Liberté de manifester à Bruxelles : réelle liberté ou impression donnée ?

Bruxelles, capitale de l’Union Européenne serait également la capitale de la manifestation car pour beaucoup d’institutions, manifester à Bruxelles reviendrait à manifester en Europe et les images sont diffusées dans plusieurs pays ! Plus de mille rassemblements s’y organisent chaque année pour défendre des causes, toutes bien différentes les unes des autres. Manifester à Bruxelles est autorisé, cela fait partie des droits de l’Homme mais manifester de n’importe quelle façon ? N’importe où ? Certains critères sont à négocier et/ou à respecter car tout n’est pas permis et la décision finale revient au bourgmestre. Des sanctions, parfois lourdes, peuvent tomber si ces restrictions ne sont pas suivies à la lettre. Dans ce cas, sommes-nous réellement libres de manifester ?

Ce 19 septembre dernier, se déroulait une petite manifestation dite surprise à Bruxelles. En effet, une dizaine de personnes militantes de Greenpeace et de Youth for Climate se sont rassemblées en fin d’après-midi devant le Palais royal, alors que les préformatteurs Egbert Lachaert et Conner Rousseau y étaient reçus. Leur but était de tenter d’attirer l’attention des négociateurs politiques afin de rappeler l’importance d’inscrire dans l’accord de gouvernement une politique climatique ambitieuse.

Parmi les manifestants, se trouvaient ces deux adolescentes, Anuna De Wever et Adélaïde Charlier. Ces dernières, âgées de 18 et 19 ans sont d’importantes activistes pour le climat et sont notamment à la tête du mouvement « Youth for Climate » qui rassemblait chaque semaine des dizaines de milliers de personnes.

Lundi 19, elles ont connu leur première arrestation (cette fois-ci administrative), après l’intervention de la police, au bout d’une quarantaine de minutes de manifestation. La raison de celle-ci est le lieu de ce rassemblement. Le Palais royal se trouve parmi les zones neutres de Bruxelles, où les manifestations sont strictement interdites.

Pourquoi une zone neutre ?

La zone neutre, où toute manifestation est strictement interdite, est entre autre composée du Palais royal, le Parlement fédéral, les Parlements régionaux et communautaires, le Ministère de l’Intérieur et des finances mais également le cabinet du Premier ministre.

Le but premier de cette zone était d’empêcher une atteinte au bon fonctionnement de ces institutions.

Un moyen de se faire entendre ?

Ça fait deux ans qu’on est dans les rues et qu’on sort le même message. Aujourd’hui, on a besoin d’entendre de la part de nos politiques que ça va être pris en compte

Adélaïde Charlier lors du rassemblement devant le Palais royal

Au début de l’année 2019, Adélaïde alertait déjà de la gravité du réchauffement climatique et criait dans les rues une urgence. Deux ans plus tard, les choses ne semblent pas bouger et les politiciens n’ont toujours pas réussi à élaborer une politique climatique qui sauverait un peu la situation. Cette manifestation dans la zone neutre serait-elle un moyen de mieux se faire entendre ?

En 2012, une autre manifestation s’était déroulée dans une telle zone à Bruxelles, mais cette fois-ci, plus importante.

Il s’agit du grand rassemblement de pompiers manifestant contre leur plan de pension qui avaient finalement réussi à pénétrer la zone neutre pour y manifester. Certains d’entre eux devaient rencontrer les ministres mais la rencontre n’a jamais aboutie puisqu’ils ont attendu dans la salle d’attente sans que jamais personne ne viennent les chercher.

Les pompiers manifestants dans la zone neutre.

Un pompier s’était d’ailleurs exprimé et expliquait qu’ils montraient leur détermination et leur ras-le-bol. Depuis plusieurs années, le gouvernement leur promettait une réforme. Approchant de nouvelles élections et donc d’un changement de gouvernement, les pompiers voulaient absolument montrer qu’ils attendaient leur réforme.

Cette manifestation leur a été bénéfique car ils ont été entendus.

Le pouvoir est décentralisé. Il n’est pas nécessaire de demander la permission d’une autorité. L’espace public appartient à tous.

Extinction Rebellion (XR)

Ce sont les paroles du mouvement XR. Ce mouvement est habitué à manifester de cette même façon. Selon eux, ce système est toxique et il faut agir plus directement pour un changement, briser les hiérarchies du pouvoir pour une participation plus équitable.

De par leurs méthodes, ils font régulièrement l’objet d’arrestations.

