« Elles n’étaient pas bandantes » : faire de la liberté d’habillement une condition d’érection.

Aujourd’hui, il est difficile d’échapper à la question du code vestimentaire. Les vêtements sont partout. Et ils ont un impact sur nous-mêmes et sur les autres.
Cependant qu’en est-il des femmes ? Sont-elles libres de s’habiller comme elles le veulent ?

En début d’année, un mouvement, qui consiste à dénoncer les règlements scolaires1 jugés sexistes et à défendre le droit de s’habiller librement, est lancé sur les réseaux sociaux français. « Tenue correcte exigée » : réflexions sexistes, discrimination de genre. Les femmes veulent se faire entendre et défendent leurs droits, des hommes s’y mettent également.

SUD éducation, Le sexisme fait sa rentrée [tweet en ligne]. 17 septembre 2020, 16h22. Disponible à l’adresse : https://bit.ly/3h9ShwJ

Règlement oppressant et sexiste

Les résultats autour de la recherche « liberté de se vêtir »2 sur Google Actualités prouvent bien que c’est un sujet fortement abordé de nos jours. Que ce soit au travail, à l’école, etc.
D’ailleurs on ne manque ni d’anecdotes d’élèves à ce sujet, ni de recherches et de livres sur l’égalité filles-garçons. Alors pourquoi sommes-nous encore si peu avancés dans nos règlements scolaires qui reposent encore largement sur des stéréotypes de genre ?

« Pas de décolletés trop prononcés, pas de jupes trop courtes, pas de pantalons déchirés, pas de débardeurs à fines bretelles ou bustiers… » Des injonctions qui concernent principalement le vestiaire féminin.

Audrey Renault


Selon Noémie Aulombard, docteure en science politique et spécialiste des mouvements sociaux et des questions liées au genre et au corps, il est très difficile de définir ce qu’est une tenue correcte ou décente. Elle explique : « Comme toute notion qui a trait à la morale, il y a autant de définitions de la décence que d’individus ; et c’est cela qui pose problème, au fond. »

« Je peux m’habiller en première communiante et faire les pires conneries du monde, et au contraire mettre un crop top et finir première de la classe. »

Maeva

Il faut effectivement imposer quelques règles mais les filles ne doivent pas pour autant avoir plus de contraintes que les garçons. Pourquoi un garçon a-t-il le droit de porter un marcel tandis qu’une fille n’est pas autorisée à porter un débardeur ? N’est-ce pas la même chose au fond ? Il faut également prendre en compte que la mode ne facilite pas les choses. Aujourd’hui les crop tops sont très tendance. Maeva prend la parole dans un article3 de Slate : « Le règlement est oppressant et sexiste. Nos vêtements n’influencent pas notre motivation ou notre sérieux. »

©Sanaga. Lycée = tenue correcte exigée [dessin], 30 septembre 2020. Disponible à l’adresse : https://www.facebook.com/LesDessinsDeSanaga/photos/837720646974090

La tenue correcte au lycée, comme au travail, serait liée à la tendance « power suit » ou « power dressing » apparue dans les années 1980 selon Ariane Fennetaux, spécialiste de l’histoire du vêtement et des pratiques vestimentaires. Cette tendance consiste à ce que les femmes adoptent le costume masculin des hommes d’affaires. Ceci afin d’être prises au sérieux au travail. Cependant il ne faut pas être trop masculines non plus afin de ne pas être vues comme trop ambitieuses, ce qui pourrait déclencher un sentiment de menace envers les hommes.

De « tu fais trop négligée » à « c’est un peu trop décolleté »

Dès leur plus jeune âge, les filles sont donc conditionnées à faire « attention » à leur tenue vestimentaire. Cela pour éviter de « provoquer » ou encore de « laisser entendre que » et d’en arriver à des violences sexuelles.
Le vêtement féminin a donc un statut complètement particulier, contrairement au vêtement masculin. « Pas assez féminine, trop vulgaire » les femmes sont sans cesse jugées.

« Be a lady they said ». Réalisateur : Paul McLean [vidéo en ligne]. Dans : Vimeo. 23/02/2020. Disponible à l’adresse : https://vimeo.com/393253445

Le vêtement devient presque un symbole. Un symbole de frivolité, de force, de timidité.
Mais il y a une chose à prendre en compte comme l’a bien expliqué Catherine Joubert, médecin psychiatre, c’est qu’un même vêtement peut dire des choses différentes d’une personne à l’autre et que tout dépend de la manière dont c’est pris dans l’histoire de chacun.
Évidemment les hommes peuvent être également jugés sur leur apparence. Mais de manière générale ils seront plutôt jugés sur leurs actes et leurs paroles. Cependant on peut observer dans cet article4 que les hommes qui s’habillent hors des normes sont assez mal vus aussi.

