Le profilage ethnique, entre liberté et légalité

Dans le contexte actuel de lutte contre les discriminations raciales venue des États-Unis mais tout aussi prégnant en France et en Belgique, on est amené à se poser de plus en plus de questions à ce sujet. Après le lancement de la campagne « Pas normal » contre le profilage ethnique crée par 7 associations en juin dernier, les partis Groen et Ecolo proposent eux aussi du changement vers plus de transparence dans le fonctionnement de la police…

En Belgique, selon Unia (le service public indépendant de lutte contre la discrimination et de promotion de l’égalité des chances) le profilage ethnique existe lors des contrôles de police mais reste très difficile à prouver faute d’analyses objectives et documentées. Pour répondre à cela, Groen et Écolo proposent en octobre dernier aux six conseils de police bruxellois l’enregistrement des profils lors des contrôles d’identités. La police répond en évoquant une augmentation de la charge administrative. A cela Pierre-Arnaud Perrouty, président de la LDH (Ligue des droits humains) rétorque avec l’exemple des Royaumes-Unis qui, pour lutter contre les contrôles systématiques des mêmes personnes, aujourd’hui gagne du temps grâce à la mise en place d’enregistrements systématiques. Il pense également que l’enregistrement des contrôles permettrait d’avoir de la part des policiers un récépissé pour chaque contrôle et ainsi documenter le fait que certaines catégories de la population sont plus fréquemment contrôler que d’autres.

Cette proposition n’est pas la seule initiative lancée pour tenter de lutter contre ce genre de pratiques de la part des forces de l’ordre. Les associations Amnesty International, la Ligue des Droits Humains et son homologue la Liga voor mensenrechten, Uit de Marge, JES Brussel, le MRAX et le Minderhedenforum ont lancé la campagne « Pas Normal – Stop au profilage ethnique ». Cette campagne a pour but d’ouvrir les yeux sur ce phénomène et combattre les discriminations dont sont victimes les personnes qui ne sont pas contrôlés pour ce qu’elles font mais pour ce qu’elles sont. 

Témoignage sur le profilage ethnique, utilisé par la campagne « PAS NORMAL – Stop au profilage ethnique » publié le 10 juin 2020

Pas de preuve, pas de justice

Mathieu Beys, enseignant dans la faculté de droit et criminologie à l’ULB et membre de la Ligue des droits humains, observe que dans de nombreux cas d’abus et dans des situations de violence physique commis par la police, il n’y a pas de suite, ni de la part de la justice, ni de la hiérarchie sur les sanctions disciplinaire. Il affirme : «  Dans certaines situations ça peut aboutir au fait que des abus ou des attitudes discriminatoire perdurent, car non seulement il y a des individus policiers qui dérapent, mais surtout leurs responsables, leur hiérarchie, la justice et les mandataires politiques qui les contrôlent , ne réagissent pas d’une manière ferme quand il y a des abus. » 

Un rapport de la Ligue des droits humains Police Watch publié en juin 2020, déclare avoir reçu 107 témoignages validés uniquement à Bruxelles et en Wallonie. Parmi ces témoignages, 67 étaient liés à des faits de profilage discriminatoire. Le rapport Police Watch précise que plusieurs études ont mis en avant que de nombreuses personnes ne portent pas plaintes pour diverses raisons dont la résignation, la méconnaissance des structures et procédures, le coût des procédures, la lenteur et la complexité de celles-ci.

© Gladys Ngoga 2020

Les analyses de ces témoignages rapportent des coups, des insultes, des fouilles non justifiés, et bien d’autres faits de violences tant physiques que mentales. De plus, le rapport insiste sur le fait qu’un nombre significatif de personnes ne considèrent pas les insultes et les contrôles abusifs comme des motifs suffisants de témoignage car ils sont trop courants pour être systématiquement dénoncés. 

Le profilage ethnique, une violation de la loi

Le saviez-vous? La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance défini le profilage ethnique comme « l’utilisation par la police, sans justification objective et raisonnable, de motifs tels que la race, la couleur, la langue, la religion, la nationalité ou l’origine nationale ou ethnique dans des activités de contrôle, de surveillance ou d’investigation » (1). 

Selon la loi belge, les contrôles de polices aléatoires et non justifiés sont interdits. En effet, pour pouvoir vous contrôler, les agents de police doivent vous avoir vu commettre une infraction, et pour vous fouiller, il leur faut un motif valable de croire que vous portez une arme ou un objet dangereux pour l’ordre public.(2)

Pour Alexis Deswaef, avocat, ancien président de la Ligue des droits de l’homme et vice président de la FIDH ( Fédération internationale pour les droits humains),  » le profilage ethnique n’est pas une liberté que la police s’octroie, je pense que c’est une illégalité qu’ils commettent. Le profilage ethnique est illégal. Le profilage ethnique comme on a pu l’observer cet été, a même été assumé par le Commissaire en chef de Blankenberge qui déclarait : « Nous regardons qui quittent le train. Si nous constatons qu’il y a des jeunes avec le même profil que les « amoks » de samedi, nous les arrêterons« .  Il décrit ici le profilage ethnique, sans même le déguiser. » Le terme « Amok » fait référence à une rage meurtrière incontrôlable, employé en psychiatrie et ici de manière clairement raciste envers les jeunes bruxellois cet été.

