Ecolo proposent eux aussi du changement vers plus de transparence dans le fonctionnement de la police…

En Belgique, selon Unia (le service public indépendant de lutte contre la discrimination et de promotion de l’égalité des chances) le profilage ethnique existe lors des contrôles de police mais reste très difficile à prouver faute d’analyses objectives et documentées. Pour répondre à cela, Groen et Écolo proposent en octobre dernier aux six conseils de police bruxellois l’enregistrement des profils lors des contrôles d’identités. La police répond en évoquant une augmentation de la charge administrative. A cela Pierre-Arnaud Perrouty, président de la LDH (Ligue des droits humains) rétorque avec l’exemple des Royaumes-Unis qui, pour lutter contre les contrôles systématiques des mêmes personnes, aujourd’hui gagne du temps grâce à la mise en place d’enregistrements systématiques. Il pense également que l’enregistrement des contrôles permettrait d’avoir de la part des policiers un récépissé pour chaque contrôle et ainsi documenter le fait que certaines catégories de la population sont plus fréquemment contrôler que d’autres.

Cette proposition n’est pas la seule initiative lancée pour tenter de lutter contre ce genre de pratiques de la part des forces de l’ordre. Les associations Amnesty International, la Ligue des Droits Humains et son homologue la Liga voor mensenrechten, Uit de Marge, JES Brussel, le MRAX et le Minderhedenforum ont lancé la campagne « Pas Normal – Stop au profilage ethnique ». Cette campagne a pour but d’ouvrir les yeux sur ce phénomène et combattre les discriminations dont sont victimes les personnes qui ne sont pas contrôlés pour ce qu’elles font mais pour ce qu’elles sont. 

Témoignage sur le profilage ethnique, utilisé par la campagne « PAS NORMAL – Stop au profilage ethnique » publié le 10 juin 2020

Pas de preuve, pas de justice

Mathieu Beys, enseignant dans la faculté de droit et criminologie à l’ULB et membre de la Ligue des droits humains, observe que dans de nombreux cas d’abus et dans des situations de violence physique commis par la police, il n’y a pas de suite, ni de la part de la justice, ni de la hiérarchie sur les sanctions disciplinaire. Il affirme : «  Dans certaines situations ça peut aboutir au fait que des abus ou des attitudes discriminatoire perdurent, car non seulement il y a des individus policiers qui dérapent, mais surtout leurs responsables, leur hiérarchie, la justice et les mandataires politiques qui les contrôlent , ne réagissent pas d’une manière ferme quand il y a des abus. » 

Un rapport de la Ligue des droits humains Police Watch publié en juin 2020, déclare avoir reçu 107 témoignages validés uniquement à Bruxelles et en Wallonie. Parmi ces témoignages, 67 étaient liés à des faits de profilage discriminatoire. Le rapport Police Watch précise que plusieurs études ont mis en avant que de nombreuses personnes ne portent pas plaintes pour diverses raisons dont la résignation, la méconnaissance des structures et procédures, le coût des procédures, la lenteur et la complexité de celles-ci.

© Gladys Ngoga 2020

Les analyses de ces témoignages rapportent des coups, des insultes, des fouilles non justifiés, et bien d’autres faits de violences tant physiques que mentales. De plus, le rapport insiste sur le fait qu’un nombre significatif de personnes ne considèrent pas les insultes et les contrôles abusifs comme des motifs suffisants de témoignage car ils sont trop courants pour être systématiquement dénoncés. 

Le profilage ethnique, une violation de la loi

Le saviez-vous? La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance défini le profilage ethnique comme « l’utilisation par la police, sans justification objective et raisonnable, de motifs tels que la race, la couleur, la langue, la religion, la nationalité ou l’origine nationale ou ethnique dans des activités de contrôle, de surveillance ou d’investigation » (1). 

Selon la loi belge, les contrôles de polices aléatoires et non justifiés sont interdits. En effet, pour pouvoir vous contrôler, les agents de police doivent vous avoir vu commettre une infraction, et pour vous fouiller, il leur faut un motif valable de croire que vous portez une arme ou un objet dangereux pour l’ordre public.(2)

Pour Alexis Deswaef, avocat, ancien président de la Ligue des droits de l’homme et vice président de la FIDH ( Fédération internationale pour les droits humains),  » le profilage ethnique n’est pas une liberté que la police s’octroie, je pense que c’est une illégalité qu’ils commettent. Le profilage ethnique est illégal. Le profilage ethnique comme on a pu l’observer cet été, a même été assumé par le Commissaire en chef de Blankenberge qui déclarait : « Nous regardons qui quittent le train. Si nous constatons qu’il y a des jeunes avec le même profil que les « amoks » de samedi, nous les arrêterons« .  Il décrit ici le profilage ethnique, sans même le déguiser. » Le terme « Amok » fait référence à une rage meurtrière incontrôlable, employé en psychiatrie et ici de manière clairement raciste envers les jeunes bruxellois cet été.