Liberté de mouvement

Comme l’a dit Valérie CG, blogueuse féministe, dans son article5 publié sur Deuxième Page : « La liberté des femmes de porter tel vêtement est fondamentale parce que le vêtement féminin a toujours été, et est encore, un moyen de contrôle des femmes. »
Le fait de dire à une femme qu’habillée de cette manière, elle risque le viol ou de lui dire qu’en portant le foulard elle doit éviter certains lieux, c’est limiter sa liberté de mouvement. On crée une peur. Le pire, c’est que s’en est devenu un conseil de bon sens. En ayant ce genre de propos, on protège la femme malgré elle et on la rend responsable de ce qui pourrait lui arriver. « Ces femmes agressées ou harcelées sont trop fréquemment tenues pour responsables de ce qui leur arrive. Le débat du style vestimentaire surgit et finit bien souvent par l’emporter, justifiant ce qui est et doit rester injustifiable » précise le porte-parole d’HandsAway, application mobile qui a pour objet de lutter contre les agressions sexistes.
On constate même dans un article du journal français l’Humanité des chiffres alarmants en rapport avec la culture du viol6.

Source : enquête « les Français-e-s et les représentations sur le viol », Mémoire traumatique et victimologie – Ipsos, décembre 2015
Un vêtement de l’exposition « What Were You Wearing ? » [photo : Jennifer Sprague]

« Elle l’a bien cherché », Catherine Joubert n’est pas d’accord. Selon elle, le vêtement est quelque chose de bien plus personnel et intime vis-à-vis de soi. Surtout chez les jeunes femmes voire les adolescentes. C’est à travers le vêtement, qui est surtout destiné à elles-mêmes, qu’elles font l’expérience de leur féminité et de leur image, souvent dans des mises en scène de soi. Elle précise : « C’est important de se réapproprier quelque chose de soi, ne pas avoir l’impression d’être un objet ». Et ajoute : « Le corps est un espace d’exposition, de construction et qui est toujours en devenir. »


Parlons aussi du fait que la femme peut voir sa liberté de se vêtir réduite par son entourage. Il n’est pas rare qu’un conjoint se permette de lui dire qu’il est hors de question qu’elle sorte en minijupe ou avec ce décolleté. On vient museler l’image de l’autre contre son gré. Catherine Joubert commente : « Tout ce qui est imposé sur le corps de l’autre me semble inadéquat et de l’ordre de l’emprise ». Effectivement, c’est le signal d’alarme. Il est important que la liberté individuelle du corps et la liberté de se vêtir restent absolument complètes. Les liens amoureux n’ont en aucun cas à s’exprimer là-dessus.

Codes vestimentaires

On l’aura bien compris, il existe des codes. Ils changent en fonction des pays et des époques.
Et que ce soit voulu ou non, on communique à travers nos vêtements. Hanna Gas, experte en étiquette, explique dans son article7 que si l’on s’habille avec légèreté, on sera traité avec légèreté. Et raconte dans sa vidéo8 que : « Si vous êtes habillées en prostituée vous serez traitées en prostituée. »

Une tenue n’est donc pas neutre. Il faut apprendre les codes vestimentaires pour pouvoir sociabiliser car c’est grâce à eux qu’on peut vivre dans le respect et la bienveillance. Certaines personnes revendiquent la liberté de s’habiller comme on le veut car elles souhaitent détacher le vêtement de sa signification. Cependant il y a la théorie et la pratique. Une femme devrait pouvoir marcher dans la rue en soutien-gorge sans avoir à subir une agression, mais en pratique ça semble être compliqué.

La femme est encore loin de pouvoir s’habiller comme elle le souhaite. Trop dénudée ou pas assez, ce sont des luttes qui méritent, toutes deux, d’être prises en compte. On s’habille pour soi mais aussi pour les autres. Il y a des codes à respecter mais notre liberté de se vêtir ne devrait pas en être entravée.
Les médias ont une grande responsabilité des idées actuellement véhiculées, bonnes ou mauvaises. Mais c’est par ce billet que l’évolution pourra prendre place. Grâce à la nouvelle génération qui s’insurge chaque jour un peu plus, ces luttes se verront avancer positivement.

Pour en savoir + 

Quelques liens complémentaires pour élargir votre connaissance sur le sujet :
1. Nos vêtements-émotions : C. Joubert et S. Stern expliquent dans une interview l’influence, l’importance de nos vêtements.
2. « Tu étais habillée comment? » : L’expo qui montre que viol et vêtements des victimes n’ont rien à voir.
3. La révolte du crop top : le mouvement du 14 septembre expliqué aux enfants.