Tweet du Député fédéral Gilles Vanden Burre (Ecolo)

La formation des policiers en question

Selon une enquête menée par Amnesty International, des chefs de corps, des fonctionnaires de polices et des inspecteurs ont déclaré éprouver des difficultés à ne pas faire de profilage ethnique car les descriptions physiques des suspects sont toujours très vagues. Cette enquête a mis en évidence le fait que les responsables de police laissent les fonctionnaires de police sans formation, supervision ou outils pour s’occuper de la prévention du profilage discriminatoire.  Un chef de corps aurait déclaré pour cette enquête : « Le profilage ethnique existe, c’est sûr, souvent plus qu’on ne le croit ou de manière plus inconsciente. »

Une enquête du magazine Imagine Demain le monde sur le désamour et la défiance entre la police et les citoyens fait référence à la formation de la police où seul 32h à l’académie sont consacré aux phénomènes sociaux et sur l’attitude professionnelle à avoir quant au racisme, discriminations et préjugés. (3)

Selon Mathieu Beys pour une meilleure entente entre la police et les citoyens il y a plusieurs solutions, il évoque notamment celle-ci :  » Il faudrait que les policiers aient des instructions claires sur ce qu’ils peuvent faire et ne pas faire. Il faudrait que les responsables mettent en place une culture où il serait normal d’expliquer ce que les policiers font. C’est particulièrement important car aujourd’hui la loi n’oblige pas les policiers à expliquer la raison pour laquelle ils contrôlent l’identité des personnes. Cela pourrait éviter aux gens de se sentir stigmatiser.  »

L’article premier de la loi sur la fonction de police rappelle ainsi :  » les services de police veillent au respect et contribuent à la protection des libertés et des droits individuels, ainsi qu’au développement démocratique de la société.« (4) Pour Alexis Deswaef il est difficile de penser qu’il s’agit d’une réalité car dans les faits il y a une méfiance du coté de la police et du coté de la population. La confiance est brisé par les sentiments d’injustices. Il explique : « La méfiance de la part des gens envers la police, et inversement, crée un cercle vicieux. Or dans une démocratie, le bon fonctionnement du maintien de l’ordre public repose sur cette confiance que nous sommes en droit d’avoir dans la police. Si il y avait de la confiance nous aurions un cercle vertueux. »


Pour en savoir plus :

  • Manuel juridique et pratique  » Quels droits face à la police ?  » de Mathieu Beys
  • https://obspol.be pour l’observatoire des violences policières en Belgique
  • https://www.liguedh.be
  • Information sur d’autres violences policières
Gladys Ngoga
Etudiante en première année de communication à l'ISFSC
Passionnée d'art sous toutes ces formes, j'ai longtemps pratiqué le théâtre.

Je n’ai pas le privilège de ne pas m’intéresser à la politique car les décisions prises par rapport au racisme, au sexisme, aux violences policières, ont une impact direct ma vie.

(1)Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), recommandation de politique générale n°11 sur la lutte contre le racisme et la discrimination raciale dans les activités de la police, adoptée le 29 juin 2007.[Consulté le 1 décembre 2020] ,Disponible à l’adresse :  https://rm.coe.int/recommandation-de-politique-generale-n-11-de-l-ecri-sur-la-lutte-contr/16808b5ae0

(2)Art. 34.§ 1. Les fonctionnaires de police contrôlent l’identité de toute personne qui est privée de sa liberté ou qui a commis [ un fait passible d’une sanction administrative ou pénale] 5 AOUT 1992. – Loi sur la fonction de police ,mise à jour au 14-08-2020 [Consulté le 17 décembre 2020] Disponible à l’adresse : https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/loi_a1.pl?language=fr&la=F&table_name=loi&cn=1992080552&&caller=list&F&fromtab=loi&tri=dd+AS+RANK&rech=1&numero=1&sql=(text+contains+(%27%27))#Art.33septies

(3) FRERES, Sarah et DORZEE, Hugues Désamour et défiance entre police et citoyens. Magazine Imagine Demain le monde Slow press. Septembre-octobre 2020, n°140, p.44-61.

(4) Loi sur la fonction de police du 5 août 1992 , mise à jour le 14 août 2020. Intérieur fonction publique justice.[Consulté le 20 décembre] Disponible à l’adresse : http://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=fr&la=F&cn=1992080552&table_name=loi

La technologie n’oublie jamais.

Google n’est pas dans l’obligation de faire des déréférencements à portée mondiale. Alors, qui sont les concernés ?

Le droit à l’oubli numérique fait partie du contexte sociétal actuel. A cheval entre la propriété privée et la liberté d’information, nos informations circulant librement sur le web peuvent se voir déréférencées par Google, mais pas n’importe où. Les règles ont changé.

Le 24 septembre 2019 se concluait un procès opposant la société Google à la CNIL française à la cour de justice de l’U.E. Le sujet portait sur une limitation du déréférencement à l’Europe et non au reste du monde. La jurisprudence européenne a transmis dans un communiqué que le géant n’a pas d’obligation de faire un déréférencement à portée mondiale mais est obligé de le faire dans tout le continent. Et va l’officialiser dans un arrêt. Ainsi, tous les pays de l’Europe sont concernés. Mais attention, la jurisprudence n’interdit pas un déréférencement de portée mondiale. Elle peut le faire sur demande.

Avec les questions préjudicielles, les juridictions nationales peuvent poser des questions sur l’interprétation du droit de l’Union Européenne ou la validité de la jurisprudence de la cour. Cédric Puisney CC BY 2.0 via Flickr

Qu’en est-il des VPN ?

Aujourd’hui, de nouvelles technologies font leurs preuves tous les jours. Et celle, entre autres, des VPN. Ce dernier est, en résumant, un réseau privé virtuel, et va permettre d’accéder à des réseaux étrangers. Mais il est évident que cette technologie pourrait facilement dépasser cette législation. Et nous permettra de regarder des informations déréférencées en Europe, grâce à un VPN simulant une activité hors Europe.

Les juridictions ayant un temps de retard sur les technologies, ne faudrait-il pas revoir le système du droit à l’oubli ?

Charlie Hebdo : un procès historique

Après plus de 5 ans d’attente, le procès des attentats de janvier 2015 a pu enfin rendre son jugement. Un total de 14 personnes ont été jugées dont 3 qui n’ont pas pu être présents.

Le procès des attaques de Charlie Hebdo a député le 2 septembre 2020. Après 54 jours d’audience et suspendu pendant un mois à cause de la crise sanitaire, le verdict a enfin pu être rendu ce 16 décembre. Les 14 accusés ont été condamnés à des peines de prison entre 4 et 30 ans.

Déroulement du procès

Pendant plusieurs semaines, les deux parties se sont défendues devant des magistrats professionnels. D’un côté, la partie civile qui défendait les victimes de ces attentats terroristes et, de l’autre, les accusés complices des auteurs qui ont été abattus pendant les faits. 150 experts et témoins ont défilé devant cette cour. Il était temps pour les victimes que justice soit rendue pour qu’ils puissent tourner la page. Ce n’est pas pour autant que Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, arrêtera de se battre pour la liberté d’expression. Il se battra non pas pour le droit des dieux mais pour les droits des hommes comme énoncé dans le Quotidien.

