Être une femme dans l’espace public, ça fait quoi ?

Les femmes sont libres de circuler comme elles le souhaitent en Europe. Mais, elles ne se sentent pas toujours à leur place dans l’espace public. « C’est une société faite pour les hommes et par des hommes » témoigne Aurore Kesch. © Photo by David Marcu on Unsplash

Les femmes sont-elles réellement libres de circuler comme bon leur semble ? Ont-elles les mêmes libertés de circuler que les hommes ? Pour la présidente nationale de Vie Féminine : Aurore Kesch, la réponse est mitigée. Oui, la loi indique que les femmes peuvent sortir de chez elles sans qu’on le leur interdise. Mais non, elles ne se sentent pas à leur place dans l’espace public.

Selon une étude menée en 2019 par Pro Velo « Les femmes et le vélo dans les rues de Bruxelles » (1) . Les femmes roulent moins à vélo que les hommes. On y retrouve comme principales raisons, les tâches ménagères et familiales, le manque de confort et de sécurité. En effet, si le port d’une jupe est délicat lorsque les femmes prennent le vélo, elles ne se sentent pas non plus à leur place dans l’espace public.

55%, soit 102 millions, des femmes habitant dans l’Union Européenne ont vécu dès l’âge de 15 ans du harcèlement sexuel dans la rue. La France, la Suède, les Pays-bas , la Finlande et le Danemark sont considérés comme les pays avec le plus haut taux de harcèlement sexuel. La Belgique, quant à elle, ne se retrouve pas en tête de gondole mais se retrouve avec 60% de prévalence et 47% d’incidence. La majorité des incidents seraient commis à 71% par un homme. 21% par un groupe d’hommes et de femmes et 2% par des femmes. Indique l’étude menée par FRA en 2016. (2)

L’espace public, qu’est-ce que c’est ?

Si le sujet paraît simple à définir, il est plus compliqué que cela. L’espace public n’est pas seulement la rue, ce sont aussi les endroits fermés où la société peut se retrouver, ensemble pour débattre, discuter, échanger des idées, … .

Pour Aurore Kesch, l’espace public n’est pas neutre. La société parle de genre : hommes et femmes. Les femmes vivent au quotidien des dangers et des menaces (se faire suivre, se faire siffler, se faire agresser physiquement ou verbalement) qui leur sont spécifiques contrairement aux hommes. Les transports en commun à Bruxelles ne sont pas non plus bien équipés pour les responsabilités familiales.(3) Entre les détours pour arriver à un ascenseur et les trams pas assez spacieux pour les poussettes, cela rajoute des difficultés dans la vie de maman ou de papa. « Laisser ma fille rentrer seule à minuit à pied, est inconcevable » explique Aurore, car la menace et la peur sont présentes.

© Konibini News – Harcelée dans la rue, elle filme la scène pour montrer ce que les femmes vivent au quotidien.

Entre le confort des hommes et l’inconfort des femmes …

L’inconfort physique est aussi présent et sans que la population s’en rende forcément compte.

Le manspreading qui irrite la toile par excellence est une pratique qui est bien plus que visible ! L’origine de ce mot vient de man qui signifie homme et spreading, s’étaler. Dans la nouvelle BD : M’explique pas la vie mec ! de Rokhaya Diallo et Blachette, (4) on y retrouve ce genre de situation. Quand les hommes écartent leurs jambes d’une certaine façon et de manière naturelle, sans s’en rendre compte. Ce phénomène peut facilement agacer la gente féminine. En effet, une femme assise à côté d’un homme où ses genoux touchent les siens sans qu’il s’en rende compte. C’est agaçant. Cela peut, chez certaines, provoquer un sentiment d’étouffement. Chez l’homme, cela provoquera plus un sentiment de domination. Cette pratique est aussi utilisée chez les politiciens.(5) La loi interdisant le manspreading est d’ores-et-déjà applicable en Espagne, dans les transports publics. « Maintenant je ne me laisse plus faire, je le fais aussi. {…} Je ne vais pas bouger mes genoux, c’est de l’intimidation. » confie Aurore Kesch.