Tweet du Député fédéral Gilles Vanden Burre (Ecolo)

La formation des policiers en question

Selon une enquête menée par Amnesty International, des chefs de corps, des fonctionnaires de polices et des inspecteurs ont déclaré éprouver des difficultés à ne pas faire de profilage ethnique car les descriptions physiques des suspects sont toujours très vagues. Cette enquête a mis en évidence le fait que les responsables de police laissent les fonctionnaires de police sans formation, supervision ou outils pour s’occuper de la prévention du profilage discriminatoire.  Un chef de corps aurait déclaré pour cette enquête : « Le profilage ethnique existe, c’est sûr, souvent plus qu’on ne le croit ou de manière plus inconsciente. »

Une enquête du magazine Imagine Demain le monde sur le désamour et la défiance entre la police et les citoyens fait référence à la formation de la police où seul 32h à l’académie sont consacré aux phénomènes sociaux et sur l’attitude professionnelle à avoir quant au racisme, discriminations et préjugés. (3)

Selon Mathieu Beys pour une meilleure entente entre la police et les citoyens il y a plusieurs solutions, il évoque notamment celle-ci :  » Il faudrait que les policiers aient des instructions claires sur ce qu’ils peuvent faire et ne pas faire. Il faudrait que les responsables mettent en place une culture où il serait normal d’expliquer ce que les policiers font. C’est particulièrement important car aujourd’hui la loi n’oblige pas les policiers à expliquer la raison pour laquelle ils contrôlent l’identité des personnes. Cela pourrait éviter aux gens de se sentir stigmatiser.  »

L’article premier de la loi sur la fonction de police rappelle ainsi :  » les services de police veillent au respect et contribuent à la protection des libertés et des droits individuels, ainsi qu’au développement démocratique de la société.« (4) Pour Alexis Deswaef il est difficile de penser qu’il s’agit d’une réalité car dans les faits il y a une méfiance du coté de la police et du coté de la population. La confiance est brisé par les sentiments d’injustices. Il explique : « La méfiance de la part des gens envers la police, et inversement, crée un cercle vicieux. Or dans une démocratie, le bon fonctionnement du maintien de l’ordre public repose sur cette confiance que nous sommes en droit d’avoir dans la police. Si il y avait de la confiance nous aurions un cercle vertueux. »


Pour en savoir plus :

  • Manuel juridique et pratique  » Quels droits face à la police ?  » de Mathieu Beys
  • https://obspol.be pour l’observatoire des violences policières en Belgique
  • https://www.liguedh.be
  • Information sur d’autres violences policières
Gladys Ngoga
Etudiante en première année de communication à l'ISFSC
Passionnée d'art sous toutes ces formes, j'ai longtemps pratiqué le théâtre.

Je n’ai pas le privilège de ne pas m’intéresser à la politique car les décisions prises par rapport au racisme, au sexisme, aux violences policières, ont une impact direct ma vie.

(1)Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), recommandation de politique générale n°11 sur la lutte contre le racisme et la discrimination raciale dans les activités de la police, adoptée le 29 juin 2007.[Consulté le 1 décembre 2020] ,Disponible à l’adresse :  https://rm.coe.int/recommandation-de-politique-generale-n-11-de-l-ecri-sur-la-lutte-contr/16808b5ae0

(2)Art. 34.§ 1. Les fonctionnaires de police contrôlent l’identité de toute personne qui est privée de sa liberté ou qui a commis [ un fait passible d’une sanction administrative ou pénale] 5 AOUT 1992. – Loi sur la fonction de police ,mise à jour au 14-08-2020 [Consulté le 17 décembre 2020] Disponible à l’adresse : https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/loi_a1.pl?language=fr&la=F&table_name=loi&cn=1992080552&&caller=list&F&fromtab=loi&tri=dd+AS+RANK&rech=1&numero=1&sql=(text+contains+(%27%27))#Art.33septies

(3) FRERES, Sarah et DORZEE, Hugues Désamour et défiance entre police et citoyens. Magazine Imagine Demain le monde Slow press. Septembre-octobre 2020, n°140, p.44-61.

(4) Loi sur la fonction de police du 5 août 1992 , mise à jour le 14 août 2020. Intérieur fonction publique justice.[Consulté le 20 décembre] Disponible à l’adresse : http://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=fr&la=F&cn=1992080552&table_name=loi

La technologie n’oublie jamais.

Google n’est pas dans l’obligation de faire des déréférencements à portée mondiale. Alors, qui sont les concernés ?

Le droit à l’oubli numérique fait partie du contexte sociétal actuel. A cheval entre la propriété privée et la liberté d’information, nos informations circulant librement sur le web peuvent se voir déréférencées par Google, mais pas n’importe où. Les règles ont changé.

Le 24 septembre 2019 se concluait un procès opposant la société Google à la CNIL française à la cour de justice de l’U.E. Le sujet portait sur une limitation du déréférencement à l’Europe et non au reste du monde. La jurisprudence européenne a transmis dans un communiqué que le géant n’a pas d’obligation de faire un déréférencement à portée mondiale mais est obligé de le faire dans tout le continent. Et va l’officialiser dans un arrêt. Ainsi, tous les pays de l’Europe sont concernés. Mais attention, la jurisprudence n’interdit pas un déréférencement de portée mondiale. Elle peut le faire sur demande.

Avec les questions préjudicielles, les juridictions nationales peuvent poser des questions sur l’interprétation du droit de l’Union Européenne ou la validité de la jurisprudence de la cour. Cédric Puisney CC BY 2.0 via Flickr

Qu’en est-il des VPN ?

Aujourd’hui, de nouvelles technologies font leurs preuves tous les jours. Et celle, entre autres, des VPN. Ce dernier est, en résumant, un réseau privé virtuel, et va permettre d’accéder à des réseaux étrangers. Mais il est évident que cette technologie pourrait facilement dépasser cette législation. Et nous permettra de regarder des informations déréférencées en Europe, grâce à un VPN simulant une activité hors Europe.

Les juridictions ayant un temps de retard sur les technologies, ne faudrait-il pas revoir le système du droit à l’oubli ?