DesTerresMinéesCC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Plusieurs autres évènements suite à ce procès ont eu lieu. Un attentat contre les anciens locaux de Charlie Hebdo, l’assassinat du professeur Samuel Paty, une crise internationale après la republication des caricatures…. Serons-nous certains que cet attentat n’engendrera pas d’autres désastres comme ceux énoncés juste avant? Serait-il temps pour les victimes de tourner la page?

La caricature n’est-elle plus … qu’une caricature ?

Satirique, journalistique ou humoristique, l’essence de la caricature est souvent oubliée(1). Son essence consiste à rendre visible ce que masque la vision convenue tout en la tournant en dérision et exagération. Son rôle est multiple et fait partie de notre patrimoine… Sa pertinence relève de l’inventivité du caricaturiste. La liberté de création du caricaturiste serait-elle en danger en 2020 ?

caricature
Caricature de duBus qui s’est caricaturé. ©duBus

Suite aux événements qui se sont déroulés en France notamment, la question de la liberté de création des caricaturistes a été fortement débattue. Elle reste un sujet complexe, ambivalent. Aristote, dans sa Poétique antique, évoque que la caricature est une sorte de «représentation grotesque de l’homme »(2). La fonction de la caricature était déjà d’amplifier et de grossir les traits dans l’optique de provoquer une réaction, de créer une exagération humoristique. De nos jours, la limite entre la dérision et l’irrespect reste parfois floue et mal perçue.

Quand la caricature se déguise

En 2020, une fois de plus le carnaval d’Alost, réputé pour ses chars et le monde qu’il amène chaque année fait polémique(3). Depuis ces 15 dernières années, le côté délibérément provocateur des chars se fait de plus en plus sentir. L’année derrière, ils véhiculaient des stéréotypes antisémites ce qui avait provoqué de vives réactions. Si ce n’était pas une première, c’était la fois de trop. Réaction de l’UNESCO ? Retirer ce carnaval de sa liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.  

Selon l’UNIA (Le Centre interfédéral pour l’égalité des chances), qui a réceptionné de nombreuses plaintes, c’était à la commune de trancher. L’avis n’a pas été partagé par la  Commission européenne ni par Sophie Wilmès qui ont toutes deux condamné le carnaval. Scandalisée, la première ministre de l’époque a déclaré qu’« il porte préjudice à nos valeurs ainsi qu’à la réputation du pays ».

Selon la loi, il est autorisé d’utiliser sa liberté d’expression quitte à choquer, inquiéter et offenser. Et en effet , le carnaval aura bien lieu en 2021, comme l’assure le bourgmestre flamand Christoph D’Haese (N-VA), peut-être même en été ! 

La caricature dans les limbes des réseaux sociaux ?

Dès la publication d’une nouvelle caricature, c’est la valse des réactions et des interprétations. Les caricaturistes n’y échappent pas. Ils tombent sous le feu des projecteurs. Les réseaux sociaux pourraient-ils avoir un certain contrôle sur les caricaturistes?  

Une caricature réalisée à un échelon local peut recevoir un écho mondial. Au New York Times(4), la caricature d’Antonio Moreira Antunes qui mettait en scène Donald Trump et Benyamin Netanyahou fait scandale(5), jusqu’à déclencher des licenciements en série. Cette situation pourrait-elle, un jour, se produire en Belgique ? 

Immeuble New York Times
Le New York Times a arrêté de faire des caricatures politiques depuis juillet 2019 suite à la publication d’une caricature de Donald Trump et Benyamin Netanyahou ©Photo de Life of Wu provenant de Pexels https://www.pexels.com/fr-fr/photo/ville-voitures-route-vehicules-3381028/ libre pour usage commercial. Pas d’attribution requise.

Dans un article du Soir publié le 11/06/2019(6), Pierre Kroll répond sans ambiguïté à cette menace latente de licenciement : « Non, ça ne m’étonnerait pas que cela arrive. Pas par censure mais par lassitude face aux réactions trop nombreuses qui arrivent ». Par leurs commentaires, certains rêveraient de dicter sa conduite à Pierre Kroll, et ce qu’il peut dessiner ou non.

duBus caricaturiste, m’a répondu lors de notre entretien: « Non surtout pas pour une caricature de Donald Trump au contraire, ils seraient plutôt en train d’ en demander plus que d’habitude. J’ai toujours eu des bons rapports avec mes rédacteurs en chef. S’il y a un dessin qui pose problème, on discute. » Il précise : « C’est vraiment une relation de confiance qui s’établit entre un journal, son lectorat et le caricaturiste. Mais on n’est effectivement pas à l’abri d’un revirement de situation, ça c’est comme partout ailleurs et on verra à ce moment-là ».

Ailleurs c’est mieux?

Les caricatures existent partout dans le monde. Inspirées par des régimes politiques, leurs dirigeants, Dieu ou des figures saintes. Elles peuvent toutefois porter préjudice à leurs créateurs. Naji-al-Ali, caricaturiste palestinien, a été assassiné en 1987 pour avoir exprimé son soutien à la lutte contre l’oppression israélienne. Wang Liming, caricaturiste Chinois, connu pour pratiquer la satire contre le régime mis en place, fut arrêté pour avoir repartagé un tweet, l’obligeant à mettre fin à ses activités.(7) 

Des caricatures politiques font également courir des risques à leurs auteurs dans de nombreux autres pays. Au Maroc, Khalid Gueddar, fut condamné à 4 ans de prison pour avoir osé une représentation du Roi Mohamed VI. Récemment des pays plus proches, tels que l’Autriche, le Danemark et la France ont connu scandales et médiatisation à propos de caricatures de figures saintes (8). L’autrichien, Gerhard Haderer a publié une caricature représentant Jésus en hippie et en surfeur, offensée, la Grèce l’envoie en prison pour blasphème.(9)  

La vision de l’un n’est pas celle de l’autre

Si tous les caricaturistes ne partagent pas les mêmes idéologies, il existe malgré tout certaines convergences au niveau de leurs dessins. Le témoignage de trois caricaturistes permet de faire un bref tour d’horizon et de nuancer leur perception du danger de leur profession.  