Sécurité et manque de clarté ne vont pas de pair, c’est bien connu. Les rues désertes, sans beaucoup d’éclairage ne font pas tellement rêvés. Pourquoi ? Parce que c’est dangereux ! C’est comme si vous prenez la voiture, de nuit, sans allumer vos phares en empruntant un chemin mal éclairé. C’est se jeter dans la gueule du loup. Alors oui, comme le dit si bien Grand Corps Malade et Suzane dans leur chanson : Pendant 24h : « J’irai marcher la nuit, je prendrai pas de Uber ».(6) Sauf que la réalité est légèrement plus différente. Pour que l’espace public soit adapté, il faudrait mettre aux endroits comme les gares et petits chemins quelques luminaires en plus.

Un des « petits trucs » des femmes quand elles se sentent en danger c’est le téléphone. © Photo by Sven Mieke on Unsplash

Contraintes, qui sont-elles ?

Les contraintes chez les femmes, il y en a et pas mal ! L’endroit, comment elles y arrivent, la manière dont elles vont s’habiller, se comporter, ce qu’elles doivent avoir sur elles, comment elles vont rentrer, qui elles doivent prévenir, … Elles sont préparées mentalement à sortir de chez elles. « Le poids mental, c’est le premier impact. Il faut le vouloir de sortir » confie Aurore Kesch. Certaines d’entre elles ont des stratégies d’évitement et « des arrangements avec leur conscience » explique-t-elle. Prendre un chemin un peu plus long est un exemple de stratégie d’évitement. Se dire que c’est parce qu’elle voulait voir cette statue ou passer par là est un arrangement avec sa conscience. La femme ne voulait pas spécialement prendre ce chemin plus long pour passer par ce petit pont. Elle évite juste une rue où elle se sent en danger. Un des « petits trucs » des femmes quand elles se sentent en danger c’est le téléphone. Sortir le téléphone, faire semblant ou être réellement en communication avec quelqu’un les rassure. C’est ce que les filles remarquent. Moins de risques éventuels ou en tout cas moins d’ennuis ou d’agressions si vous êtes au téléphone.

Des contraintes, il y en a. Des comportements à revoir, aussi. Un aménagement plus sécurisé et fait pour les deux sexes, les femmes en demandent. « Il faut que les mentalités changent. » confie Aurore Kesch. Même s’il y a des progrès, tout porte à croire qu’il y a encore du chemin à parcourir avant que les femmes ne se sentent, réellement, en sécurité dans les espaces publics.

A lire aussi : sac à main rime avec femmes, vous avez dit ?

Il existe des différences, ce n’est pas nouveau. Mais s’attarder sur de petits détails de la vie, oui. Sac à main encombrant ? Sac à main pratique ? Sac à main seulement pour la gente féminine ? Sac à main fourre-tout ? Sac à main minimaliste ? Autant de sacs à main différents pour chaque femme sur cette planète. N’avez-vous jamais remarqué que c’était les femmes les sauveuses de situation ? Pourtant, c’est bel et bien ce qu’affirme Aurore Kesch :  » Les hommes, n’ont rien, juste leur portefeuille qu’ils mettent dans leur poche arrière. Pas de maquillage, pas de mouchoir, pas les papiers pour tout le monde. {…} Chez le partenaire féminin, il y a cette idée de gestionnaire de bonne mère de famille.« 

Par exemple, si l’enfant a oublié un masque pour l’école, ce n’est pas grave, maman en a un dans son sac. Il dénonce aussi les diktats de beauté ; quelle femme n’a jamais emporté avec elle, son tube de rouge à lèvres ou de l’aspirine ?(7) Pas beaucoup. Le sac à main est encore trop peu utilisé chez les hommes car il se dit encombrant. Il l’est, en effet. Et pas assez viril. Pour la virilité, le monde de la mode a déjà commencé à réfléchir à des modèles un peu plus « hommes ». Il y a déjà du progrès avec la fameuse banane ou sacoche. Les femmes, contrairement aux hommes, ne sont donc pas tout à fait libres de leurs mouvements avec le téléphone dans une main, le sac dans l’autre.