Mais que dit la loi ? D’après l’article 19 de la Constitution belge qui est : « La liberté des cultes, celle de leurs exercices publics, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toutes matières, sont garanties sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de ces libertés », nous pouvons effectivement manifester pour se faire entendre mais dans l’obligation de suivre certaines conditions.

Quel genre de conditions et pourquoi ?

Toutes ces conditions se retrouvent dans la loi, et sont donc officielles. Toutes personnes allant à l’encontre de ces dernières feront un délit et pourront donc faire l’objet d’une arrestation si besoin.

Selon Wafaa Hammich, la porte-parole de Philippe Close le bourgmestre de Bruxelles, ces conditions existent car il faut un équilibre pour toujours pouvoir garantir la liberté d’expression, l’ordre public et la responsabilité des gens.

Au préalable, un dossier doit être rentré et validé. Les démarches ont été travaillées pour que tout soi facile et accessible à tous. Une fois le dossier remis, la police et le Bourgmestre en discutent, pour s’assurer que les incidents savent être évités. Que ce soi le nombre de participants, l’espace public ou autre, tout est négocié et discuté, ensemble, mais une manifestation ne serait jamais jugée sur son fond mais simplement sur sa forme. Nous sommes donc libres de manifester pour n’importe quel motif même si ce dernier ne concerne pas la Belgique.

C’est un réel lien de confiance

Wafaa Hammich, porte-parole de Philippe Close

L’important pour la police et le Bourgmestre c’est d’éviter les incidents afin de garantir l’ordre public. Toujours d’après Wafaa Hammich, il y a un réel lien de confiance entre les organisateurs d’une manifestation et la police.

Durant toute la manifestation, la police encadre et reste en contact avec les manifestants pour que tout se déroule dans les meilleures conditions.

« Une manifestation qui se passe mal n’est jamais une manifestation qui fonctionne. Ni pour le manifestant ni pour la police car le seul but est de faire passer un message. », selon Wafaa Hammich.

Image par Dominic Wunderlich de Pixabay, manifestation Youth for Climate dans les rues de Bruxelles

Notre liberté ne serait pas entravée

Si l’on en croit Wafaa Hammich, Bruxelles est l’une des capitales de la liberté d’expression.

En 5 ans de travail pour le Bourgmestre, elle n’a connu que deux manifestations refusées pour une moyenne de deux manifestations par jour chaque année à Bruxelles. Même durant cette crise sanitaire actuelle il est possible de manifester.

Lorsqu’une manifestation n’est pas autorisée, dans le cas où elle n’est pas non plus interdite, il y a tout de même possibilité de se rassembler. Dans ce cas-là, les manifestants sont prévenus qu’ils n’ont que quelques minutes voire parfois quelques heures pour faire passer leur message mais qu’ensuite, ils devront partir sous peine de se faire arrêter.

Enfin, il est évidemment possible de réfuter un refus de manifestation, auprès du Conseil d’Etat.


Auriane Romain

Etudiante en 1ère année de communication à la Haute-Ecole ISFSC à Bruxelles. Passionnée de théâtre et des enfants, sa devise est « Quand on veut, on peut ! »


Liberté d’expression : un pilier pour nos journalistes et politiciens

La liberté d’expression en 2020 en Europe est plus fragile qu’on ne le pense. Cette liberté varie en général de pays en pays en fonction des différents régimes totalitaires, démocratiques ou encore dictatoriaux. Certains d’entre eux ruinent cette liberté de s’exprimer et ne respectent en aucun cas cet état de droit que nous avons en Belgique. Avoir cette opportunité ne nous permet pas d’en abuser pour autant.

Quelles limites devrons-nous nous mettre pour éviter ces régimes? D’après Michel De Maegd, ancien journaliste et actuel député fédéral :  » la liberté d’expression n’a qu’une seule limite, la loi. ». Pour lui, c’est la seule limite imposée, chaque individu a l’opportunité de s’exprimer tout en la respectant. Toutes autres limites seraient subjectives et favoriseraient de sérieuses critiques.

Qu’est-ce que la liberté d’expression ?

Considérée comme une liberté fondamentale, la liberté d’expression est inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU 1948, article 19) : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre sans considérations de frontières les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Elle suscite donc de nombreuses critiques; pourtant il suffirait de se rendre compte de la chance qu’on a d’avoir un régime comme celui là. Comme Michel De Maegd l’a affirmé : « Il suffit de voyager pour voir que c’est un luxe de faire partie d’un régime démocratique. ». On peut le remarquer dans certains Etats où voyager dans le monde n’est pas autorisé. Des Etats vivant la dictature comme la Biélorussie. Pourtant, malgré ces avantages, nous sommes loin d’un régime stable.