Louise LEVEAU
Étudiante de 24 ans en 1ère année de communication à l’ISFSC

Webographie

  1. Juvé, M., & de Rubercy, J. (2020, 14 septembre). #Lundi14Septembre : « C’est comme une petite rébellion contre le règlement si misogyne » témoigne une lycéenne. France Inter. https://www.franceinter.fr/societe/lundi14septembre-c-est-comme-une-petite-rebellion-contre-le-reglement-si-misogyne-temoigne-une-lyceenne

  2. Liberté de se vêtir. (2020). Google Actualités. https://news.google.com/search?q=libert%C3%A9%20de%20se%20v%C3%AAtir&hl=fr&gl=FR&ceid=FR%3Afr

  3. Renault, A. (2020, 25 septembre). C’est quoi, une tenue correcte? Slate. http://www.slate.fr/story/195350/vetements-ecole-college-lycee-reglement-interieur-14-septembre-blanquer-tenue-republicaine-stereotype-genre-sexiste

  4. Leveau, L. (2020, 20 décembre). L’homme conditionné à être viril. Libertés. https://libertes.commu.isfsc.be/index.php/2020/12/20/lhomme-conditionne-a-etre-viril/

  5. Crêpe Georgette, V. (2020, 29 février). Défendre les droits vestimentaires des femmes, quels qu’ils soient, pour défendre toutes les femmes. Deuxième Page. https://www.deuxiemepage.fr/2016/08/26/tribune-valerie-cg-defendre-droits-vestimentaires-femmes-defendre-toutes-femmes/

  6. « Ce n’était pas vraiment un viol ; et puis, elle l’a bien cherché ». (2016, 3 mars). L’Humanité. https://www.humanite.fr/ce-netait-pas-vraiment-un-viol-et-puis-elle-la-bien-cherche-600940

  7. Gas, H. (2020, 10 août). Le plus gros problème du « s’habiller comme on veut ». Apprendre les bonnes manières. https://apprendre-les-bonnes-manieres.com/habiller-comme-on-veut/

  8. Apprendre les bonnes manières. (2020, 8 août). Le plus gros problème du « s’habiller comme on veut » – Parlons d’élégance… YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=etDeLkhWKiE&feature=emb_title

Le sexisme s’attaque aussi aux hommes

Les problématiques liées aux femmes sont de plus en plus mises en lumière, ces dernières étant la plupart du temps les victimes du sexisme ordinaire. Mais qu’en est-il du vécu des hommes ?

« Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Il s’agit de tout foutre en l’air », proclame Virginie Despentes.

Le congé paternité est un exemple important de cette inégalité. Mais cela change. En effet, la durée de ces congés passera de 10 à 15 jours dès le 1er janvier 2021 et à 20 jours en 2023. Pierre-Yves Dermagne, ministre de l’Economie, a annoncé en novembre dernier « C’est une mesure symbolique et concrète pour l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Une pression vicieuse

Le sexisme se dissimule également parmi des stéréotypes bien ancrés. Le média AOILP nous expose plusieurs témoignages d’hommes en vidéo. Ils expriment des exemples de clichés connus : « un homme ne pleure jamais », « un homme ne doit avoir peur de rien », « un homme est censé être plus fort qu’une femme », sans compter la pression de la galanterie masculine. Par ces témoignages, ces hommes dénoncent les codes masculins que la société leur impose. L’un d’eux définit la virilité comme un rôle à jouer, « je pense que ça peut être un peu lourd à porter pour beaucoup de mecs, voire toxique, car ce n’est pas la réalité », conclut-il.

Le Robert définit le féminisme comme « une doctrine qui préconise l’égalité entre l’homme et la femme ». Cependant, ce terme est parfois encore perçu comme un combat des femmes contre les hommes. ©galasse_creations

Être soi-même : le genre idéal

A l’heure actuelle, les luttes pour la liberté d’être soi se font de plus en plus nombreuses. Mais les sociétés occidentales sont-elles faites pour nous laisser cette liberté ? Marion, fondatrice de Pépite Sexiste, et Bernard Guillemin, coordinateur chez Alter Visio, analysent l’impact qu’a la notion de genre au sein du marketing et de l’éducation.

« Le fait que mon fils mette des robes aujourd’hui ne veut pas dire qu’il se questionne sur son identité de genre. Au contraire, il se construit sur son identité de genre », affirme Bernard.

Le genre : quel impact sur notre identité ?