Pierre Kroll, dans plusieurs journaux (10), évoque : « La fonction d’un caricaturiste est de distraire et d’un peu éditorialiser. » Il pense que son métier est en danger et pourrait disparaître. Il éprouve de plus en plus de contraintes dans son processus créatif et craint que les journaux cessent de publier ses caricatures. Pour lui, depuis Charlie Hebdo trop de personnes s’intéressent à ce métier. A la suite de l’attentat il a reçu des mails d’intimidation mais affirme ne pas avoir peur. Selon lui, il ne faut pas mettre tous les dessinateurs dans le même panier. 

duBus se prononce : « La fonction d’un caricaturiste est d’alléger l’actualité, de faire sourire et en bonus de faire réfléchir. C’est comme mettre des blancs en neige dans la mousse au chocolat. » Il ne se sent pas en danger , il pense que le monde aura toujours besoin de ce talent. D’autant que ceux-ci font plus de vues sur un site que les articles eux-mêmes. Il s’estime déjà heureux d’avoir pu exercer ce métier pendant 20 ans. Sa seule crainte est le manque de relève dans la profession, mais il reste optimiste, il ne s’en inquiète pas outre mesure. Il n’a jamais reçu de menace de mort. Il se décrit plus comme « le mec au fond de la classe qui fait sourire ces copains en riant du prof ». Il précise bien qu’il n’engage que lui dans ses dessins.  

« La fonction d’un caricaturiste est de transmettre. » Déclare Nicolas Vadot.  Les informations circulent. Son but est de les centraliser sans le faire « exprès ». Selon lui, la caricature n’est rien d’autre qu’établir un lien entre l’enfance et l’innocence. Il vise la dérision tout en étant pertinent. Le challenge est d’arriver à être pertinent et impertinent à la fois. Vadot ne souhaite pas « choquer pour choquer », mais bien comprendre la culture des autres pour rester dans le respect. C’est pour cela que Nicolas Vadot ne se sent pas en danger.(11)  

Les limites … Que dit la Loi ?

La liberté d’expression est un droit fondamental. Ce droit est conservé peu importe les propos ou discours que l’auteur a tenu, que les propos soit choquants ou provocants. Cependant l’exercice de cette liberté comporte des devoirs et des responsabilités, et pourra donc être soumis à certaines restrictions, conditions et sanctions.(12) 

Le délit de blasphème ? En Belgique et en France l’outrage à la religion n’existe pas. Une religion est une croyance, une opinion et toute opinion est critiquable. Toutefois, la Belgique n’autorise pas l’outrage aux objets de culte ni l’incitation à la haine(13). La liberté d’expression est donc un principe mais elle n’est pas absolue car elle comporte des limites. 

La caricature a pour but de susciter la controverse. Elle est nécessaire à la société et permet d’exprimer des avis et de prendre du recul. Les avis divergent chez les caricaturistes quant au danger de leur métier et tout dépend du pays. La Belgique permet une liberté de création des caricaturistes quasi totale, même si certains sujets créent encore polémique. Cette liberté de création continuera-t-elle d’exister ou sera-t-elle détruite, voire étouffée par l’autocensure que certains caricaturistes s’imposent ? 

Pour en savoir un peu plus

Il existe une association qui vise à défendre les caricaturistes Cartooning for peace. Cartooning for peace qu’est-ce que c’est ?

Cartooning for peace c’est un  réseau engagé de dessinateurs de presse internationale qui ont le désir de lutter pour le respect des cultures et des libertés avec une touche d’humour. Les valeurs défendues par cette association sont celles des libertés fondamentales et de la démocratie. Elle vise à faire respecter l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui consacre la liberté d’expression.

L’essence de ce réseau, c’est de respecter le pluralisme des cultures et des opinions et de combattre les préjugés et le conformisme intellectuel tout en apportant un regard critique et ironique de la société. Les dessinateurs peuvent alors dialoguer et confronter leurs différentes convictions. C’est un forum et un lieu de rencontre. Il donne de la visibilité à ceux dont la liberté est menacée et qui sont empêchés d’exercer en toute liberté leur métier, il apporte un véritable soutien. Ce réseau est aussi celui de tous ceux qui refusent l’intolérance, sous toutes ses formes.

Louise Hannesse. J’ai 19 ans mais j’en parait 15… Je suis en première à l’ISFSC en communication. Je suis depuis toute petite contre les injustices, j’ai donc souvent pris part à des débat pour essayer de faire bouger les choses. J’adore l’art, la mode, les voyages. Mais j’aime aussi lire l’actualité, m’intéresser aux autres.

WEBOGRAPHIE

(1) INTER, France. La caricature dans l’histoire. en ligne le 1 novembre 2020 (consulté le 20 novembre 2020). Disponible à l’adresse:https://www.franceinter.fr/histoire/la-caricature-dans-l-histoire

(2) CARICATURE. Quels sont les différents styles de caricatures ? en ligne le 27 juin 2017.(consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse: http://caricaturiste-s.com/differents-types-caricature/

(3) BELGA. Caricatures juives à Alost : « Un préjudice à nos valeurs et à la réputation de la Belgique ». LA LIBRE en ligne le 23 février 2020 (consulté le 27 novembre 2020). Disponible à l’adresse: https://www.lalibre.be/belgique/societe/caricatures-juives-a-alost-un-prejudice-a-nos-valeurs-et-a-la-reputation-de-la-belgique-5e52acf1d8ad58685c2fee9e

(4) LOHR, Steve. New York Times’s Global Edition Is Ending Daily Political Cartoons. The New York Times. en ligne le 11 juin 2019. (consulté le 19 novembre 2020). Disponible à l’adresse: https://www.nytimes.com/2019/06/10/business/international-new-york-times-political-cartoons.html

(5) GIRARD, Quentin. Caricature dans le « New York Times » : « Je sais pourquoi j’ai fait ce cartoon, je ne culpabilise pas». en ligne le 21 juin 2019. ( consulté le 18 novembre 2020). Disponible à l’adresse: https://www.liberation.fr/planete/2019/06/21/caricature-dans-le-new-york-times-je-sais-pourquoi-j-ai-fait-ce-cartoon-je-ne-culpabilise-pas_1735471