D’un point de vue politique

Un député est un élu du parlement qui contrôle le gouvernement et travaille pour le législatif. Il a comme tout citoyen le besoin de contre-pouvoir en dénonçant certaines failles du gouvernement. L’affaire du Samusocial à Bruxelles est un bon exemple car il a été dénoncé par des députés bruxellois. 

La liberté est mouvante à travers nos époques et ses différents régimes qui évoluent au gré des votes des électeurs, des crises telles qu’on le vit aujourd’hui avec la crise sanitaire (Covid 19) et des humeurs des électeurs. Cette évolution alimente le complotisme ainsi que les populismes au sein des états. Ce droit est constamment mis en danger et ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Tout de même, d’après Michel De Maegd, il est bien loti en Belgique car il est protégé par la loi qui a évolué au fil des années pour avoir un effet le plus optimal possible. 

Cette profession de politicien n’est tout de même pas à l’écart de certaines critiques. Certains partis comme les partis extrémistes mettent en danger cette liberté d’expression. Ainsi que quelques pays de l’union Européenne qui ne respectent pas le traité international de la convention de sauvegarde des droits de l’homme qui a été signé à Rome le 4 novembre 1950. La Hongrie ou la Pologne sont des exemples à ne pas suivre qui ne respectent pas ce traité. Des zones LGBT free font preuve de discrimination à l’encontre des homosexuels, des transgenres, des gays et des lesbiennes, tout ça au sein même de l’Union Européenne. Cependant, il est tout à fait autorisé de défendre ces idées tout en la respectant, ce que certains partis n’arrivent pas à faire. Ces groupements politiques abusent du pouvoir qu’ils ont pour faire régner leur opinion sans tenir compte de l’opinion des autres citoyens. 

D’après Michel De Maegd : « Je crains l’instrumentalisation de mes propos, j’ai peur que l’on ne prenne qu’une partie de phrase. ». C’est malheureusement le désavantage de notre génération, une génération basée sur des titres trompeurs, une génération qui ne vit que par les réseaux. Comme on le sait, les réseaux sociaux ne donnent pas souvent les bonnes informations. Les pièges aux clics est l’un des exemples les plus explicites. Des titres exclusivement destinés à attirer l’attention d’un maximum d’internautes. Une solution pour ce problème pourrait être d’inscrire la neutralité d’internet dans la loi et les règlements. Le 15 août 2016 le débat était sur la table de l’international Federation of Library Associations and Institutions (Ifla). 

Michel De Maegd
Ancien journaliste et actuel député fédéral
Photo prise pendant l’interview par Eugénie Cayphas, 1ère

D’un point de vue journalistique

Un journaliste est une personne qui recherche, écrit, vérifiant les informations afin de distribuer une information de manière pertinente. D’après Michel De Maegd : « Un bon journaliste est curieux, historien de la semaine, indépendant, se soucie de la vérité et ne tombe pas dans la facilité. »

Cette profession de journaliste demande beaucoup de neutralité et d’objectivité. Ces deux notions permettent aux journalistes de faire abstraction de leurs pensées, leurs émotions, leurs convictions pour faire en sorte de rédiger un article neutre des faits énoncés d’actualité ou passés. Il ne peut pas se permettre de sortir une information orientée politiquement, par exemple, sauf si le journal lui-même l’est. Toutefois, certaines situations plus délicates telles que des attentats, des massacres, leur permettent de mettre leur neutralité de côté. Ils restent humains, et comme tout autre citoyen, ils ont des sentiments et de l’empathie. Comme le philosophe britannique Hume déclarant que ces deux vertus permettent de fonder un jugement. Grace aux sentiments moraux, on va faire la distinction du bien et du mal. On observe les faits et, par empathie, l’idée que nous avons devient une impression, et c’est par cette impression que nous ressentons un sentiment et que nous élaborons un jugement moral. Ainsi les éditoriaux constituent des articles où ils donnent leur avis, font des commentaires,… 

Faisant partie aussi du contre-pouvoir, un chroniqueur a la capacité d’éclaircir les failles, les enquêtes, les faits de corruption en étant libres d’agir « en étant loyal » comme l’a annoncé Michel De Maegd pendant notre interview. Le journalisme a été défini comme « Quatrième pouvoir », opposition aux trois autres pouvoirs de l’état (le législatif, l’exécutif et le judiciaire). Pourtant, il n’a rien à voir avec eux. C’est là qu’on se rend compte du pouvoir qu’ont les journalistes, et aussi le danger que cela représente. C’est pour ces raisons que des lois et des règlements sont mis en place pour faire en sorte de ne pas abuser de cette « puissance ». La déontologie journalistique permet elle aussi d’éviter les excès en matière de médias. Aussi appelé Conseil de presse, il veille à ce que les journalistes respectent les règles établies par différents membres de cet organe.