Le genre qui nous est attribué à la naissance en fonction de notre sexe a un impact sur notre construction en tant qu’individu. Thierry Hoquet, professeur de philosophie à Nanterre, affirme que nous ne connaissons pas de femmes ou d’hommes nus au sens biologique du terme. D’après ses études, nous rencontrons uniquement des femmes et des hommes qui se construisent autour de plusieurs facteurs tels que la société, l’époque ou le lieu où ils se développent. Il explique son point de vue, construit au fur et à mesure de ses recherches, dans un podcast de la série Les couilles sur la table de Victoire Tuaillon.

Le marketing genré, un genre de marketing

Selon Marion, la notion de genre est présente dans toutes les constructions de la société. C’est dans le secteur du marketing que son entreprise Pépite Sexiste mène son combat. Elle offre une plateforme aux consommateurs afin de dénoncer le sexisme ordinaire et les stéréotypes diffusés par le marketing.
Son slogan précise ses attentions : « Nous ne sommes pas l’ennemie des marques mais leur alliée vers plus de modernité ». Du haut de ses 211 000 abonnés sur Instagram et 87 200 sur Twitter, l’association dispose d’une certaine notoriété. La jeune entrepreneuse déplore une dichotomie entre les stéréotypes féminins et masculins. Elle illustre son analyse par des exemples qu’elle rencontre dans son travail : alors que les produits ciblant les hommes sont créés pour les rendre forts et courageux, les produits visant un public féminin axeront leur marketing autour de la douceur et de la romance. Sur son compte, on retrouve également des dénonciations dans le rayon de jouets pour enfants. Selon l’entreprise, il s’agit du domaine de prédilection du sexisme ordinaire.

La taxe rose illustre de manière flagrante le sexisme dans le marketing. Il s’agit d’une différence de prix pour un même produit de consommation, avec pour unique différence que l’un est attribué à un public masculin, tandis que l’autre vise un public féminin. Cette « taxe » pénalise ce dernier, le produit arborant un prix plus élevé.

Pépite Sexiste se bat pour des normes de genre moins rigides et moins stéréotypées. Il ne s’agit pas d’abolir la notion de genre dans notre société, mais de laisser la liberté à tout un chacun de se positionner où il le souhaite, quand il le souhaite et comme il le souhaite dans cette conception. L’entreprise ne se définit pas comme une association féministe mais bien une association travaillant dans la sphère du marketing. Elle opère une intervention ciblée pour que les diffuseurs modifient leurs propos et leurs visuels afin de tendre vers un changement.  Selon elle, la lutte contre le sexisme est une question de responsabilité commune, de bon sens : « Le féminisme n’est pas une histoire de femmes contre les hommes, ce n’est pas une guerre des sexes ». Son combat est également mené pour les hommes, eux aussi victimes de sexisme.

L’entreprise soutient que nous sommes dans un monde en évolution et nous devons avancer avec lui. « Les droits de la communauté LGBTQIAP+ fait que les gens sortent des rôles traditionnels au sein d’un foyer. Par exemple, dans un couple de deux femmes, au moins l’une d’entre elles devra bricoler. Et dans un couple d’hommes, au moins l’un d’eux fera la vaisselle », donne-t-elle à titre d’exemple. L’entreprise dénonce les pratiques de marketing désuètes, comme le fait d’attribuer le barbecue aux hommes, les produits ménagers aux femmes.

La place du genre sur les bancs de l’école

Certains phénomènes démontrent l’intériorisation des préjugés sur des catégories d’individus. Parmi eux : la menace du stéréotype. C’est l’effet négatif d’un stéréotype ou préjugé sur une personne appartenant à un groupe visé par ce préjugé. Cela joue sur tous les choix que nous faisons, du cursus scolaire au métier entrepris. « C’est une des variables qui fait que moins de femmes exercent des métiers scientifiques », appuie Marion. Des chercheurs ont prouvé que l’impact des stéréotypes était nuisible pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

Des comptes Instagram militent dans le mouvement de l’acceptation de soi. On y retrouve notamment bon nombre d’illustrations humoristiques sur le sujet. ©galasse_creations

« Le constat est très simple, mais veut-on vraiment accepter ce changement ? »

Bernard Guillemin

D’après Bernard, coordinateur chez Alter Visio, parler d’éléments binarisés dans la société est désuet à l’heure actuelle. « Tant qu’on transmet cette idée du masculin et du féminin comme 2 pôles figés et ancrés dans la société, on ne règle pas les problèmes de sexisme. Il suffit de feuilleter un magazine de jouets ou de lire des articles scientifiques qui traitent du sujet pour s’en rendre compte… Le constat est très simple, mais veut-on vraiment accepter ce changement ?»

