Foulard et vie en société : deux oxymores ?

Le port du foulard dans l’espace public est une question fertile qui a donné naissance à de nombreux débats, discussions et polémiques. Mille et une informations se martèlent. Alors, que représente-t-il ? Dans quels cas est-il interdit ? En Belgique, que dit réellement la loi à ce propos ?

Femme portant un foulard jaune. Unsplash/Janko Ferlic

Le foulard est un tissu qui peut se porter comme accessoire de mode autour du cou, sur la tête et là où vous le souhaitez. C’est selon vos envies ! Il représente par ailleurs un vêtement traditionnel ou religieux appelé également « voile ». Destiné à couvrir une partie du corps d’une femme qui le porte. Il est notamment présent dans les traditions juives, chrétiennes et musulmanes.

Le foulard, une réalité plurielle !

Le voile dit aujourd’hui « islamique », est antérieur de plus d’un millénaire au prophète musulman, Mohamed. Durant l’Antiquité, avant l’avènement du christianisme, les femmes étaient généralement voilées. Une femme qui se respectait et qui était aisée ou libre avait l’obligation, lorsqu’elle sortait dans l’espace public, de porter quelque chose sur la tête. Il était principalement porté pour distinguer les femmes mariées des célibataires et des prostituées. Au Moyen-âge, les femmes continuent à couvrir leurs cheveux. Le foulard est un donc un héritage de l’Antiquité païenne qui a ensuite été récupéré par les trois religions monothéistes.

Pour les femmes juives orthodoxes, l’obligation écrite de se couvrir la tête est relativement tardive. Dans la tradition juive, une femme est censée se couvrir la tête en public. Certaines le font scrupuleusement, ne laissant dépasser aucun cheveu, d’autres laissent sortir quelques mèches, d’autres encore, bien que pratiquantes, ont laissé tomber le foulard, le chapeau et a fortiori la perruque et laissent leur cheveux libres. La pratique actuelle est donc très variable.

Aussi, les premiers textes chrétiens en faisant mention apparaissent dès le premier siècle avec Saint Paul, puis Clément d’Alexandrie, Tertullien et d’autres. Le voile chrétien a donc une longue histoire derrière lui. Il est une pratique courante jusqu’au milieu du XXème siècle.

Quant à l’islam, le port du foulard est une obligation. Le verset 31 de la sourate 34 du Coran dit : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atouts que ce qui en parait et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines.». Pour les personnes de confession musulmane, la sagesse de cette pratique est de faire valoir ce que les femmes ont dans le cœur et l’esprit.

Aujourd’hui, à travers le monde, des femmes se voilent. Le foulard est une réalité plurielle. Une réalité qui varie selon les contextes, les régions et la spiritualité de chacune.

Aujourd’hui, le port du foulard interroge !

Le port du foulard est sources de diverses questions et opinions. D’après le Pew Research Center, un centre de recherche américain fournissant des statistiques et des informations sociales, la plupart des Européens de l’Ouest préfèrent au moins certaines restrictions sur les vêtements religieux des femmes musulmanes.

En août 2018, une loi danoise est entrée en vigueur. Celle-ci interdit aux femmes musulmanes de porter des voiles couvrant le visage tout comme les burqas ou les niqabs. La Belgique a adopté des lois similaires ces dernières années, contribuant aux restrictions gouvernementales sur la religion dans la région.

En 2017, un sondage a été réalisé par ce même centre dans quinze pays d’Europe de l’Ouest, auprès d’adultes non musulmans. Dans notre Royaume : 19% des sondés pensent que les femmes musulmanes pourraient porter le vêtement religieux de leur choix, 50% pensent qu’elles peuvent porter un vêtement religieux sans pour autant cacher leur visage et 28% pensent qu’elles ne devraient pas être autorisées à porter des vêtements religieux dans l’espace public.

Capture d’écran du sondage réalisé par Pew Research Center dans différents pays d’Europe, quant aux restrictions concernant les habits religieux des femmes musulmanes.

Que dit la loi ?

Les affirmations quant au port du voile dans l’espace public sont multiples. Alors, basons-nous sur la loi ! L’article 19 de la Constitution belge stipule que : «La liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties, sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de ces libertés.».

Pour Mehmet Alparslan Saygin, juriste et spécialité de la laïcité dans le droit belge, le thème de la laïcité est des plus importants de notre époque. Il est à l’intersection de bien d’autres : libertés et droits fondamentaux, diversité de nos sociétés, Etat de droit, démocratie, multiculturalité, interculturalité, vivre-ensemble, intégration,… Les discussions autour de la laïcité sont selon lui, la plupart du temps, faites de confusion.

Post Facebook publié le 30 janvier 2017 par Theo Francken, homme politique belge membre du parti nationaliste flamand N-VA.

Face à la question confrontant laïcité et port du foulard, il répond : «La laïcité implique la liberté religieuse. La liberté religieuse, c’est la liberté d’avoir une religion mais aussi celle de l’exercer. Il s’agit donc de la pratiquer, aussi bien en privé qu’en public et ce, dans tous les secteurs de la société. Le port du foulard est un exemple pratique de cette liberté religieuse telle que consacrée par la Constitution et par la Convention européenne des droits de l’Homme. Il n’y a donc, a priori et à mon sens, aucune contradiction entre laïcité et port du foulard.».