La liberté d’expression n’est limitée que par la loi. La convention des droits de l’homme et la constitution le précisent. Certaines autres lois publiées dans le moniteur Belge telles que la constitution Belge Art. 19 et 25, sont aussi là pour l’encadrer. Les insultes, les diffamation, le racisme, la xénophobie… sont des exemples d’expression toute à fait interdites sous peine de sanctions. Mais Est-ce qu’elle sera un jour sans limites? La liberté d’expression suscitera-t-elle toujours autant de critiques? Disparaitra-t-elle un jour?

Pour en savoir +

Michel De Maegd n’est pas le seul journaliste a s’être redirigé vers le monde politique. Florence Reuter actuellement Bourgemestre de Waterloo et ancienne journaliste pour RTL-TVI. Ainsi que Siegfried Bracke, une ancienne figure emblématique de la VRT et actuel président de la Chambre des représentants en Belgique. Deux autres présentateurs de la RTBF Anne Delvaux et Olivier Maroy ont eux aussi quitté cette profession pour exercer des fonctions politiques.

Eugénie CAYPHAS
Je suis âgée de 19 ans. Je suis étudiante en 1e année de communication à l’ISFSC.

Webographie :

(1) Observatoire de la déontologie de l’information. Création du Conseil de déontologie journalistique et de médiation le 2 décembre. (consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.odi.media/les-articles/creation-conseil-de-deontologie-journalistique-de-mediation-2-decembre/

(2) Rédaction RTBF. Liberté d’expression : quelles sont les limites? Que dit la loi?. Dans : RTBF info. 15 janvier 2015 (mis à jour le 14 janvier 2015). (consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_liberte-d-expression-quelles-sont-les-limites-que-dit-la-loi?id=8722028

(3) MERCIER, Arnaud. Pourquoi une information ne sera jamais totalement objective. Dans La revue médiatique. 28 mars 2019 (mis à jour le 9 avril 2019). (consulté le 17 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://larevuedesmedias.ina.fr/pourquoi-une-information-ne-sera-jamais-totalement-objective

(4) FETTWEIS, Maxime. Ces célébrités belges qui se sont engagées en politique. 12 janvier 2018 (mis à jour le 13 janvier 2018). (Consulté le 18 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_oprah-winfrey-fera-t-elle-comme-ces-celebrites-belges-qui-se-sont-engagees-en-politique?id=9809527

(5) DAAM, Nadia. Les journalistes doivent-ils et peuvent-ils être objectifs ? 30 juillet 2019. Dans : France inter. (Consulté le 18 décembre 2020) Disponible à l’adresse : https://www.franceinter.fr/emissions/le-debat-de-midi/le-debat-de-midi-30-juillet-2019

(6) Déclaration universelle des droits de l’homme. Le 10 décembre 1948. Dans : ONU. (Consulté le 16 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/

(7) DE MAEGD, Michel. Le site de Miche De Maedg. 2020 (consulté le 28 novembre 2020 ). Disponible à l’adresse : https://micheldemaegd.be

(8) Euronews. Pologne : au coeur des « LGBT-free zones », porte ouverte au discrimination. 30 juillet 2020. (Consulté le 17 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://fr.euronews.com/2020/07/30/pologne-au-coeur-des-lgbt-free-zones-porte-ouverte-aux-discriminations

(9) AMNESTY INTERNATIONAL. Les limites de la liberté d’expression. 16 octobre 2016. (consulté le 18 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.amnesty.be/campagne/liberte-expression/liberte-expression/article/les-limites-a-la-liberte-d-expression

(10) CONSEIL DE L’EUROPE. Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentale telle qu’amendée par les Protocoles n° 11 et n° 14. Rome, 4.XI.1950. (Consulté le 18 décembre 2020). Disponible à l’adresse : https://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/rms/0900001680063776