(6) BOURTON, William. Pierre Kroll : “Le métier de caricaturiste est en danger”. Courrier international. en ligne le 12 juin 2019. (consulté le 19 novembre 2020). Disponible à l’adresse: https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-belgique-pierre-kroll-le-metier-de-caricaturiste-est-en-danger

(7-8-12-13) MEDIA ANIMATION. Dessine-moi la liberté d’expression. en ligne 2017. (consulté le 12 novembre 2020). Disponible à l’adresse: https://media-animation.be/IMG/pdf/mediaanimation-etude2017-dessinemoilalibertedexpression.pdf

(9) LE MONDE. Des dessins de presse qui ont fait scandale. en ligne le 31 août à 16h04 2016 (mis à jour le 31 août 2016 à 16h18). (consulté le 17décembre 2020). Disponible à l’adresse: https://www.lemonde.fr/festival/portfolio/2016/08/31/ces-dessins-de-presse-qui-ont-fait-scandale_4990519_4415198.html Publié le 31 août 2016 à 16h04 –

(10-11) Le Grand Oral – Carte blanche à Pierre Kroll, Nicolas Vadot et Cécile Bertrand – samedi 10… en ligne le 10 janvier 2015. ( consulté le 24 novembre 2020) [Vidéo]. RTBF Auvio. disponible à l’adresse: https://www.rtbf.be/auvio/detail_le-grand-oral-carte-blanche-a-pierre-kroll-nicolas-vadot-et-cecile-bertrand?id=1983986

Liberté d’expression : un pilier pour nos journalistes et politiciens

La liberté d’expression en 2020 en Europe est plus fragile qu’on ne le pense. Cette liberté varie en général de pays en pays en fonction des différents régimes totalitaires, démocratiques ou encore dictatoriaux. Certains d’entre eux ruinent cette liberté de s’exprimer et ne respectent en aucun cas cet état de droit que nous avons en Belgique. Avoir cette opportunité ne nous permet pas d’en abuser pour autant.

Quelles limites devrons-nous nous mettre pour éviter ces régimes? D’après Michel De Maegd, ancien journaliste et actuel député fédéral :  » la liberté d’expression n’a qu’une seule limite, la loi. ». Pour lui, c’est la seule limite imposée, chaque individu a l’opportunité de s’exprimer tout en la respectant. Toutes autres limites seraient subjectives et favoriseraient de sérieuses critiques.

Qu’est-ce que la liberté d’expression ?

Considérée comme une liberté fondamentale, la liberté d’expression est inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU 1948, article 19) : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre sans considérations de frontières les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Elle suscite donc de nombreuses critiques; pourtant il suffirait de se rendre compte de la chance qu’on a d’avoir un régime comme celui là. Comme Michel De Maegd l’a affirmé : « Il suffit de voyager pour voir que c’est un luxe de faire partie d’un régime démocratique. ». On peut le remarquer dans certains Etats où voyager dans le monde n’est pas autorisé. Des Etats vivant la dictature comme la Biélorussie. Pourtant, malgré ces avantages, nous sommes loin d’un régime stable.

D’un point de vue politique

Un député est un élu du parlement qui contrôle le gouvernement et travaille pour le législatif. Il a comme tout citoyen le besoin de contre-pouvoir en dénonçant certaines failles du gouvernement. L’affaire du Samusocial à Bruxelles est un bon exemple car il a été dénoncé par des députés bruxellois. 

La liberté est mouvante à travers nos époques et ses différents régimes qui évoluent au gré des votes des électeurs, des crises telles qu’on le vit aujourd’hui avec la crise sanitaire (Covid 19) et des humeurs des électeurs. Cette évolution alimente le complotisme ainsi que les populismes au sein des états. Ce droit est constamment mis en danger et ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Tout de même, d’après Michel De Maegd, il est bien loti en Belgique car il est protégé par la loi qui a évolué au fil des années pour avoir un effet le plus optimal possible. 

Cette profession de politicien n’est tout de même pas à l’écart de certaines critiques. Certains partis comme les partis extrémistes mettent en danger cette liberté d’expression. Ainsi que quelques pays de l’union Européenne qui ne respectent pas le traité international de la convention de sauvegarde des droits de l’homme qui a été signé à Rome le 4 novembre 1950. La Hongrie ou la Pologne sont des exemples à ne pas suivre qui ne respectent pas ce traité. Des zones LGBT free font preuve de discrimination à l’encontre des homosexuels, des transgenres, des gays et des lesbiennes, tout ça au sein même de l’Union Européenne. Cependant, il est tout à fait autorisé de défendre ces idées tout en la respectant, ce que certains partis n’arrivent pas à faire. Ces groupements politiques abusent du pouvoir qu’ils ont pour faire régner leur opinion sans tenir compte de l’opinion des autres citoyens. 

D’après Michel De Maegd : « Je crains l’instrumentalisation de mes propos, j’ai peur que l’on ne prenne qu’une partie de phrase. ». C’est malheureusement le désavantage de notre génération, une génération basée sur des titres trompeurs, une génération qui ne vit que par les réseaux. Comme on le sait, les réseaux sociaux ne donnent pas souvent les bonnes informations. Les pièges aux clics est l’un des exemples les plus explicites. Des titres exclusivement destinés à attirer l’attention d’un maximum d’internautes. Une solution pour ce problème pourrait être d’inscrire la neutralité d’internet dans la loi et les règlements. Le 15 août 2016 le débat était sur la table de l’international Federation of Library Associations and Institutions (Ifla). 