Catherine DAMMANS

Âgée de 18 ans, je suis en 1ère année à l’ISFSC en communication et j’aime jouer sur les planches d’un théâtre.

En savoir plus ?

Le harcèlement de rue continue. Même en confinement. Si les femmes se pensaient plus en sécurité pendant cette période. C’est raté.

Après le manspreading, voici le mansplainning ! Cette façon qu’ont certains hommes à expliquer de manière paternaliste certaines choses à des femmes expertes sur le sujet. Pour en savoir plus, voici un article publié par ELLE.be : Le mansplaining expliqué par un homme.

Les femmes se battent aussi contre les diktats de beauté ! Le Barbiegirlchallenge est un challenge qui vient de l’application TikTok. Un challenge qui met en avant le féminisme. On y voit des jeunes filles et des femmes se rebeller contre ces diktats.

Webographie:

(1) ProVélo : Être femme et cycliste dans les rues de Bruxelles. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.provelo.org/fr/page/femmes-cycliste-bruxelles

(2) Garance asbl : Le harcèlement sexiste dans l’espace public. Analyse de la littérature scientifique. Rédigé en octobre 2016. {Consulté le 07 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : http://www.garance.be/docs/16HSEPrevuelitterature.pdf

(3) Elodie Blogie & Anne-Sophie Leurquin, Le Soir + : Les nouveaux modes de déplacement ne prennent pas assez en compte les réalités familiales. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://plus.lesoir.be/274477/article/2020-01-21/les-nouveaux-modes-de-deplacement-ne-prennent-pas-assez-en-compte-les-realites

(4) Audrey Vanbrabant, Rokhaya Diallo et Blachette déconstruisent le mansplaining avec humour. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_rokhaya-diallo-et-blachette-deconstruisent-le-mansplaining-avec-humour?id=10625942

(5) Quotidien (France), Zoom : aux origines du « manspreading ». {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/zoom-aux-origines-du-manspreading-34910310.html

(6) Grand Corps Malade & Suzane, Pendant 24h. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=eCAwpp1H_II

(7) Femmesdébordées.fr, Les indispensables de mon sac à main. {Consulté le 05 décembre 2020}. Disponible à l’adresse : http://femmesdebordees.fr/les-indispensables-de-mon-sac-a-main/

Pourquoi les femmes roulent moins à vélo que les hommes ?

Le vélo pratique, danger public, gagne-temps, voiture du pauvre. Autant de clichés que de raisons qu’ont les femmes de ne pas prendre ce moyen de transport.

Les femmes ne représentent que 36% des cyclistes. Photo by  VISHAKHA JAIN on Unsplash – free photo. Libre pour usage commercial et usage non-commercial, pas d’attribution requise.

Selon une étude menée par Pro Vélo en 2019, seuls 36,1% des cyclistes sont des femmes contre 63,9 % d’hommes. Cette différence a poussé la région de Bruxelles-Capitale à prendre une initiative. Le vélo social a pour objectif de (re)donner le goût aux femmes d’emprunter davantage le vélo comme moyen de transport. Les personnes les plus défavorisées pourront bénéficier d’une location ainsi qu’un cours d’initiation.

Le vélo entre craintes et contraintes… les femmes le trouve dangereux.

Si les femmes empruntent moins le vélo que les hommes, c’est pour trois raisons principales. L’insécurité routière, le manque d’aménagements et d’aisance. Les femmes trouvent que prendre le vélo est plus dangereux que prendre la voiture ou les transports en commun. A cela s’ajoute le manque de luminosité en hiver. Elles sont moins à l’aise que les hommes. L’aspect esthétique représente également un frein. « Le vélo empêche de correspondre aux normes de beauté », explique Aurore Kesch (présidente nationale de l’ASBL VieFéminine, engagée contre le sexisme).

En 1998, les femmes ne représentaient que 23,8% des cyclistes, précise l’étude menée par Pro Vélo. La tendance est donc à la hausse. Le restera-t-elle ?