Alter Visio, l’organisme pour lequel il travaille, se bat pour un changement moderne au sein de l’éducation scolaire. Leur plan d’attaque ? D’un côté, sensibiliser les jeunes dans les écoles, de l’autre, former les professeurs.

Le problème rencontré dans leur première mission est le manque d’évaluation des besoins des élèves de la part de l’école. Du côté de la formation, ils constatent souvent que le module de formation est imposé aux professeurs, pas forcément motivés. Selon l’organisation, cette thématique devrait être abordée chaque année dans le cursus des élèves. « La lutte et la sensibilisation doivent être présentes mais comme on continue à transmettre des modèles normés au quotidien, ça ne fait absolument pas sens ».

« Naître dans une société qui individualiserait le genre du sexe aurait un impact évident sur notre construction en tant qu’individu. Si on arrête de penser de manière totalement binaire, l’enfant va se définir », souligne Bernard, avant de préciser « il va se définir avec ce qu’il voit autour de lui, de toute évidence. Mais si dès le départ on arrête d’avoir cette pression associée au genre, il se construira par lui-même ». Il détermine bel et bien cela comme une pression, « il ne faut pas que je passe pour un pédé », « il faut que je m’épile », … Tant d’habitudes ancrées dans nos pensées et dans nos mœurs. Selon l’expert, on ne devrait plus subir cette charge de devoir correspondre à ces normes. C’est de cette façon qu’on se construirait pleinement en tant que soi.

La pilosité chez les femmes n’est pas encore tout à fait normalisée. Les mouvements qui tendent à la décomplexer font du bruit. Parmi eux, le « Januhairy Challenge » s’est fait entendre en janvier dernier. Illustration disponible sur https://instagram.com/hazel.mead?igshid=mq8zl2rypicl, 3 juin 2019 ©HazelMead

« Hugo s’habille comme une fille »

Bernard raconte l’histoire d’Hugo, un enfant de 5 ans, s’habillant avec les vêtements de sa grande sœur. Ses parents lui laissent le libre arbitre de se vêtir comme il l’entend. A l’école, on le lui a interdit parce que les autres enfants se moquent de lui. « Quand j’entends cela, je me dis plus que jamais que les profs doivent être formés. Le problème, c’est effectivement qu’on se moque de lui. Mais il faut travailler sur la réaction de ses camarades, non sur la manière dont il s’habille ». L’expert souligne que c’est un travail commun et de longue haleine « Il faut arrêter de cloisonner les enfants. En tant que parents, nous devons davantage travailler sur nos craintes et notre incapacité à réagir dans l’espace public », conclut Bernard.

Comic qui illustre l’importance de la transmission des stéréotypes dans l’éducation familiale. Illustration disponible sur https://instagram.com/lunarbaboon?igshid=19c6hh4tk8q2b, 9 avril 2020 ©Lunarbaboon

Pour en savoir +

Le sujet de cet article vous a intéressé ? Voici quelques comptes Instagram qui pourraient vous plaire au quotidien !

  • Sexopsycho : Pierre Dubol est un psychologue clinicien. Son compte est dédié à la sexualité sous toutes ses formes. Informations, précisions, découvertes : de quoi aiguiser votre curiosité !
  • Gangduclito : un compte tenu par Julia Pietri, auteure de « Le petit guide de la masturbation féminine » et « On ne naît pas féministe, on le devient ». Vous y retrouverez du contenu informatif sur les mouvements et concepts féministes mais également de nombreux témoignages.
  • Feminist : un engagement qui se décrit sous plusieurs formes : informations, vidéos, témoignages, illustrations et plus encore. Ce compte plein de ressources ouvre à la prise de conscience féministe.

Jeanne Galasse

Etudiante en communication à l’ISFSC.

🐦︎ @GalasseJeanne

WEBOGRAPHIE

(1) TUAILLON Victoire, « la « vraie » nature du mâle ». En ligne le 20 décembre 2018, consulté le 29 novembre 2020. Disponible à l’adresse : https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/la-vraie-nature-du-male

(2) PEPITE SEXISTE, site officiel. Consulté le 2 novembre 2020. Disponible à l’adresse : https://pepitesexiste.fr/

(3) ALTER VISIO, site officiel. Consulté le 16 novembre 2020. Disponible à l’adresse : https://alter-visio.be/

(4) ROY Ségolène, « La menace du stéréotype ». Ecrit en juin 2015, consulté le 5 décembre 2020. Disponible à l’adresse suivante : http://svt-egalite.fr/index.php/mecanismes/la-menace-du-stereotype