Michel De Maegd
Ancien journaliste et actuel député fédéral
Photo prise pendant l’interview par Eugénie Cayphas, 1ère

D’un point de vue journalistique

Un journaliste est une personne qui recherche, écrit, vérifiant les informations afin de distribuer une information de manière pertinente. D’après Michel De Maegd : « Un bon journaliste est curieux, historien de la semaine, indépendant, se soucie de la vérité et ne tombe pas dans la facilité. »

Cette profession de journaliste demande beaucoup de neutralité et d’objectivité. Ces deux notions permettent aux journalistes de faire abstraction de leurs pensées, leurs émotions, leurs convictions pour faire en sorte de rédiger un article neutre des faits énoncés d’actualité ou passés. Il ne peut pas se permettre de sortir une information orientée politiquement, par exemple, sauf si le journal lui-même l’est. Toutefois, certaines situations plus délicates telles que des attentats, des massacres, leur permettent de mettre leur neutralité de côté. Ils restent humains, et comme tout autre citoyen, ils ont des sentiments et de l’empathie. Comme le philosophe britannique Hume déclarant que ces deux vertus permettent de fonder un jugement. Grace aux sentiments moraux, on va faire la distinction du bien et du mal. On observe les faits et, par empathie, l’idée que nous avons devient une impression, et c’est par cette impression que nous ressentons un sentiment et que nous élaborons un jugement moral. Ainsi les éditoriaux constituent des articles où ils donnent leur avis, font des commentaires,… 

Faisant partie aussi du contre-pouvoir, un chroniqueur a la capacité d’éclaircir les failles, les enquêtes, les faits de corruption en étant libres d’agir « en étant loyal » comme l’a annoncé Michel De Maegd pendant notre interview. Le journalisme a été défini comme « Quatrième pouvoir », opposition aux trois autres pouvoirs de l’état (le législatif, l’exécutif et le judiciaire). Pourtant, il n’a rien à voir avec eux. C’est là qu’on se rend compte du pouvoir qu’ont les journalistes, et aussi le danger que cela représente. C’est pour ces raisons que des lois et des règlements sont mis en place pour faire en sorte de ne pas abuser de cette « puissance ». La déontologie journalistique permet elle aussi d’éviter les excès en matière de médias. Aussi appelé Conseil de presse, il veille à ce que les journalistes respectent les règles établies par différents membres de cet organe.

La liberté d’expression n’est limitée que par la loi. La convention des droits de l’homme et la constitution le précisent. Certaines autres lois publiées dans le moniteur Belge telles que la constitution Belge Art. 19 et 25, sont aussi là pour l’encadrer. Les insultes, les diffamation, le racisme, la xénophobie… sont des exemples d’expression toute à fait interdites sous peine de sanctions. Mais Est-ce qu’elle sera un jour sans limites? La liberté d’expression suscitera-t-elle toujours autant de critiques? Disparaitra-t-elle un jour?

Pour en savoir +

Michel De Maegd n’est pas le seul journaliste a s’être redirigé vers le monde politique. Florence Reuter actuellement Bourgemestre de Waterloo et ancienne journaliste pour RTL-TVI. Ainsi que Siegfried Bracke, une ancienne figure emblématique de la VRT et actuel président de la Chambre des représentants en Belgique. Deux autres présentateurs de la RTBF Anne Delvaux et Olivier Maroy ont eux aussi quitté cette profession pour exercer des fonctions politiques.

Eugénie CAYPHAS
Je suis âgée de 19 ans. Je suis étudiante en 1e année de communication à l’ISFSC.

Webographie :

(1) Observatoire de la déontologie de l’information. Création du Conseil de déontologie journalistique et de médiation le 2 décembre. (consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.odi.media/les-articles/creation-conseil-de-deontologie-journalistique-de-mediation-2-decembre/

(2) Rédaction RTBF. Liberté d’expression : quelles sont les limites? Que dit la loi?. Dans : RTBF info. 15 janvier 2015 (mis à jour le 14 janvier 2015). (consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_liberte-d-expression-quelles-sont-les-limites-que-dit-la-loi?id=8722028

(3) MERCIER, Arnaud. Pourquoi une information ne sera jamais totalement objective. Dans La revue médiatique. 28 mars 2019 (mis à jour le 9 avril 2019). (consulté le 17 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://larevuedesmedias.ina.fr/pourquoi-une-information-ne-sera-jamais-totalement-objective

(4) FETTWEIS, Maxime. Ces célébrités belges qui se sont engagées en politique. 12 janvier 2018 (mis à jour le 13 janvier 2018). (Consulté le 18 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_oprah-winfrey-fera-t-elle-comme-ces-celebrites-belges-qui-se-sont-engagees-en-politique?id=9809527

(5) DAAM, Nadia. Les journalistes doivent-ils et peuvent-ils être objectifs ? 30 juillet 2019. Dans : France inter. (Consulté le 18 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://www.franceinter.fr/emissions/le-debat-de-midi/le-debat-de-midi-30-juillet-2019

(6) Déclaration universelle des droits de l’homme. Le 10 décembre 1948. Dans : ONU. (Consulté le 16 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/

(7) DE MAEGD, Michel. Le site de Miche De Maedg. 2020 (consulté le 28 novembre 2020 ). Disponible à l’adresse : https://micheldemaegd.be

(8) Euronews. Pologne : au coeur des « LGBT-free zones », porte ouverte au discrimination. 30 juillet 2020. (Consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://fr.euronews.com/2020/07/30/pologne-au-coeur-des-lgbt-free-zones-porte-ouverte-aux-discriminations

(9) AMNESTY INTERNATIONAL. Les limites de la liberté d’expression. 16 octobre 2016. (consulté le 18 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.amnesty.be/campagne/liberte-expression/liberte-expression/article/les-limites-a-la-liberte-d-expression

(10) CONSEIL DE L’EUROPE. Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentale telle qu’amendée par les Protocoles n° 11 et n° 14. Rome, 4.XI.1950. (Consulté le 18 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/rms/0900001680063776

L’homosexualité : dans l’œil de l’Islam et du Christianisme

Islam - Christianisme

Sujet bateau, sujet rigolo, sujet fléau, c’est un sujet qui parle des homos. La religion nous berce, pour la plupart, depuis notre naissance tandis que l’homosexualité est une question, encore non-résolue, de notre société. Qu’en est-il aujourd’hui de la perception de l’homosexualité du point vue religieux ? 

Il y a seulement deux mois de cela, une candidate dans le parti conservateur, à Toronto, a tenu des propos homophobes –ce qui lui a valu, d’ailleurs, le retrait de sa candidature aux prochaines élections-. L’acceptation de ce fait social est changeante. Le sujet de l’homosexualité, dans les religions monothéistes (et dans la société), a toujours été complexe.