La laïcité est d’après notre spécialiste en la matière, un principe politique d’organisation de l’Etat. Elle permet la libre expression de toute conviction religieuse ou philosophique dans le respect des droits d’autrui et de l’ordre public. A l’inverse, ce n’est pas une idéologie, ce qui implique de ne pas en faire une conviction. Il la compare à un plat qui perdrait totalement de sa saveur si un de ses ingrédients venait à manquer : l’égalité, la non discrimination, la liberté (notamment religieuse) et la séparation ou, plus exactement, la non-ingérence réciproque entre les Églises et l’État. Ces différents principes sont consacrés en droit belge, donc même si le mot laïcité n’apparaît pas en tant que tel dans la Constitution, la Belgique est un État laïque. Cette laïcité est toutefois imparfaite et bien des améliorations sont possibles.

La laïcité est un bien commun. En effet, c’est un mode d’organisation de la gouvernance politique qui vise notamment à protéger la liberté d’expression de toutes les convictions philosophiques. «Elle appartient à personne mais à tout le monde. Chacun a la même légitimité pour en parler et elle ne peut alors avoir de représentant officiel ou officieux.».

Il ajoute que : « L’outrage, serait de forcer une femme à porter le foulard alors qu’elle ne souhaite pas le porter. L’outrage, serait de forcer une femme à enlever son foulard alors qu’elle souhaite le porter. Dans les deux cas, il s’agit d’une entrave à l’émancipation des femmes, qui passe par le respect de leur choix.».

Et si on écoutait les principales concernées ?

Ici, six jeunes étudiantes bruxelloises partagent leurs ressentis et avis quant à la question. Ces dernières portent le foulard et d’après elles, il s’agit d’un choix personnel et qui a fait l’objet d’une réflexion. Elles déconstruisent les clichés auxquelles elles sont confrontées. Parmi eux : le foulard serait un objet de soumission et d’oppression de la femme, la femme voilée ne se lave pas les cheveux,… Elles aspirent à ce que les clichés liés aux femmes portant le foulard disparaissent et qu’elles puissent vivre leur spiritualité sans contraintes. Enfin, selon Mehmet Saygin : «Il faut rester optimiste et continuer à inlassablement rappeler le socle de nos valeurs communes telles que l’égalité et la non-discrimination.».

Yasmine FELFELE

Je m’appelle Yasmine Felfele et j’ai 24 ans. J’ai auparavant fait des études pour devenir professeure de français mais c’est aujourd’hui, en communication à l’ISFSC, que j’ai enfin trouvé l’épanouissement. Pour moi, la vie est un cadeau d’une valeur inestimable que chacun se doit de partager avec les autres. Chaque jour, j’essaye de laisser cette citation de Nelson Mandela guider mes pas: «L’honnêteté, la sincérité, la simplicité, l’humilité, la générosité, l’absence de vanité, la capacité à servir les autres – qualités à la portée de toutes les âmes- sont les véritables fondations de notre vie spirituelle.».

En savoir +

(1) Le voile selon le Coran et en Islam (dans Oumma.com)

Islam politique et charia : QU’en est-il réellement ?

L’union de l’islam et de la politique a souvent eu une image néfaste du point de vue Occidental car souvent rattaché à des groupes extrémistes voire même terroriste. On en dépeint une toile des plus sombres mais qu’en est-il réellement ? qu’est-il dicté dans le Coran et comment sont établies les règles de la charia ?

En Belgique un parti politique nommé islam prône l’application de la charia dans le pays. Ce parti existe maintenant depuis 2012 et a fait pas mal parler de lui pendant le courant de l’année 2018 spécifiquement.

Belgique et charia: une union impossible

Le parti islam est un parti qui a beaucoup de polémique autour de lui. Notamment avec l’affaire de diffamation pour laquelle le cofondateur du parti a été inculpé et jugé coupable en Mai dernier. Redouane Ahrouch, a écopé de 6 mois de prison avec sursis pour avoir refusé de regarder et de saluer une chroniqueuse en justifiant cet acte par le fait que cette dernière est une femme.

Logo choisie pour représenter le parti ISLAM crée en 2012

Le parti a pour objectif de transformer la Belgique en État islamique s’appuyant sur le Coran.

Selon Mohammed Merzoug, ex-ministre des Communication en Algérie (Gouvernement Malek ayant fait face à la vague de l’islamisme en Algérie à son époque) ce genre d’idéologie politique n’a aucunement sa place en Belgique. « L’application de la charia est incompatible avec le droit positif applicable dans une société fondée sur le principe de la souveraineté populaire. » « La charia est fondée sur la souveraineté divine et n’est donc pas susceptible d’évolution et de modification ». Néanmoins le parti revendique le contraire et se veut appliquer la charia en « conformité» avec la constitution belge.

cet extrait tiré d’une émission plateau de RT France nous montre le président du parti ISLAM s’exprimant sur la politique de son parti ainsi que le fait divers énoncé ci-dessus.