Homosexualité et Religion : sont-ils liés ?

Une recherche menée sur Google Actualité autour des mots “homosexualité et religions” nous propose des résultats venus de tous les coins du monde et la cohabitation des deux semble compliquée.  

Pour Marc Beumier, coordinateur de Bruxelles de la CCL (Communauté du Christ Libérateur) -une association gay/lesbienne et chrétienne -que j’ai pu rencontrer dans le cadre de cet article-, ces deux termes n’ont rien à voir.
D’une part, l’homosexualité, c’est ce qu’il est et ce qui fait partie de lui et, d’autre part, la religion ou plus précisément son adhésion à la foi est quelque chose à laquelle, il croit.
Il précise : “La religion et ses pratiques sont compatibles avec l’homosexualité parce que sinon je ne serai pas là, ici, aujourd’hui. Ce que l’on nous demande en tant que catholique, c’est d’adhérer à des théories, de respecter l’évangile, d’avoir le respect des autres et de soi-même”. Au sens strict de cette interprétation, l’homosexualité n’empiète pas sur la religion. 
En effet, pour lui, ”Les religieux radicaux, qui ne tolèrent absolument pas l’homosexualité, ne sont pas des vrais croyants”. 

Pour Bernard Guillemin, coordinateur de l’ASBL ATER VISIO, une association qui lutte contre l’homophobie et la transphobie -que j’ai pu également rencontrer dans le cadre de ce travail-, la foi et l’amour (reprenant l’orientation sexuelle et l’homosexualité en général) peuvent avoir un point commun, c’est quelque chose qui nous tombe dessus et qu’on ne peut contrôler.
En dehors de ce point-là, il n’y a aucun point de convergence entre les deux.  Contrairement à ses propos, Éric Zemmour considère l’orientation sexuelle (et donc l’homosexualité) comme un choix, on le voit ici dans cette vidéo. 

L’homosexualité : quid du point de vue religieux ?

La position de la religion chrétienne est multiple sur l’homosexualité. Il y a ceux plus conservateurs qui restreignent l’homosexualité au rang des péchés (1). Ceux plus progressistes qui acceptent les personnes homosexuelles dans le cadre ecclésiastique et qui bénissent même des unions (2). Enfin, il y a ceux plus “modérés” (comme le Pape), qui appellent à ne pas rejeter ces personnes hors de la société (3) 

Au contraire de cela, la religion musulmane semble beaucoup plus fermée à cela. En effet, encore de nombreux pays à majorité musulmane condamnent l’homosexualité. Paradoxalement, à cette vision, selon Marc Beumier, “l’homosexualité est très répandue, car normalement, il n’y a pas de sexe avant le mariage avec la femme et donc l’homo-sensualité est très pratiquée dans ces pays-là, car les hommes et les femmes vivent séparés”.  

Même si le Coran n’interdit pas l’homosexualité, certains musulmans ont traduit ces livres sacrés en disant que l’homosexualité est un péché, c’est pour cela qu’encore beaucoup de musulmans n’acceptent pas l’homosexualité dans leur vie. Mais que dit exactement le Coran ?  
Les pratiques sexuelles homosexuelles, et plus précisément la sodomie, sont très fort condamnées dans le Coran, jugeant celles-ci de représentation sadomasochiste de la sexualité. En aucun cas, le Coran n’interdit une personne d’être homosexuel ou de demander la filiation 4.   

Beaucoup de représentants de la religion chrétienne ne condamnent pas l’homosexualité en tant que telle. Ce qui est souvent condamné, ce sont les pratiques sexuelles. De nombreux chrétiens acceptent l’homosexualité mais seulement dans l’abstinence, car ils considèrent ces actes comme contre-nature, comme un péché 5

Et si on mariait?

Dans certains courants du christianisme, des mariages sont célébrés à l’église, comme c’est le cas ici en Norvège, il y a maintenant presque 3 ans, entre des personnes homosexuelles. Cela se passe dans les églises protestantes actuelles (qui sont en général, plus libérales). Il y a aussi dans la religion chrétienne, des personnes homosexuelles qui font partie du corps-même de l’église même s’ils doivent vivre leur homosexualité dans l’abstinence (6).

En ce qui concerne, le mariage homosexuel à la mosquée, c’est impensable à l’heure actuelle, même dans les courants les plus progressistes de l’islam. Il y a eu, il y a deux ans maintenant, un mariage civil, de deux personnes homosexuelles et musulmanes au Royaume-Uni (7). Cela reste un mariage civil et non célébré dans une mosquée. Ludovic-Mohamed Zahed est un imam français qui est homosexuel et qui lutte contre l’homophobie et surtout celle dans l’islam et pour le droit d’être gay et musulman à la fois. Il est d’ailleurs à l’origine de la première mosquée inclusive en France qui accepte les personnes LGBT musulmanes (8). Même si certains imams ont suivi le mouvement en Europe et d’autres mosquées inclusives se sont construites depuis, comme c’est le cas à Berlin en 2017, 60% des musulmans en Europe montrent une grande hostilité envers les personnes homosexuelles (9).  

Ludovic-Mohamed Zahed, imam français, qui fait un discours à la conférence pour l’association Exaequo, une ASBL qui fait la promotion de la santé sur les MST/IST entre les relations masculines entre hommes.
Auteur : G. Garitan – License :  Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International

Le mariage entre deux personnes du même sexe, dans ces religions, semble encore tabou. Au niveau de la loi, il y a, actuellement, 26 pays qui ont légalisé le mariage pour tous (10). Au vu de cette évolution, nous serons enclins à participer à un mariage homosexuel. C’est le cas du youtubeur n*1 en France, Cyprien, qui l’a vécu et qui en fait une vidéo. 

La situation en Belgique

Nous sommes plutôt avancés dans les droits accordés à la communauté LGBT. Nous avons été le deuxième pays à légaliser le mariage pour tous (11). Même si dans certains pays, l‘homosexualité est encore passible de peine de mort, il y a de plus en plus de pays qui dépénalisent l’homosexualité au fil des années. Selon Bernard Guillemin, même si la loi évolue en ce qui concerne la communauté LGBT plus vite que ce que pense la religion, la loi n’est pas la réalité. Malgré que la loi protège cette communauté dans plusieurs pays, il y a encore de nombreuses agressions homophobes en Belgique et parfois -“au nom de la religion” (12)-.

À Bruxelles, il existe actuellement une communauté de personnes homosexuelles et chrétiennes, c’est la CCL avec laquelle j’ai pu entrer en contact. Existe-t-il l’équivalent dans la religion musulmane ? Non. Il y a, cependant, une association à Bruxelles qui s’appelle Merhaba. C’est une association qui lutte contre les discriminations faites aux personnes homosexuelles venant du Moyen-Orient et qui sont, pour la plupart musulmans (13).

Que ce soit pour le coordinateur de Bruxelles de la CCL comme pour celui d’Alter Visio, les religieux qui voient l’homosexualité comme un péché, en vertu des textes sacrés, est une mauvaise interprétation de ces derniers. Pour eux, nous pouvons dire à ces textes n’importe quoi et surtout ce que l’on veut. Il faut donc prendre ces textes sacrés avec du recul et également remettre ceux-ci dans leur contexte.   

L’homosexualité et la religion peuvent parfois être en conflit d’intérêts dans la manière de vivre. Marc Beumier se définit comme “gay chrétien heureux” et espère, dans un futur, que son association n’aura plus besoin d’exister, car l’homosexualité et la religion pourront co-habiter. Pour preuve, les évêques allemands viennent de reconnaître, il y a quelques jours, l’homosexualité comme quelque chose de “normal”, un grand pas pour la religion catholique (14). 

Dans la religion juive, cela est un peu différent. En effet, dans la Torah, les actes homosexuels sont prohibés mais pas condamnés de manière directe. C’est une mauvaise lecture. Même si certains interprètent la Torah de la mauvaise manière, celle-ci a en abomination l’acte homosexuel et non le sujet, soit la personne homosexuelle. Pour en savoir plus sur comment est vu l’homosexualité par la Torah.

Barbara MAURISSEN
Je suis âgée de 22 ans. Je suis étudiante en 1e année de communication à l’ISFSC. Les droits de l’homme fondamentaux m’intéressent beaucoup (ex: droit à la vie, la liberté d’expression,..).

Webographie :

(1) HANLEY, Jonathan. Dieu, la Bible, l’Homosexualité, et toi [en ligne]. Dans : Ta jeunesse. [Consulté le 19 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.tajeunesse.org/fr/les-articles/mise-en-avant/205-dieu-la-bible-l-homosexualite-et-toi.html

(2) LAPORTE, Christian. Les protestants auront des pasteurs homosexuels [en ligne]. Dans : La Libre Belgique. 15 juin 2015 (mis à jour le 16 juin 2015). [Consultée le 19 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.lalibre.be/belgique/les-protestants-auront-des-pasteurs-homosexuels-557f0d8d3570dd0de7e11429

(3) LA DERNIERE HEURE LES SPORTS +. Pape François : “Si une personne est gay, qui suis-je pour la juger ?” [en ligne]. Dans : DH Les Sports + – Actu. 29 juillet 2013 (mis à jour le 02 août 2013). [Consulté le 19 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.dhnet.be/actu/monde/pape-francois-si-une-personne-est-gay-qui-suis-je-pour-la-juger-51f655753570ebbf8e01f516https://www.dhnet.be/actu/monde/pape-francois-si-une-personne-est-gay-qui-suis-je-pour-la-juger-51f655753570ebbf8e01f516

(4) BONOMELLI, Marc. Coran et homosexualité : convictions d’un imam gay [en ligne]. Dans : Le monde des religions. 07 avril 2015. [Consulté le 19 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/coran-et-homosexualite-les-convictions-d-un-imam-gay-07-04-2015-4618_118.php

(5) Catéchisme de l’Église catholique, partie III, section II, chapitre II, article 6, §. 2396 

(6) PARTHONNAUD, Aymeric. « Sodoma : que révèle l’enquête de 4 ans sur l’homosexualité au coeur du Vatican » [en ligne]. Dans : RTL. 15 février 2019. [Consulté le 18 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/sodoma-livre-enquete-frederic-martel-homosexualite-vatican-7796955681

(7) LAYSTARY, Emile. Le Royaume-Uni a célébré son premier mariage homosexuel et musulman [en ligne]. Dans : France24. 11 juillet 2017. [Consulté le 19 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.france24.com/fr/20170711-le-royaume-uni-a-celebre-son-premier-mariage-homosexuel-musulman

(8) Ludovic-Mohamed Zahed [en ligne]. Dans : Wikipédia, l’encyclopédie libre. 19 octobre 2019. [Consulté le 16 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludovic-Mohamed_Zahed

(9) LES OBSERVATEURS.CH. Multiculturalistes : 50% des musulmans réclament l’islamisation et…[en ligne]. Dans : Les Observateurs.ch. 24 décembre 2013. [Consulté le 17 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://lesobservateurs.ch/2013/12/24/le-cauchemar-des-multiculturalistes-50-des-musulmans-deurope-reclament-lislamisation-et-la-charia/

(10) Mariage homosexuel [en ligne]. Dans : Wikipédia, l’encyclopédie libre. 19 décembre 2019. [Consulté le 19 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mariage_homosexuel#Pays_autorisant_le_mariage_homosexue

(11) Droit LGBT en Belgique [en ligne]. Dans : Wikipédia, encyclopédie libre. 04 décembre 2019. [Consulté le 19 décembre 2019]. Disponible à l‘adresse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_LGBT_en_Belgique
 
(12) RTBF INFO. Les jeunes musulmans sont plus homophobes, selon une étude [en ligne]. Dans : RTBF. 05 juillet 2012. [Consulté le 17 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_les-jeunes-musulmans-sont-plus-homophobes-selon-une-etude?id=7799649

(13) TETU. Les évêques allemands reconnaissant l’homosexualité comme ”normale” [en ligne]. Dans : Têtu. [Consulté le 19 décembre 2019]. Disponible à l’adresse : https://tetu.com/2019/12/16/les-eveques-allemands-reconnaissent-lhomosexualite-comme-normale/