La politique islamique en Afrique du nord

Le Maghreb a été fortement touché par cette mouvance politique elle aussi. Dans un ordre chronologique l’Algérie fut la première à être touché avec l’apparition du FIS (Front Islamique du Salut) en 1989. Le parti sera dissous en 1992 et ses deux dirigeants seront jugé et condamné à 12 ans de prison car jugé dangereux pour les institutions de l’État.

L’islamisme refera son apparition en Afrique du nord après la vague révolutionnaire apporté par le printemps arabe. On citera comme exemple Mohamed Morsi qui après le renversement d’Hosni Moubarak deviendra le premier président élu démocratiquement en Égypte. Ce dernier sera destitué à son tour après seulement un an aux commandes du pays et une forte protestation de la part du peuple égyptien.

Selon l’expert interviewé l’islam n’a pas réussi son implantation dans la politique.

« L’islam n’a pas réussi après le printemps arabe.Il a échoué en Algérie après une décennie sanglante qui a fait plus de 200000 morts.Il a échoué en Égypte après la parenthèse présidentielle des frères musulmans.Il est en perte d’influence au Maghreb et noyé dans le désordre chaotique et sanglant du moyen-orient.Les premières expériences d’élections pluralistes ont montré les limites de l’islam politique »

Charia: qui fait les lois ?

Pour mieux comprendre la charia il faut tout d’abord savoir que les musulmans se divisent en plusieurs groupes de croyants distincts. Nous avons les sunnites (majorité des musulmans) que l’on retrouve au Maghreb, au Moyen-Orient ainsi que dans certains pays asiatiques. Les chiites présents dans certaines régions du Moyen-Orient (Irak, Iran). il existe aussi d’autres courants moins importants qui ne possède que très peu de croyants.

La charia est souvent considérée comme l’aspect politique de l’islam mais c’est bien plus que cela. La charia englobe en réalité toutes les règles doctrinales, sociales, culturelles et relationnelles comprise dans ladite religion.

Monsieur Abdelhay Bakkali Tahiri a revendiqué une charia adaptée à l’État belge car la charia serait libre d’interprétation. Alors oui il est vrai que dans l’islam sunnite il n’existe pas d’équivalant au clergé mais il existe des mosquées de grande influence qui ont un rayonnement très important et sont très influent dans les pays voisins. Nous citerons comme exemple la mosquée d’EL Azhar au Caire ou encore Médine en Arabie Saoudite.

la tâche de dicter la charia est léguée aux muphtis(1) qui édicte des Fatwa(2).

En revanche dans le cas de l’islam chiite il existe bel et bien un clergé hiérarchisé comme il fut rappelé dans l’interview.« Le clergé chiite est dirigé par un chef suprême qui est en général nommé Ayatoulah (l’un des titres les plus élevés du clergé chiite) » en effet les chiites ont un leadeur qui occupe la fonction du douzième Imam en attendant son retour prophétique.

un islam moderne ?

Parmi les textes saints, la spécificité du Coran tient, pour la majorité de la communauté musulmane, dans la croyance selon laquelle le texte saint, prophétisé par Mahomet, est la parole « incréée » de Dieu, « descendue » sur le Prophète tout au long de son apostolat. Il ne s’agit plus alors d’un livre « inspiré » mais « dicté ». En somme, le Coran occupe approximativement pour l’islam la nature et le rôle que Jésus, Verbe de Dieu et Dieu lui-même, occupe dans le christianisme. On comprend dès lors que le Coran soit communément considéré par les théologiens musulmans comme un « attribut » de Dieu, consubstantiel à Lui.

En dépit de son expansion et des influences étrangères, l’islam n’a donc pour ainsi dire pas évolué. Une opinion répandue est que cela serait dû à l’impossibilité de modifier le Coran en raison de la croyance en sa nature incréée, pour les musulmans, il n’est pas nécessaire de modifier les textes sacrés, où l’on trouve souvent tout et son contraire.

Pour les musulmans, le Livre saint est unique et exclusif, son texte est en version unique, en une langue unique qui est celle même utilisée par Dieu.  Ajoutons-y le poids des institutions universitaires islamiques de contrôle et de censure. Aussi, tout intellectuel musulman qui ose aborder ces problèmes comme l’aborde un historien des textes, ou sous l’angle historico-critique, devient marginal. Et, quand il publie sur ce sujet, il est vite neutralisé par la persécution, la censure, l’exil forcé, ou volontaire.

L’islam moderne est envisageable, au travers d’une nouvelle charia correspondant à notre société, cependant il sera fortement mal reçu par une grande partie de la communauté musulmane et les réformateurs musulmans qui plaident contre la rupture entre passé et présent en conciliant acquis de la modernité et patrimoine musulman.

Mehdi Merzoug

Je suis âgé de 20 ans, élève en première année de communication à l’ISFSC

essaye d’être le plus photogénique possible comme le montre la photo

En savoir plus :

Projet de campagne ISLAM https://www.islam2012.be/projet

Définition de Mufti (1) https://www.cnrtl.fr/definition/muphti

Définition fatwa (2) https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/fatwa/32988